Le gouvernement éthiopien a déclaré l'état d'urgence pour une période de six mois sur l'ensemble du territoire, après plusieurs mois de violence et de contestation.

« L'état d'urgence a été déclaré après un débat approfondi en conseil des ministres sur les morts et les dommages aux biens survenus dans le pays », a annoncé le premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, par voie de communiqué.

Cette décision marque un durcissement de ton envers le mouvement de contestation, après une semaine d'une extrême violence dans la région de l'Oromia, d'où est issue l'opposition oromo.

Les manifestations visant des intérêts étrangers et des bâtiments publics se sont intensifiées jusqu'à la périphérie de la capitale, Addis-Abeba. Une ressortissante américaine a été tuée, alors que des complexes touristiques, des usines et des fermes étrangères ont été incendiés.

Ces violences sont survenues après que des forces policières eurent interrompu un festival religieux oromo à coups de gaz lacrymogènes, le 2 octobre dernier. L'échauffourée qui s'en est suivie a fait 55 victimes selon les autorités. 

Depuis la chute de la dictature communiste de Mengistu en 1991, l'Éthiopie est aux prises avec un mouvement de contestation antigouvernemental, porté par les communautés oromo et amhara. Majoritaires dans le pays, les deux groupes ethniques se sentent toutefois marginalisés par le gouvernement de Desalegn, dominé par les Tigréens, communauté du nord de l'Éthiopie.

L'État a tenté de faire taire les dissidents; les organisations de défense des droits de l'Homme rapportent des centaines de morts depuis la fin de l'année dernière.

Une mesure pour faciliter la répression, croit l'opposition

L'état d'urgence n'est qu'une façon de permettre au gouvernement de « consolider son autorité et d'écraser toute manifestation publique spontanée », selon un responsable de l'opposition éthiopienne.

« Les gens ne vont pas l'accepter, cela va provoquer davantage de colère », estime de son côté Beyene Petros, responsable de la coalition d'opposition Medrek.

Depuis cinq jours, le réseau mobile est coupé à Addis-Abeba, une mesure pour empêcher les appels à la contestation et la réunion des opposants.

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