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L'Europe divisée sur la réponse à apporter à la crise des migrants

L'Europe, qui fait face à une crise sans précédent avec l'afflux incessant de migrants en provenance d'Afrique et du Moyen-Orient, tente de trouver des solutions à ce problème, mais les divergences entre partisans de la fermeté et adeptes de la souplesse persistent.

Les images du cadavre du petit Alan Kurdi échoué sur une plage turque ont ému la planète entière, poussant les chefs de la diplomatie européenne à se réunir pour deux jours à Luxembourg. L'Allemagne et la France ont pris les devants jeudi en proposant une répartition des réfugiés entre les 28 pays de l'Union européenne (UE).

Les quatre pays les plus opposés à ce système de quotas, soit la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne, sont eux aussi réunis, à Prague, d'où ils ont une nouvelle fois rejeté la mise en place de quotas de répartition. Ils invitent la Commission européenne à présenter des mesures « viables » lors de la réunion des ministres européens de l'Intérieur qui se tiendra le 14 septembre.

La réunion à Prague a été l'occasion pour les dirigeants tchèque, slovaque et polonais d'affirmer leur solidarité avec leur homologue hongrois Viktor Orban, dont le pays peine à gérer l'afflux de milliers de réfugiés qui transitent sur son territoire pour rallier l'Autriche ou l'Allemagne.

L'Allemagne, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, demande à ses homologues européens de coopérer et de s'unir. « L'Europe n'a pas le droit de se diviser face à un tel défi », a lancé vendredi Frank-Walter Steinmeier, qui est d'avis que les récriminations n'aideront pas à ce que ce problème puisse être contrôlé.

Cette crise est bien plus importante que celle de la dette grecque, souligne encore le chef de la diplomatie allemande, qui plaide pour une politique d'asile européenne commune.

L'Europe est divisée entre les partisans d'une ouverture accrue et ceux qui plaident pour fermer les frontières. Le numéro deux de la Commission européenne, Frans Timmermans, s'oppose au deuxième scénario. Il appelle aussi la Grèce à garantir des conditions décentes d'accueil aux arrivants. Athènes a vu plus de 230 000 migrants entrer dans le pays par la Méditerranée depuis janvier.

Afin que la Grèce puisse mettre en place des infrastructures d'accueil, dont une zone d'attente pour effectuer la sélection entre immigrants illégaux et réfugiés autorisés à rester, elle recevra 474 millions d'euros (695 M$CA), a annoncé le commissaire européen aux questions migratoires, le Grec Dimitris Avramopoulos.

L'Allemagne a quant à elle annoncé le doublement de son aide à la Grèce, qui s'élève désormais à 2,4 millions d'euros (3,5 M$CA), pour faire face à l'afflux de réfugiés. Berlin s'attend à recevoir cette année quelque 800 000 demandeurs d'asile.

La France déchirée sur la question

En France, le Parti socialiste du président François Hollande mobilise tout son appareil en faveur du soutien aux réfugiés face à une droite divisée sur ce dossier.

L'opinion publique, cependant, reste réfractaire à l'idée. Selon un sondage Odoxa réalisé les 3 et 4 septembre pour le compte de Paris Match et iTélé, 52 % des Français ne souhaitent pas l'accueil de nouveaux réfugiés, tandis que 46 % des répondants soutiennent la position du gouvernement.

Si la proposition du président de la Commission européenne de revoir à la hausse le nombre de demandeurs d'asile à répartir dans l'UE sur la base de quotas nationaux est entérinée, la France pourrait devoir accueillir environ 27 000 réfugiés.

David Cameron assouplit sa position

En réponse aux nombreuses critiques accusant le gouvernement conservateur de David Cameron d'insensibilité et d'intransigeance sur le dossier des migrants, Londres a annoncé que le pays allait accueillir des milliers de réfugiés syriens supplémentaires, sans toutefois donner de chiffres précis.

La Grande-Bretagne a déjà accepté près de 5000 Syriens dans le cadre de son programme d'accueil depuis le début de la guerre en Syrie en 2011, a affirmé le premier ministre. Pourtant, depuis mars 2014, son pays n'a octroyé l'asile qu'à 219 Syriens.

David Cameron a aussi promis d'augmenter l'aide humanitaire britannique aux réfugiés de 100 millions de livres (200 M$CA) supplémentaires.

De ce montant 60 millions de livres (100 M$CA) seront consacrés à l'aide des Syriens en Syrie;  le reste ira aux pays voisins, comme la Turquie, la Jordanie et le Liban, qui portent l'essentiel du fardeau des réfugiés, a indiqué M. Cameron.

Londres refuse toutefois de prendre part à un système de répartition contraignant des demandeurs d'asile au sein de l'Union européenne.

Le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés exhorte les Européens à se partager l'accueil de 200 000 migrants. Antonio Guterres réclame la participation obligatoire de tous les États membres de l'Union européenne.

Depuis le début de l'année, près de 365 000 personnes ont traversé la Méditerranée, et plus de 2700 ont perdu la vie dans cette tentative, selon les chiffres publiés vendredi par l'Organisation internationale pour les migrations.

La Grèce, l'Italie et la Hongrie sont débordées par l'arrivée massive de ces migrants, pour la plupart syriens, irakiens et afghans.

Les quotas, une solution adaptée à la réalité?

En entrevue à ICI RDI, le démographe français Gérard-François Dumont, qui enseigne à l'Université Paris-Sorbonne, a expliqué que les quotas n'étaient peut-être pas appropriés dans le contexte actuel.

« On peut s'interroger sur l'efficacité d'une politique de quotas, dans la mesure où c'est une politique quantitative de répartition des populations alors qu'en réalité, la plupart de ces migrants ont un objectif qui peut être de rejoindre un de leurs amis ou une personne de leur famille déjà présente dans un pays européen », a-t-il exposé.

« Par exemple, des Syriens dont un membre de leur famille est déjà au Royaume-Uni souhaitent rejoindre le Royaume-Uni parce qu'il y aura une personne qui pourra les aider à s'insérer dans le pays. Et si on les envoie, par un système de quotas par exemple, en Pologne, alors qu'ils ne connaissent personne, ni le pays ni la langue, ils risquent d'éprouver des problèmes compliqués », a-t-il poursuivi.

Selon M. Dumont, il faut que les pays développent une aide humanitaire d'urgence et il faut qu'ils agissent non seulement sur les conséquences, mais aussi sur les causes du problème. Il faut « travailler à la stabilisation de la Syrie et à l'éradication de l'État islamique, ce qui n'a pas fait été fait au cours des derniers mois », soutient-il.

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