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L'évacuation annoncée d'Alep-Est confirme la défaite des rebelles

La chute définitive d'Alep-Est n'est plus qu'une question d'heures, si l'on en croit les multiples informations selon lesquelles un accord a été conclu pour que les derniers civils et combattants qui s'y trouvent toujours soient évacués. Des dizaines de milliers de personnes vivraient toujours dans la dernière enclave rebelle.

Selon Reuters, le président du conseil local d’Alep-Est et une source militaire syrienne confirment tous deux que l’évacuation commencera mercredi à 5 h, heure locale (20 h, HNE).

L’accord a d’abord été annoncé par le groupe rebelle Nourredine al-Zinki, actif dans Alep-Est. Selon un porte-parole, Yasser al-Youssef, l’accord a été conclu « sous la houlette de la Russie et de la Turquie », soutiens respectifs du régime et de la rébellion.

L'évacuation des blessés et des civils se fera en premier. Par la suite, les rebelles sortiront avec leurs armes légères. […] Ceux qui partent choisiront d'aller soit dans l'ouest de la province d'Alep ou vers la province d'Idleb (nord-ouest).

Yasser al-Youssef, du bureau politique de Nourredine al-Zinki

Selon l’Agence France Presse, un responsable de la Coalition de l’opposition, Ahmad Ramadan, et une source au sein du groupe Ahrar al-Cham, groupe rebelle islamiste, ont également confirmé qu’un accord a été conclu, et qu’il permettra aux civils de sortir en premier.

L'ambassadeur russe à l’ONU, Vitali Tchourkine, a également évoqué cet accord, au moment où s’ouvrait une réunion d’urgence du Conseil de sécurité au sujet d’Alep-Est, convoquée à la demande de la France et du Royaume-Uni.

« La dernière information dont je dispose est qu'ils ont en fait conclu un accord sur le terrain pour que les combattants quittent la ville », a-t-il déclaré à la presse. L'évacuation pourrait avoir lieu « dans les heures qui viennent », a-t-il ajouté.

Dans un courriel envoyé à Associated Press, l'émissaire des Nations unies en Syrie, Staffan de Mistura, a indiqué que l’évacuation sécuritaire des gens coincés dans Alep-Est est « imminente », mais qu’il attend une « confirmation officielle ».

Soupçons d'exécutions de masse à Alep-Est

Plus tôt en matinée, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a soutenu que des dizaines de civils, dont des femmes et des enfants, ont vraisemblablement été exécutés par l'armée syrienne et des milices qui la soutiennent dans les quartiers d'Alep-Est récemment repris aux rebelles.

« Hier soir, nous avons reçu des informations indiquant que des forces progouvernementales avaient tué au moins 82 civils, dont 11 femmes et 13 enfants, dans les quartiers de Boustane al-Qasr, Ferdous, Kallassé et Salhine », a annoncé à Genève son porte-parole, Rupert Colville.

Les forces pro-Assad, a-t-il poursuivi, « ont pénétré dans des habitations et tué les civils qui s'y trouvaient, y compris les femmes et les enfants ».

Les informations sur ces massacres, survenus « probablement au cours des 48 dernières heures » sont « incroyablement difficiles à vérifier », a reconnu M. Colville, mais « elles ont été corroborées par de multiples sources dignes de foi ».

Selon ces mêmes informations, « des dizaines de civils ont été abattus par balles lundi sur la place al-Ahrar dans le quartier de Kallassé et aussi dans le quartier de Boustane al-Qasr, par les forces gouvernementales et leurs alliés, dont apparemment le groupe armé irakien al-Nujabaa ».

Il a précisé n'avoir « aucune information » sur la participation de combattants du Hezbollah libanais ou de milices iraniennes

Nous avons reçu [lundi] soir des informations selon lesquelles de nombreux corps gisaient dans les rues, que les habitants ne pouvaient pas récupérer en raison des bombardements intensifs et de peur d'être la cible de tirs.

Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU

Le chef du groupe de travail sur l'aide humanitaire en Syrie, Jan Egeland, a aussi dénoncé des « atrocités commises par les milices victorieuses à Alep ». Lundi, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'était aussi alarmé d'informations selon lesquelles des atrocités étaient commises contre « un grand nombre » de civils.

Les Casques blancs attendent la mort

Le chef de la diplomatie française, Jean Marc Ayrault, a également fait écho à ces allégations d'exécutions sommaires, commises selon lui dans une « logique de vengeance et de terreur systématique ». Il a évoqué « des assassinats de sang froid de familles entières au motif qu'elles seraient proches de l'opposition », des « personnes brûlées vives dans les maisons » et le ciblage systématique du personnel médical.

M. Colville a précisé qu'un certain nombre de civils ont réussi à s'enfuir au cours des dernières heures, mais qu'il y a « encore des milliers de civils dans les quartiers qui, jusqu'à récemment, étaient sous le contrôle de l'opposition, parmi lesquels des activistes et des membres des Casques blancs, organisation de secouristes, qui risquent d'être arrêtés, torturés et tués. »

Notre sort est scellé. Pourquoi nous cacher? Cela ne nous fera aucun bien. Nous allons mourir ou nous serons arrêtés.

Ibrahim Abou al-Leith, porte-parole des Casques blancs

Encerclés depuis juillet, soumis à d'intenses bombardements des aviations russes puis syriennes, les rebelles syriens perdent constamment du terrain depuis que le régime du président Bachar Al-Assad a lancé une offensive au sol le 15 novembre dernier. Ils ne contrôlent plus qu'une petite enclave de quelques kilomètres carrés.

La reprise des derniers quartiers d'Alep constituerait une victoire majeure pour le président Bachar Al-Assad, aux prises avec une insurrection depuis bientôt six ans. En reprenant ce qui était autrefois le poumon économique du pays, il contrôlera les cinq plus grandes villes du pays : Homs, Hama, Damas et Lattaquié.

Nous sommes dans les derniers instants avant la proclamation de la victoire de l'Armée arabe syrienne dans la bataille d'Alep-Est. Nous pouvons l'annoncer à tout moment.

Zaïd al-Saleh, général syrien

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) appelle mardi toutes les parties à « épargner les vies humaines » à Alep. « Les vies de milliers de civils sont en danger, alors qu'ils sont pris au piège par les lignes de front », a-t-il précisé. « Alors que la bataille atteint de nouveaux sommets et que la zone sombre dans le chaos, des milliers qui ne participent pas aux violences n'ont nul refuge où aller. »

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