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L’ex-ingénieur Robert Wood reconnu non coupable de la mort de deux femmes au centre Algo d’Elliot Lake en 2012

Dans une décision qu'il qualifie de très difficile, le juge Edward Gareau a déclaré qu'il n'y a pas assez de preuves dans ce dossier pour établir une négligence criminelle hors de tout doute raisonnable à la suite de la mort de deux femmes, dans l'effondrement partiel du centre Algo d'Elliot Lake, dans le Nord de l'Ontario. Robert Wood est donc acquitté des trois chefs d'accusations de négligence criminelle ayant causé la mort et ayant causé des blessures corporelles qui pesaient contre lui.

Avec les informations de Natacha Lavigne et Joël Ashak

C’est devant une salle d’audience ultra comble que le juge Edward Gareau a prononcé la sentence.

Avant de rendre sa décision, le magistrat a offert ses sympathies aux familles des victimes la gorge nouée.

La mère de Lucie Aylwin, une des deux victimes, a soupiré le mot “injustice” quand le juge a fini de rendre sa sentence.

Les familles des victimes n'ont pas voulu s'adresser aux médias, se disant trop sous le choc, et déçues du système judiciaire.

Robert Wood a rapidement quitté le palais de justice de Sault-Sainte-Marie entouré de ses proches sans dire un mot.

L'avocat de la défense maître Robert MacRae s'est adressé aux médias seulement pour dire qu’il s'agissait d'une “tragédie”.

Une longue allocution de quatre heures

Pendant le prononcé du verdict, le juge est revenu sur le devoir qu’avait Robert Wood à titre d’ingénieur au moment d’inspecter le centre commercial Algo.

Il a indiqué que la négligence criminelle devait être prouvée hors de tout doute raisonnable par la Couronne.

Il s’est posé la question, est-ce que Robert Wood avait une intention criminelle au moment de faire ses inspections au Centre Algo?

Un à un, les témoignages ont été passés en revue par le juge, faisant état du délabrement du Centre commercial Algo depuis le jour 1.

Dans sa décision, le juge s’est demandé s’il était raisonnable de penser qu’un autre ingénieur aurait fait les choses différemment.

Il a reconnu que Robert Wood n’a pas inspecté la poutre de près, malgré avoir observé de la rouille, mais a souligné que de nombreux autres ingénieurs ont inspecté le centre avant Robert Wood et n’ont pas tiré la sonnette d’alarme.

Rapport d'inspection modifié

Bien qu’en 2012, Robert Wood ait été négligent et malhonnête lors de l’écriture de son rapport, le juge a expliqué que les changements faits n’ont pas eu d’incidence sur la conclusion du dit rapport.

Il a indiqué que le fait que Robert Wood ait modifié « fuites continues » pour « fuites » dans le rapport, pouvait être interprété différemment et porter à confusion.

D’ailleurs, selon des experts en ingénierie, des ingénieurs peuvent changer un rapport si cela ne change pas le « sens » du rapport, a-t-il indiqué.

Le juge Gareau a aussi soulevé que rien n’indique que les inspections de Robert Wood auraient nécessairement été faites différemment par un autre ingénieur.

« Comment Robert Wood n’a-t-il pas vu les signes évidents de fuites dans le centre commercial lors de ses inspections? La question se pose à tous les autres ingénieurs qui n’ont pas dit que le centre commercial menaçait de s’effondrer », a déclaré le juge Gareau.

En conclusion, le juge a statué que devant toutes les preuves avancées, il ne peut pas admettre hors de tout doute que Robert Wood a méprisé la vie d’autrui.

Il a indiqué que les décisions de Robert Wood le suivront toute sa vie.

Retour sur les évènements

Robert Wood a inspecté le centre commercial à deux reprises, en 2009 et puis en 2012.

Ses deux rapports finaux furent similaires, à l’exception des termes « fuites continues » — commentaire qui a par la suite été modifié à la demande du propriétaire du bâtiment pour « fuites » uniquement — de même que « preuves de rouille ».

Pourtant, le 23 juin 2012 à 14 h 18, une importante poutre a cédé, causant l’écroulement d’une partie du toit-stationnement.

Doloris Perizzolo, 74 ans, et Lucie Aylwin, 37 ans, sont mortes dans cet accident qui a aussi fait une vingtaine de blessés.

L’ancien ingénieur de structures fait face à trois chefs d’accusation : deux de négligence criminelle ayant causé la mort et un de négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles.

Passé de l'accusé

Robert Wood compte une quarantaine d’années d’expérience comme ingénieur. À Sault-Sainte-Marie, il a participé à la construction de nombreux projets, dont des centres de loisirs, des hôtels et des ponts.

Durant son procès, il a affirmé à la cour qu'au cours de sa carrière, il avait inspecté une cinquantaine de structures qui s'étaient effondrées.

C’est en 2008 que le vent a tourné pour l’ingénieur. Lui et son partenaire d’affaires à la firme d'ingénierie M.R. Wright ont dû comparaître devant un comité de discipline de l’Ordre des ingénieurs de l’Ontario (OIO) pour des fautes et omissions lors de la construction d’un pont.

Deux ans plus tard, Robert Wood a été suspendu pour deux mois de l’OIO. L’organisme de réglementation des ingénieurs de la province lui avait également donné un an pour passer un examen en analyse de structures, à défaut de quoi son permis lui serait retiré définitivement.

Robert Wood a perdu sa certification en novembre 2011. Il a tout de même inspecté le centre Algo, à Elliot Lake, quelques mois plus tard, sans mentionner ce changement à ses clients.

Dans son témoignage, Robert Wood a soutenu qu’il n’avait « rien vu d’anormal » et croyait que les fuites d’eau étaient récentes.

Au moment d’inspecter les lieux, l’ingénieur s’était muni seulement d’un ruban à mesurer.

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