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L'ex-patron de l'escouade Marteau nie avoir eu une relation intime avec une journaliste

L'ancien chef de l'escouade Marteau, Denis Morin, s'est offusqué mardi devant la commission Chamberland d'avoir été soupçonné en 2014 d'avoir fourni à des journalistes des informations privilégiées issues de l'opération Diligence, portant sur l'infiltration de l'industrie de la construction par le crime organisé. Il a aussi défendu sa décision de ne pas faire enquête sur de précédentes fuites.

Un texte de François Messier

La semaine dernière, l'enquêteur Marcel Lagacé de la division des normes professionnelles (DNP) de la Sûreté du Québec avait révélé à la commission que six journalistes, dont Marie-Maude Denis, de l'émisison Enquête de Radio-Canada, et cinq policiers, dont Denis Morin et Sylvain Tremblay, avaient été soupçonnés en 2014 d'avoir enfreint l'article 193 du Code criminel, qui interdit la divulgation d'informations issues de l'écoute électronique.

Or, mardi matin, l'avocat en chef adjoint de la commission, Charles Levasseur, a révélé que les documents qui ont permis à la DNP d'obtenir les registres téléphoniques de ces 11 personnes faisaient notamment référence à une « relation intime » qu'auraient eue M. Morin et Mme Denis.

Ces registres ont révélé que les deux ont eu au moins 21 échanges au fil du temps.

M. Morin nie formellement avoir transmis de l'information à quiconque au sujet de l'enquête Diligence, menée entre 2007 et 2009, et nie en outre avoir entretenu une relation personnelle avec Mme Denis.

« C’est malheureux de voir des allégations de cette nature qui semblent, selon les documents qu’on a, pas validées », a-t-il dit. « Normalement, quand on fait une enquête, la première des choses qu’on fait quand on va avoir une information d’une personne, c'est qu'on va tenter de savoir d’où provient l’information. C’est la base. »

« Dans ce cas-là, en aucun moment, on voit la profondeur dans l’enquête pour démontrer cet aspect-là. Et en aucun moment, on va me la poser la question directement », a-t-il ajouté. « C’est ce que je trouve particulier dans l’enquête. »

L'ex-patron de l'escouade Marteau réfute également un autre élément avancé par l'enquêteur Patrick Duclos, le partenaire de Marcel Lagacé dans cette enquête, selon lequel M. Morin et Mme Denis ont pris un repas avec un autre couple. « C'est totalement faux, encore une fois », a-t-il affirmé.

« Je veux que ce soit clair, parce que ces allégations ont un impact sur Marie-Maude Denis, sur moi et sur ma conjointe », a encore dit Denis Morin.

M. Morin n'a pas démenti avoir rencontré Marie-Maude Denis à « quelques reprises ». Il soutient cependant qu'il a aussi rencontré d'autres journalistes de Radio-Canada, dont Émilie Dubreuil, Alain Gravel et Christian Latreille.

M. Morin, qui dirige aujourd'hui un centre de services de la police provinciale en Estrie, dit n'avoir jamais été avisé qu'il faisait l'objet d'une enquête. « J’ai demandé si j’avais été visé par une enquête, s'il y avait eu un mandat. On m’a tout le temps dit non à la Sûreté du Québec », a-t-il affirmé.

Marie-Maude Denis, qui doit témoigner devant la commission Chamberland plus tard cette semaine, affirme que ces informations au sujet de ses liens avec Denis Morin sont « complètement fausses » et « extrêmement choquantes ».

Morin défend sa décision de ne pas ouvrir une enquête en 2011

Plus tôt en matinée, M. Morin a défendu sa décision de ne pas faire une enquête après que l'avocat du Fonds de solidarité de la FTQ, André Ryan, se fut plaint à la SQ que Marie-Maude Denis avait appelé la centrale syndicale en décembre 2011, et qu'elle semblait en possession d'informations issues de l'écoute électronique visant son président, Michel Arsenault.

La commission a déjà entendu plusieurs témoins qui sont venus expliquer que cette enquête est demeurée lettre morte, jusqu'à ce qu'une enquête de la DNP se mette en branle en septembre 2013, après que d'autres informations eurent été divulguées par plusieurs médias.

Selon M. Morin, la plainte de Me Ryan en décembre 2011 n'aurait jamais dû aboutir à l'escouade Marteau, mais plutôt au service d'enquête sur la criminalité financière organisée (SECFO). Il dit avoir cru que la plainte de Me Ryan serait transférée à la SECFO par le capitaine Éric Martin, de l'escouade Marteau. Cela n'a cependant pas été le cas.

Denis Morin a expliqué que le dossier a finalement atterri dans les mains du capitaine Luc Landry, qui a hérité de l'affaire après le départ du capitaine Martin. MM. Landry et Morin ont convenu de fermer le dossier au printemps 2012.

« Il y a au moins une centaine de personnes qui peuvent être au fait des données d’écoute électronique » à cette époque, a expliqué M. Morin. Cela inclut notamment l’ensemble du personnel du service d’enquête sur la criminalité financière organisée (SECFO), qui s’occupait du dossier Diligence.

Le capitaine Luc Landry a donc décidé d'envoyer une lettre à Me Ryan, mais celle-ci ne s'est jamais rendue. Elle avait plutôt été adressée à Claude Ryan, à une mauvaise adresse. Me Ryan n'a donc jamais été informé de la décision de l'escouade Marteau. L'affaire est apparue au grand jour après que l'enquêteur Lagacé eut hérité de la deuxième plainte, en 2013.

Cette deuxième enquête a finalement été laissée de côté au début de 2015. Le patron de la DNP, Mario Smith, a expliqué lundi à la commission que la seconde enquête a révélé que trop de personnes étaient au courant d’informations provenant de l’enquête Diligence, et que la poursuivre aurait pu avoir un impact dommageable pour la SQ.

Témoignant après Denis Morin, l'ex-patron de M. Smith, l'ex-directeur général adjoint de la SQ, Jocelyn Latulippe, a affirmé que l'enquête était tout simplement rendue dans un cul-de-sac.

« Est-ce qu’on a épuisé toutes les pistes ou les stratégies d’enquête possibles? La réponse était oui. Est-ce qu’il y avait encore des choses à faire? La réponse était non. À ce moment-là, on a décidé de laisser le dossier en suspens étant donné que d’autres choses pouvaient survenir, que d’autres informations pouvaient entrer », a-t-il déclaré.

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