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L'examen d'accréditation des infirmières enfreint la Loi sur les langues officielles

L'Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick a enfreint la Loi sur les langues officielles en adoptant un examen d'admission qui défavorise nettement les candidats francophones, conclut le Commissariat dans son rapport d'enquête.

Un texte de Catherine Allard

Le Commissariat aux langues officielles a déterminé qu’il existe un écart considérable, entre le français et l'anglais, quant aux ressources de préparation à l’examen NCLEX-RN, l’examen d’accréditation qui permet d’accéder à la profession.

De nombreux étudiant-e-s en sciences infirmières à l'Université de Moncton sont incapables de réussir l'examen. Le taux d'échec dans cette institution est très élevé. En 2015, la moitié des étudiants ont échoué lors de la première écriture.

Inégalités entre les francophones et les anglophones

Selon le Commissariat, les étudiants anglophones ont accès à un plus grand éventail de matériel préparatoire, comme des simulations d’examen de plus grande qualité­.

Il affirme également que la traduction de certaines questions dans la version française de l’examen laisse à désirer, notamment parce que les questions ne sont pas traduites par les traducteurs agréés.

Le NCLEX-RN est utilisé depuis janvier 2015 partout au Canada, sauf au Québec et au Yukon. L'examen est développé aux États-Unis, mais est révisé et traduit par des Canadiens.

Des changements avant la rentrée

Le Commissariat recommande que l'AIINB de procéder à certains changements, avant la prochaine rentrée universitaire.

Il formule trois recommandations :

  • L’association doit prendre des mesures afin que les exigences d’admission à la profession respectent pleinement la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick:
  • peu importe l’examen d’admission choisi par l’association, toute traduction de l’examen et toute modification soient faites par un traducteur agréé;
  • l’association fasse rapport au Commissariat des mesures prises pour respecter la loi, au plus tard le 4 septembre 2018.

Ouvre la porte à des compensations

Le rapport n’invalide pas les examens, mais donne un argument fort aux étudiantes pour pouvoir demander à passer un nouvel examen.

« La Commissaire n’a pas le pouvoir de dire que les examens qui ont été faits sont invalides, mais la conclusion qu’il y a eu infraction à loi donne un argument très fort à ces étudiantes pour demander une réparation auprès de l’association », explique l’avocat spécialisé en droit linguistique, Michel Doucet.

Il estime que les étudiantes pourraient également intenter un recours collectif pour obtenir un dédommagement.

Michel Doucet est impliqué dans le dossier puisqu’il a travaillé avec des étudiantes pour les aider à préparer la plainte au Commissariat.

Trop tard pour certains diplômés

« Je suis contente par rapport aux résultats, mais quand on pense aux diplômés qui ont dû passer à travers des épreuves insupportables, ça n’enlèvera pas cette épreuve. Et encore aujourd’hui ces gens-là ne peuvent pas pratiquer, comme moi », se désole Stéphanie Noël, une étudiante de l’Université de Moncton qui a échoué à l’examen neuf fois.

Stéphanie Noël n'est pas l'une des plaignantes dans ce dossier, mais elle espère que les étudiants qui ont échoué à l'examen auront droit à un dédommagement.

« Il va falloir qu'ils fassent une grosse vérification. Pas juste avec les nouveaux diplômés, mais aves les anciens diplômés aussi », dit-elle.

La jeune femme, qui travaille maintenant comme enseignante suppléante dans les écoles, ne croit pas qu'elle aurait la force de passer un nouvel examen.

« C'est une grosse charge émotionnelle. Retourner faire l'examen, moi personnellement je n'en suis pas certaine, mais peut-être que d'autres voudraient le faire. »

L'AIINB n'a pas répondu à notre demande d'entrevue pour le moment.

Avec des informations de Nicolas Steinbach

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