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L'expertise canadienne au service de l'armée ukrainienne

En Ukraine, quelque 200 militaires canadiens, en très grande majorité de la base de Valcartier, forment des soldats de ce pays pour améliorer leur capacité de combattre. L'Ukraine fait face à une rébellion dans l'est de son pays, appuyée par la Russie, qui a aussi annexé le territoire ukrainien de la Crimée. Tout cela inquiète d'autres pays voisins de la Russie. Et pour les rassurer, l'OTAN entend augmenter sa présence en Europe.

Un texte de Raymond Saint-Pierre

À Starychi, dans l'est de l'Ukraine, des militaires canadiens participent à une formation de premiers soins, une formation dite « médicale » bien réaliste, en plein champ. Les soldats ukrainiens, leurs élèves, ont été sur la ligne de front pour combattre des rebelles prorusses. Plusieurs n'avaient qu'une formation bien sommaire quand ils sont partis au combat.

Le sergent Yann Gauthier fait partie de cette équipe médicale. Il estime que les soldats ukrainiens apprennent très vite et très bien. « En plus, ils ont vu ces horreurs de guerre et on leur donne des outils pour sauver des vies de frères d'armes. Ça les rend très enthousiastes », dit-il.

Tout près de là, des dizaines d'autres soldats ukrainiens, supervisés par des instructeurs canadiens, apprennent à coordonner une attaque au sol, appuyée par des chars blindés. Pour l'instant, ils tirent des balles à blanc. Ils passeront aux balles réelles à la prochaine étape. Chaque groupe suit un entraînement de plus de 50 jours.

Le lieutenant-colonel Tim Arsenault commande la force opérationnelle interarmées canadienne, envoyée pour former ces militaires ukrainiens qui feront partie d'une force multinationale.

Le lieutenant-colonel Pavlo Rojko commande, quant à lui, le centre d'entraînement au combat de l'armée ukrainienne. Il croit que cette formation aura des effets durables sur ses troupes. « Ils entraînent des soldats qui deviendront à leur tour des instructeurs, à l'avenir, formés selon les standards de l'OTAN », souligne-t-il.

Une armée désuète

Si l'armée ukrainienne a tant besoin de formation, c'est qu'elle était dans un état de délabrement au moment où les combats avec les rebelles prorusses ont débuté dans l'est du pays.

« C'était une armée en désuétude, alors c'est une espèce de réinvention de l'armée ukrainienne », estime l'ambassadeur du Canada en Ukraine, Roman Waschuk.

Sur une armée de 120 000 soldats, il n'y en avait qu'environ 6000 qui étaient aptes au combat, au mois de mars 2014, souligne-t-il.

Dans un autre centre de formation, à Kamyanets-Podilsky, on enseigne la neutralisation d'explosifs. Le Canada a donné des robots et de l'équipement de protection à ces démineurs. « Le but de notre coopération est de faire en sorte que nos démineurs puissent faire leur travail selon les standards de l'OTAN », explique le colonel Vlodymyr Rodikovl, commandant du centre de déminage.

Tensions autour de l'OTAN

L'Ukraine n'est pas membre de l'OTAN, mais elle souhaite se tourner vers l'Ouest, ce qui est une source de tensions avec la Russie.

Le président russe Vladimir Poutine a souvent répété que la Russie ne tolérerait jamais que l'Ukraine fasse partie de l'OTAN. « Franchement, je me fous de ce que dit Poutine », rétorque le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk.

« Après l'agression de M. Poutine, ils ont changé leur politique, explique l'ambassadeur canadien Roman Waschuk. L'Ukaine s'est donné cette tâche de devenir membre de l'OTAN. Mais quand et comment ça va se faire, c'est une autre question. »

Un calme précaire

Il y a un an, en février 2015, les accords de cessez-le-feu de Minsk ont ramené un calme précaire sur le front, entre les troupes ukrainiennes et les rebelles prorusses, mais il y a encore régulièrement des accrochages, des victimes, des deux côtés.

La Russie a procédé, encore récemment, à de vastes manœuvres militaires dans le voisinage de l'Ukraine. Cette situation inquiète grandement les pays voisins de la Russie qui sont, eux, membres de l'OTAN, soit la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie, la Pologne, la Roumanie et la Bulgarie.

L'OTAN compte déployer une force d'intervention rapide de 5000 hommes, qui sera présente dans la région toute l'année, pour des exercices et de l'entraînement. Washington va quadrupler les dépenses destinées à renforcer sa présence en Europe, soit l'équivalent de cinq milliards de dollars canadiens.

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