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L’extrême droite aux portes du pouvoir en Autriche

Ce n'est qu'un trait noir gribouillé sur une affiche électorale, mais il résume toute la division que suscite le scrutin de dimanche en Autriche. Le trait dessiné sur la lèvre supérieure de Norbert Hofer évoque en fait la petite moustache d'Adolf Hitler, le plus tristement célèbre des Autrichiens.

Norbert Hofer, candidat du FPÖ, un parti nationaliste autrichien, est actuellement au coude-à-coude avec Alexander Van der Bellen, l’ancien chef du Parti vert. S’il est élu président, il deviendra le premier chef d’État d’extrême droite en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le FPÖ, le parti autrichien de la liberté, a été fondé par d’anciens nazis, officiers de la Waffen SS. Cette formation politique a longtemps évolué dans la marge, enregistrant des pics de popularité en fonction du charisme de ses dirigeants. Le parti n’a toutefois jamais été aussi populaire qu’aujourd’hui. Il s'agit d'une conséquence directe, selon beaucoup d’observateurs, de la grande vague de migration enregistrée en 2015.

L’Autriche a reçu, cette année-là, 90 000 demandeurs d’asile. Peu en comparaison de l’Allemagne voisine et de son million de migrants accueillis, mais beaucoup pour un pays de 8,7 millions d’habitants.

Depuis, le FPÖ exploite et exalte la xénophobie dans le pays, ce qui l’a propulsé au rang de formation politique la plus populaire d’Autriche. Un processus alimenté par la hausse du chômage et par les frustrations nées de l’Europe et de la mondialisation.

Norbert Hofer, un amoureux des armes à feu qui porte en permanence sur lui un pistolet Glock, fabriqué en Autriche, a déjà déclaré que l’islam n’avait pas sa place en Autriche.

Plus doux et moins polémique

Depuis le début de la campagne, il a cependant adouci son discours afin de le rendre acceptable pour un plus grand nombre d’électeurs. S’il continue d’attaquer l’Europe et de parler d’immigration, il évite les propos trop polémiques.

En fait, il passe une bonne partie de ses apparitions publiques à tenter de rassurer. Il dit ne plus souhaiter que l’Autriche quitte l’Union européenne ou, du moins, tant que la Turquie n’en fait pas partie. Il dit aussi vouloir aider les réfugiés.

Nous devrions créer des zones de sécurité dans le nord de l’Afrique, où les réfugiés pourraient vivre dans des conditions plus humaines. Et ils devraient faire de là-bas leur demande d’asile en Europe. Et seuls ceux qui sont personnellement menacés, ce qui représente seulement 20 à 25 % des migrants, devraient être acceptés comme réfugiés en Europe pour une période de temps limitée.

Norbert Hofer, candidat du FPÖ à l’élection présidentielle autrichienne

Wolfgang Jung, lui, n’y va pas par quatre chemins. À ses yeux, il y a beaucoup trop de migrants. Ce militant de longue date du FPÖ affirme que les Autrichiens ne se sentent plus chez eux dans certains quartiers de Vienne. Il affirme que l’immigration a fait augmenter le taux de criminalité.

« Les réfugiés de pays africains, les Arabes, les Afghans et les Tchétchènes, ils ont une culture différente, très violente, et nous ne sommes pas habitués à cela, nous les Autrichiens », affirme-t-il.

Wolfgang distribue tous les jours des tracts pour tenter de faire élire Norbert Hofer, le candidat désigné de ce parti d’extrême droite pour l’élection présidentielle.

La gauche et les immigrants inquiets

Le discours édulcoré ne trompe toutefois pas le maire de Traiskirchen. C’est dans cette petite ville située à 20 km au sud de Vienne que se trouve le plus grand centre d’accueil pour demandeurs d’asile dans le pays.

Andreas Babler, homme de gauche assumé, fait activement campagne contre l’influence grandissante de l’extrême droite, car s’il note une recrudescence de la violence, elle s’exerce d’abord contre les réfugiés.

Les autorités autrichiennes ont en effet noté en 2015 une hausse de 60 % des crimes à caractère raciste et xénophobe. Si le centre d’accueil de Traiskirchen est entouré de hautes clôtures et caméras de surveillance, c’est essentiellement pour protéger les immigrants.

Le maire dit s’inquiéter pour l’avenir. Ses concitoyens, depuis toujours très accueillants pour les réfugiés, ont voté à 50 % pour un parti d’extrême droite à la dernière élection en mai dernier.

Le vote, qui a été annulé en raison d’une série d’irrégularités, se tiendra à nouveau le 4 décembre, mais Andreas Babler craint que les nationalistes aient encore gagné du terrain en six mois.

« Le gros problème, c’est que les gens n’hésitent même plus à afficher ouvertement leur fascisme ordinaire, leur racisme ordinaire et c’est en grande partie le résultat de la campagne menée par le FPÖ sur les réseaux sociaux qui a fait sauter les tabous et qui a fait croire aux gens qu’il est normal d’être contre les réfugiés et les étrangers », affirme M. Babler.

Un racisme ordinaire auquel s’est habitué Nasir Alsaadi. Cet Irakien préfère parler sur le ton de la rigolade de son voisin qui ne lui adresse toujours pas la parole malgré ses salutations quotidiennes depuis plus d’un an, mais il avoue craindre pour l’avenir si l’extrême droite venait à prendre le pouvoir en Autriche.

Norbert Hofer n’est pas un homme bien. Tous les réfugiés ont peur de lui.

Nasir Alsaadi, Irakien vivant en Autriche

Dix-huit mois après leur arrivée, Nasir, sa femme et leur fils né en Autriche n'ont toujours pas de paiers et ils ont de moins en moins d’espoir.

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