Retour

L'herbicide glyphosate décelé dans le tiers des produits alimentaires testés par l'ACIA

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a recensé des résidus d'un herbicide très utilisé dans près du tiers d'un échantillonnage de 3200 produits alimentaires qu'elle a testés.

L'ACIA a découvert des traces de glyphosate dans 30 % des produits qu'elle a testés, en plus de trouver des résidus dépassant la limite maximale (LMR) dans 1,3 % des échantillons. Le rapport, Sauvegarder grâce à la science : Dépistage du glyphosate en 2015-2016, a été publié sur son site Internet cette semaine.

Pour les céréales, 3,9 % contenaient une concentration de résidus au-dessus du niveau maximal fixé par Santé Canada. Malgré cela, la Dre Aline Dmitri de l'ACIA affirme qu'aucun rappel n'est nécessaire. « Effectivement, sur papier, 4 % des grains ne rencontraient pas cette limite-là. Mais Santé Canada a déterminé qu'il n'y avait aucun risque à la santé des Canadiens. »

Aucun fruit ou légume, ou encore d'aliments pour nourrissons, ne présentait des taux de glyphosate plus élevés que la limite acceptée.

Dans le résumé de son étude, l'ACIA souligne qu'« en raison du faible nombre d'échantillons et de produits analysés, il faut interpréter ces résultats avec prudence. Les différences régionales, les effets de la durée de conservation, les conditions d'entreposage et le coût du produit sur le marché libre n'ont pas été examinés dans le cadre de l'enquête. Les échantillons ont été analysés tels que vendus. Aucune conclusion ne peut être tirée au sujet des concentrations de glyphosate dans les aliments tels que consommés. »

Le glyphosate est un des ingrédients clés du Roundup, de l'entreprise Monsanto, et il est l'herbicide le plus populaire dans le monde. C’est aussi le pesticide le plus vendu au Canada, selon l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire.

La Fondation David Suzuki a réagi à la publication du rapport. Louise Hénault-Ethier, chef des projets scientifiques à la Fondation et membre du Collectif de Recherche sur les pesticides, les politiques publiques et les alternatives n'est pas étonné des résultats puisque qu'on autorise l'épandage de glyphosate juste avant les récoltes pour aider les céréales à sécher.

« Ça ne veut pas nécessairement dire qu'il y a aucun risque associé à ça, ça veut simplement dire que Santé Canada a considéré que les risques étaient minimes et pour différents impératifs, on considère que ça vaut la peine d'autoriser ces résidus-là. C'est une approche qui à mon sens manque de précaution parce qu'on tolère des résidus de pesticide dans nos aliments qui n'ont pas fait la preuve hors de tout doute qu'il ne causaient pas de risques. » Elle croit qu'Ottawa devrait prendre en compte les risques à long terme du cocktail de pesticides que nous ingérons quotidiennement à faible dose. « Les risques chroniques à long terme sont assez mal caractérisés, pour le glyphosate et pour et ce qui est encore moins bien caractérisé ces les interactions avec d'autres pesticides et d'autres produits chimiques présents dans notre alimentation. » La chercheuse demande plus de transparence et exige la publication de l'ensemble des données de l'étude. Elle veut savoir quelles céréales sont contaminées et à quel niveau les quantités de glyphosate dépassent les seuils jugés acceptables.

La Fondation affirme par ailleurs que « le glyphosate est aussi breveté comme antibiotique par Monsanto, signe qu’il pourrait affecter la flore microbienne du système digestif humain et des sols agricoles, et qu’il pourrait contribuer à la résistance croissante aux antibiotiques. »

Le Dr Warren Bell, médecin et président de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement est préoccupé par les effets à long terme de l’exposition aux bas niveaux de glyphosate. Il fait écho aux préoccupations de la Fondation David Suzuki.

« Des résidus ont été retrouvés dans du vin californien, des serviettes sanitaires, dans de la bière allemande, et dans l’urine de 99,6 % des Allemands testés », a-t-il indiqué en entrevue au réseau CBC.

Il explique qu’une fois dans le corps humain, le glyphosate aurait tendance à imiter un acide aminé naturel et empêcherait les protéines de remplir leur rôle.

Le médecin s’inquiète des perturbations biologiques que peut entrainer le glyphosate et notamment le fait qu’il peut créer de la résistance aux antibiotiques chez les humains.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un enfant impressionne à la batterie dans le métro de New York





Rabais de la semaine