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L’homicide de Colten Boushie hante la commission Viens

La Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (CERP) s'est ouverte lundi à Montréal avec un témoignage poignant de l'aînée mohawk Sedalia Fazio, qui a fait un parallèle entre les abus que son fils aurait subis aux mains des policiers à Châteauguay et Colten Boushie, un jeune homme tué par balle en Saskatchewan.

Un texte de Laurence Niosi

Le fils de Mme Fazio – qui était présente à la Commission pour prendre part à la cérémonie d’ouverture – aurait été battu par des policiers dans la foulée de la crise d’Oka, quand il avait seulement 13 ans. L’adolescent, qui « faisait des choses qu’il n’aurait pas dû faire », selon sa mère, a été pourchassé par les policiers, qui lui auraient donné des coups de pied au visage.

« Il faut faire quelque chose pour protéger nos enfants », a affirmé Mme Fazio avec de l’émotion dans la voix, dénonçant du même souffle l’impunité des policiers, au Québec et ailleurs au pays.

La colère ne faiblit pas depuis l’acquittement vendredi dernier en Saskatchewan d’un fermier blanc qui a tué le jeune Autochtone Colten Boushie au moment où il se trouvait à sa ferme avec des amis. Plusieurs personnes ont dénoncé un système de justice à deux vitesses, qui ne fonctionne pas pour les Autochtones. Des manifestations ont eu lieu partout au pays.

« Vous pouvez tirer sur un enfant autochtone et vous n’en paierez jamais le prix », a dénoncé Sedalia Fazio, juste avant de tenir une cérémonie traditionnelle de purification en guise d’ouverture de la Commission présidée par Jacques Viens, au Palais des congrès de Montréal.

« Imaginez si le jeune [Colton Boushie] avait été non-Autochtone, le fermier aurait été en prison », a poursuivi l'aînée mohawk, cachant à peine sa colère.

Poussé dans les escaliers

La Commission s’est poursuivie avec le témoignage d'Etuk Kasulluak, un jeune homme de Kuujjuarapik, au Nunavik, qui affirme avoir été poussé dans les escaliers par les policiers lors d’une arrestation musclée à Puvirnituq. Il a eu des côtes fêlées. Une fois à la station, l'homme n'aurait reçu ni vêtements ni couverture. Les policiers l'auraient laissé nu dans sa cellule.

M. Kasulluak purge une peine de 13 mois.

Le témoin Daniel Dufresne, un jeune homme de 23 ans originaire de Kuujjuaq, au Nunavik, a également raconté une arrestation qui l'a laissé avec un coude cassé.

Il a par ailleurs soulevé les problèmes de langue auxquels font fassent les Inuits notamment en cour, parce que des avocats de la défense ne parlent pas l'inuktitut.

La Commission basée à Val-d'Or tient ses audiences à Montréal jusqu'au 23 février. Parmi les personnes qui viendront témoigner, on compte notamment Nakuset Sohkisiwin, directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, la juge Mara Greene, du tribunal Gladue, ainsi que plusieurs témoins citoyens.

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