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L’homme d’affaires « le plus détesté des États-Unis » coupable de fraude

L'entrepreneur américain Martin Shkreli, qui avait fait scandale en 2015 en multipliant par 50 le prix d'un médicament destiné aux séropositifs, a été reconnu coupable vendredi à New York de trois chefs sur huit dans une affaire de fraude sans lien avec l'histoire qui lui avait valu le surnom de « Pharma Bro ».

Au terme d’un procès d’un mois dans un tribunal fédéral de Brooklyn, Shkreli a été déclaré coupable de fraude sur les titres de deux fonds d'investissement dont il était le gestionnaire, MSMB Capital Management et MSMB Healthcare Management. Il a également été reconnu coupable d'avoir manipulé les actions du groupe pharmaceutique Retrophin, qu'il avait mis sur pied, dans le but de renflouer ces deux fonds.

La poursuite soutenait que l’homme âgé de 34 ans avait raconté « mensonge par-dessus mensonge » à ses investisseurs au sujet de ce qu’il faisait avec leur argent. Dans les faits, il le dilapidait en faisant de très mauvais placements, qui l’avaient amené à concocter divers stratagèmes pour renflouer ses coffres. L’accusé avait notamment affirmé que l’un de ses fonds valait 40 millions de dollars, alors qu’il n’avait guère plus de 300 dollars en banque, avait relaté la procureure Alixandra Smith dans sa plaidoirie finale.

Certains de ses clients avaient toutefois témoigné en sa faveur, notant que ses manigances leur avaient malgré tout permis de s’enrichir. Quelques-uns ont même pu doubler, voire tripler, leurs avoirs. « Personne n’a perdu quoi que ce soit », avait fait valoir l’avocat de Martin Shkreli, Benjamin Brafman, devant le jury.

Shkreli a été libéré des accusations les plus graves, dont l’une voulait qu’il ait volontairement trompé les actionnaires de Retrophin.

Martin Shkreli s’est dit « ravi » de la décision des jurés qui ont délibéré pendant cinq jours, même si, en vertu de celle-ci, il est passible d’une peine de détention d’une durée maximale de 20 ans.

Shkreli a accusé la poursuite de s’être lancée dans une « gigantesque chasse aux sorcières », mais il a reconnu qu’elle avait pu dénicher « un ou deux manches à balai ».

Il recevra sa sentence à une date ultérieure.

« Problème d’image »

Questionné au sujet du comportement méprisant et insolent de son client, Me Brafman a indiqué qu’il y verrait.

L'avocat a réitéré que Shkreli est un homme extrêmement intelligent dont les aptitudes sociales laissent à désirer. Pendant que son avocat parlait, le « Pharma Bro » souriait et secouait la tête en faignant d’être surpris d’entendre de telles affirmations.

Me Brafman a même ajouté que Martin Shkreli pourrait un jour mettre au point des traitements « contre les terribles maladies qui affligent des enfants ».

Après avoir acheté en 2014 les droits sur le Daraprim, un médicament qui peut sauver la vie des malades dont les défenses immunitaires sont affaiblies par une maladie comme le sida ou le cancer, l'entreprise Turing Pharmaceuticals, dont il était le PDG, avait fait passer son prix de 13,50 $ US à 750 $ US par comprimé l’année suivante.

Décrit dès lors comme « l'homme le plus détesté des États-Unis », « le visage de la cupidité » ou simplement « un serpent », Martin Shkreli avait régulièrement jeté de l’huile sur le feu en se montrant méprisant lors de sa comparution devant un comité du Sénat américain de même que sur les réseaux sociaux, une attitude qui lui a même valu la suspension de son compte Twitter en janvier dernier. Il avait, entre autres, diffusé des vidéos en direct où il donnait des leçons de mathématiques ou encore où il ne faisait rien d’autre que caresser son chat.

C’est aussi lui qui avait acheté pour 2 millions de dollars un album très particulier du collectif de rappers Wu-Tang Clan, disponible en un seul et unique exemplaire.

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