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L'homme qui a vu l'ours... réalise l'impact des changements climatiques

Le Canada abrite les deux tiers de la population mondiale d'ours blancs qui vivent dans les régions polaires. Pour les Inuits, particulièrement, l'animal emblématique revêt une importance. Mais les changements climatiques viennent bouleverser son milieu naturel.

Un texte de Marie-Laure Josselin, à bord du Canada C3

Il est là, tranquille, sur un morceau de glace en train de manger une carcasse. Doucement, le brise-glace permet à la trentaine de Canadiens qui participent à l’expédition entre Iqaluit et Qikiqtarjuaq de s'approcher de l’ours polaire, un mâle. Tout en gardant une grande distance. Obligatoire pour la quiétude de la bête.

Le sourire de l’acteur québécois Maxime Le Flaguais ne quitte pas son visage. Il s’est levé à l'aurore, a passé trois heures à scruter les glaces pour essayer d’apercevoir une tache jaune... et l’a vu. « J’ai été chanceux, il était en train de manger un phoque, puis il a laissé la carcasse sanguinolente, c’était tout un spectacle », raconte-t-il encore émerveillé par son premier ours polaire vu dans son habitat naturel.

« Il est particulièrement en bonne condition, on peut s’en apercevoir. C’est juste un gros ours en bonne santé, et c’est comme cela qu’ils doivent être, aussi gras que possible », explique Vicki Sahanatien, spécialiste des ours polaires, basée à Iqaluit.

D’ici quelques semaines, renchérit la spécialiste, montrant les morceaux bleus flottants entourant le navire, il n’y aura plus beaucoup de glaces et les ours seront contraints d'aller sur le rivage.

Même si l’ours polaire est un excellent nageur - le record de distance a été enregistré par une femelle ayant fait 400 kilomètres -, le déclin rapide de la glace de mer ampute sérieusement sa saison de chasse.

Une étude publiée en 2016 dans le journal scientifique The Cryoshere révélait le résultat de données analysées sur la formation et le recul des glaces de mer entre 1979 et 2014. Ces saisons de chasse ont été réduites de sept semaines en moins de quatre décennies. La banquise recule donc plus tôt au printemps et se forme plus tardivement à l’automne, rendant difficile la chasse aux phoques. La banquise est le refuge de l’ours polaire, mais aussi son terrain de chasse. Son avenir est indissociable au sort de son habitat.

« La condition physique des femelles est ce qui m’inquiète le plus, explique Vicki Sahanatien, du Conseil de gestion de la faune du Nunavut. Il faut qu’elles puissent avoir des bébés et les nourrir après la naissance. Mais aussi qu’elles puissent retourner en mer pour leur apprendre comment chasser les phoques. Si trop de femelles n’arrivent pas à se reproduire ou ont un bébé au lieu de deux, car leur condition physique n’est pas assez bonne, cela peut avoir un impact sur la population et causer leur déclin. »

Au Canada, il existe 19 sous-populations d’ours polaires. Certaines sont en meilleure santé que d’autres. Les communautés autochtones peuvent les tuer, mais il existe des règles et un système de quotas de capture établi en fonction des principes de conservation et de manière à assurer la subsistance des peuples autochtones.

La première et unique fois que William Audlaké a tué un nanuq (ours polaire, en Inuktitut) est encore bien vive dans sa mémoire. L’homme de 47 ans, vivant à Qikiqtarjuak, se remémore chaque détail.

« C’était pendant l’automne, il y a cinq ans, lorsque les icebergs comme ceux-là étaient en train de geler, raconte-t-il en montrant un iceberg au loin. Le bateau ne pouvait presque pas bouger. On a vu deux phoques en face de nous, ils ont plongé, puis celui le plus proche est revenu. En s’approchant, on s’est rendu compte que c’était un ours polaire. J’ai attendu qu’il soit sur la terre et j’ai tiré dans les flancs. Il est mort aussitôt. »

Puis William Audlaké l’a coupé, ramassé et a ramené à la maison cet ours polaire qui devait faire de 1,83 à 2,13 m (de 6 à 7 pi). Un autre chasseur, David, précise qu’une fois la peau enlevée, la musculature de l’ours est impressionnante. Une fois rentré dans son village, William Audlaké l’a partagé avec sa communauté. « C’est ce que nous faisons, c’est mieux de partager », précise-t-il.

« Les gens dépendent de cela, car les entrées d’argent sont faibles et la nourriture très coûteuses. Donc ils prennent la nourriture que la nature leur offre, et ils savent gérer », dit Vicki Sahanatien. De toute manière, rappelle-t-elle, le plus gros danger pour les ours polaires, ce sont les changements climatiques.

« Et ce qu’on peut faire, c’est conscientiser les gens pour qu’ils prennent des actions, c’est essentiel. On veut que ces animaux soient là pour toujours. »

Attendrie par la vue d’une maman ours et de son petit, Anne Quesnelle, une participante franco-ontarienne de l’expédition Canada C3, indique que de les voir en vrai, c’est totalement différent que des images présentées dans les magazines.

« D’être dans leur environnement, ça nous donne un plus grand sens du respect pour eux. Et ça me motive pour parler de notre lutte à chacun pour les changements climatiques. Ce qu’on fait et qui affecte directement cet ours qu’on voit là, ça me laisse une empreinte », conclut-elle.

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