L'acériculteur Marcel Faucher entaille aujourd'hui des érables dont il a lui-même semé les graines il y a 25 ans. Une forêt entière : 9000 arbres issus des meilleurs spécimens de son érablière naturelle. Et la récolte s'avère particulièrement abondante.

Un texte d’Aubert Tremblay, de La semaine verte

Sa plantation, à peine mature, produit déjà deux fois plus de sirop à l’hectare que l’érablière dont il a hérité de son père, juste à côté.

Le technicien à la retraite établi à Saints-Anges, en Beauce, explique qu'il obtient environ 340 kg/ha de sirop dans son érablière naturelle en utilisant un dispositif de pompe à vide. Mais dans son érablière plantée, c'est plutôt 450 kg/ha, et ce, sans système de pompe. Il estime qu'il obtiendrait jusqu'à 900 kg/ha en installant ce dispositif.

C’est exactement ce qu'il voulait prouver : il est possible de produire plus de sirop sur une plus petite surface. Il suffit de cultiver les arbres au lieu d’exploiter des forêts naturelles. Mais c’est un long processus.

Un travail de fourmi

Son projet est né en 1987. Il voulait développer une variété d’érables résistante au dépérissement.

Mais cultiver des feuillus est beaucoup plus difficile que de cultiver des épinettes. Il faut lutter contre les autres végétaux et les rongeurs, par exemple. Et comme il y a très peu d’expertise au Québec dans le domaine, Marcel Faucher a dû d'inspirer d'expériences anglaises et américaines. Il avoue avoir fait de nombreuses erreurs, comme celle de planter certains de ses érables dans une terre trop argileuse, mal égouttée.

Après avoir évalué la productivité des 200 plus beaux arbres de son érablière naturelle, il a choisi les 13 meilleurs pour en récolter les fruits, les samares. Il en a semé 40 000, puis a repiqué 15 000 jeunes plants, pour enfin planter définitivement ses 9000 arbres dans un champ agricole abandonné qu’il venait d’acheter et de labourer.

Depuis six ans, Marcel Faucher suit méticuleusement la productivité d’une centaine de ses jeunes arbres. Il en a choisi 10 parmi eux, ses champions, pour démarrer une deuxième génération d’érables améliorés à partir des samares qui apparaîtront d’ici quelques années. Mais il n’a ni terre ni relève pour continuer son projet fou. Et il a 72 ans.

Tout ça pour rien?

Des plantations comme celle de Marcel Faucher, il y en a déjà eu dans des centres de recherche américains dans les années 60. Mais le travail a été abandonné. Aujourd’hui, les chercheurs poursuivent des objectifs à plus court terme, comme améliorer le procédé de concentration de la sève. Au Vermont, on propose même de couper la tête de jeunes arbres pour en retirer toute la sève.

Nous sommes allés sur place avec Marcel Faucher. Il n’a pas été impressionné. Sa plantation, par ailleurs bien plus belle, produit autant à l’hectare que le bosquet de jeunes arbres étêtés du Vermont.

Qu’arrivera-t-il à sa forêt nouveau genre? L’oubliera-t-on? Deviendra-t-elle une simple curiosité? À moins qu’elle ne devienne le fondement de nouveaux travaux d’amélioration génétique basés cette fois sur l’ADN des arbres? Marcel Faucher ne demanderait pas mieux.

« Ça ne me fera pas arrêter mes travaux, parce que je ne suis pas certain d’avoir un suivi de tout ça. Juste le plaisir d'être ici aujourd'hui et d'entendre gazouiller les oiseaux, c'est le paradis, finalement. Pourquoi pas? »

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