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L’humanité vit « à crédit » à compter d’aujourd’hui

Les ressources que la planète est en mesure de produire cette année pour permettre aux gens de boire, de manger ou de se déplacer sont épuisées en date du mercredi 2 août, selon le Global Footprint Network, un institut de recherches international basé à Oakland, en Californie.

Cette date symbolique, baptisée « jour du dépassement », est déterminée chaque année au terme d’une comparaison entre la biocapacité de la planète - sa capacité à renouveler ses réserves et à absorber les déchets - avec l’empreinte écologique de l’homme, soit son exploitation des ressources naturelles disponibles.

Selon les calculs effectués par le Global Footprint Network à partir de multiples statistiques compilées par les Nations unies, l’humanité a donc mis à peine plus de sept mois à consommer l’ensemble de ces ressources cette année, et vit donc maintenant« à crédit ».

Autrement dit, la surexploitation actuelle des écosystèmes est telle qu’il faudrait 1,7 planète pour répondre à la demande de l’humanité. À défaut d’avoir cette planète supplémentaire, le monde se retrouve donc aux prises avec une série de phénomènes climatiques délétères.

« Le coût de cette surconsommation est déjà visible : pénuries d'eau, désertification, érosion des sols, chute de la productivité agricole et des stocks de poissons, déforestation, disparition des espèces », soulignent le Global Footprint Network et son partenaire, le World Wildlife Fund (WWF), dans un communiqué commun.

Ce « jour du dépassement » survient toujours plus tôt chaque année. Établi au 21 décembre pour l'année 1971, il est passé au 4 novembre en 1980, au 13 octobre en 1990, au 23 septembre en 2000 et au 9 août en 2010. L’an dernier, il avait été fixé au 3 août.

Les Canadiens, champions de la surconsommation

Tous les humains ne portent pas la même responsabilité face à la situation actuelle, les pays industrialisés consommant et polluant bien davantage que les pays en voie de développement.

À ce chapitre, les Canadiens font piètre figure : si le reste de l’humanité vivait comme eux, il faudrait 5,13 planètes pour tenir le coup, un résultat qui lui confère la cinquième place, devant les États-Unis, au classement des cancres de la consommation.

Ce résultat est aussi nettement supérieur à ceux enregistrés dans quantité de pays industrialisés, comme le Japon (2,9 planètes), l’Allemagne (3,2), voire la France et le Royaume-Uni (3). L’Érythrée (0,3), le Burundi et Haïti (0,4) sont les pays qui gaspillent le moins de ressources.

À défaut de se stabiliser, le rythme de progression de cette mesure de la surconsommation a ralenti quelque peu au cours des dernières années, indiquent les ONG.

Cela s’explique notamment par le fait que les émissions de CO2, un gaz à effet de serre, n’ont pas augmenté au cours des trois dernières années. Or, les gaz à effet de serre comptent pour 60 % de l’empreinte écologique de l’humanité.

« Cela peut s’expliquer par le développement important des énergies renouvelables dans l’électricité », indiquent le Global Footprint Network et le WWF, qui y voient des « signes encourageants » montrant qu’« il est possible de renverser la tendance ».

La méthode de calcul utilisée pour établir le « jour du dépassement » est critiquée depuis de nombreuses années par des scientifiques, qui soulignent ses imperfections, notamment en matière de calcul de l’empreinte écologique de l’homme.

« Comme tous les indicateurs agrégés, il pâtit de limites : c’est également le cas du produit intérieur brut », relativise Dominique Bourg, philosophe et enseignant à l’Université de Lausanne, dans Le Monde.

« Cela ne délégitime pas pour autant l’empreinte écologique : c’est un instrument pédagogique qui montre des tendances, à savoir que nous vivons au-dessus de nos moyens, et qui peut guider les gens vers le changement. »

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