Retour

L'icône féministe française Simone Veil est décédée

Une grande figure de la vie politique française du XXe siècle vient de s'éteindre. L'ancienne ministre Simone Veil, qui avait porté la loi légalisant l'avortement en 1974, est morte à son domicile, vendredi matin, à l'âge de 89 ans. La nouvelle a été annoncée par son fils Jean Veil.

Rescapée des camps nazis d'Auschwitz-Birkenau et Bergen-Belsen, où elle avait été déportée à 16 ans, Simone Veil incarnait aussi en France la mémoire de la Shoah. Ce traumatisme contribuera à faire d'elle une défenseure passionnée de l'Union européenne. Elle deviendra d'ailleurs la première présidente élue du Parlement européen en 1979.

C'est cependant son combat acharné en faveur de la légalisation de l'avortement, alors qu'elle était ministre de la Santé du président Valéry Giscard d'Estaing, qui a fait d'elle une figure emblématique du siècle dernier. Défendant ce projet contre vents et marées, elle a fait de la France le premier pays majoritairement catholique à légaliser l'avortement.

Presque inconnue du public, elle avait déchaîné les passions en se présentant à la tribune de l'Assemblée nationale, le 26 novembre 1974, pour plaider pendant une heure en faveur de l'interruption volontaire de grossesse, devant une assemblée comptant 481 hommes et 9 femmes. À l'extérieur, des opposants égrenaient leur chapelet.

« Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes dans ce pays, bafouent nos lois, et humilient ou traumatisent celles qui y ont recours. Aucune femme ne recourt de gaieté de coeur à l'avortement. Il suffit de les écouter; c'est toujours un drame », lance-t-elle.

Applaudie par la gauche, Simone Veil essuie toutefois les féroces attaques de la droite lors du débat de 25 heures qui suivra. On lui reproche notamment d'avoir fait « le choix du génocide », de défendre une « barbarie organisée et couverte par la loi comme elle le fut par les nazis » et d'ouvrir la voie à « des avortoirs, ces abattoirs où s'entassent des cadavres de petits hommes ».

Après avoir entendu 74 orateurs, Simone Veil reprend la parole pour condamner les analogies avec les nazis, et sa détermination l'emporte grâce à la gauche et aux centristes. Le projet de loi est approuvé par 284 voix contre 189 le 29 novembre 1974. La loi entrera en vigueur le 17 janvier 1975, pour une période prévue de cinq ans, avant de devenir définitive le 31 décembre 1979.

Simone Veil s'était retirée de la vie publique en 2007, après avoir été membre du Conseil constitutionnel pendant neuf ans. Le passage du temps en avait alors fait une icône unanimement respectée dans la société, et elle trônait au sommet des figures politiques les plus respectées en France. Elle avait d'ailleurs été élue personnalité féminine préférée des Français en 2014.

Une vie marquée par la Shoah

Née le 13 juillet 1927 à Nice, au sein d'une famille juive et laïque, Simone Veil avait été poussée par son père, architecte de profession, à lire Montaigne, Racine ou Pascal. Son enfance a toutefois été brutalement interrompue en 1944 alors qu'elle est déportée au camp de concentration d'Auschwitz.

Son père, sa mère, son frère et ses deux soeurs sont éparpillés dans d'autres camps. Seules Simone et ses soeurs en reviendront. « Je crois être une optimiste, mais, depuis 1945, je suis dénuée d'illusions », racontera-t-elle des années plus tard.

« Rien ne s'efface : les convois, le travail, l'enfermement, les baraques, la maladie, le froid, le manque de sommeil, la faim, les humiliations, l'avilissement, les coups, les cris... Rien ne peut ni ne doit être oublié », affirme-t-elle dans son autobiographie, intitulée Une vie, publiée en 2007. « Mais, au-delà de ces horreurs, seuls importent les morts : la chambre à gaz pour les enfants, les femmes, les vieillards, pour ceux qui attrapent la gale, qui clopinent, qui ont mauvaise mine; et, pour les autres, la mort lente.

Après la chute du Troisième Reich et sa libération, Simone Veil s'inscrit à la Faculté de droit de Paris et à l'Institut d'études politiques de Paris, où elle rencontre Antoine Veil, qui sera son mari jusqu'à son dernier souffle, en avril 2013. Le couple aura trois fils.

Devenue magistrate, elle occupera alors diverses fonctions judiciaires, qui l'amèneront à devenir, en 1970, secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature.

L'Européenne et l'académicienne

La vie politique de Simone Veil a aussi été marquée par son engagement en faveur de l'Union européenne. Après avoir été présidente du Parlement européen de 1979 à 1982, elle y a dirigé le groupe libéral, démocratique et réformateur de 1984 à 1989.

« Le fait d'avoir fait l'Europe m'a réconciliée avec le XXe siècle », affirmera-t-elle plus tard.

Au terme de cette époque européenne, Simone Veil effectue un retour sur la scène nationale en étant nommée, en 1993, ministre d'État, chargée des Affaires sociales, Santé et Ville dans le gouvernement d'Édouard Balladur.

Elle occupera diverses fonctions par le suite, dont celle de présidente du Haut conseil à l'intégration, en 1997, avant de devenir membre du Conseil constitutionnel. De 2000 à 2007, elle a aussi présidé la Fondation pour la mémoire de la Shoah, dont elle est devenue par la suite présidente d'honneur.

En 2008, elle devient la sixième femme élue à l'Académie française, où elle occupe le siège qui était autrefois celui de Racine.« Mon père, disparu dans les pays baltes, révérait la langue française », déclare-t-elle dans son discours de réception.

Simone Veil était affaiblie depuis plusieurs années et avait été brièvement hospitalisée pour des problèmes respiratoires l'été dernier.

« Très vives condoléances à la famille de Simone Veil. Puisse son exemple inspirer nos compatriotes, qui y trouveront le meilleur de la France », a déclaré sur Twitter le nouveau président français, Emmanuel Macron.

Son prédécesseur, François Hollande, a pour sa part salué une femme qui « a incarné la dignité, le courage et la droiture ».

« La France perd une femme d'exception, un grand témoin et une militante de la mémoire de la Shoah », a commenté le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Francis Kalifat.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine