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L'impact de la fumée du cannabis sur les non-fumeurs reste méconnu

Alors que des rassemblements en faveur du cannabis auront lieu dans des lieux publics dans plusieurs villes au pays en cette journée du 4/20, l'impact de la fumée de la marijuana sur les non-fumeurs reste méconnu au Canada. Le manque d'études scientifiques locales sur ce sujet est criant.

Un texte de Thibault JourdanLa fumée secondaire issue du cannabis est perçue comme un problème important par de nombreux Canadiens. Pourtant, rien ne permet de définir clairement si elle représente un risque pour la santé. Comme le cannabis a toujours été illégal au pays, il y a peu, voire pas du tout, d’études sur de potentiels effets néfastes de la fumée secondaire.

Des études ont cependant eu lieu dans d’autres pays. « Parmi les recherches qui existent, il y a de l’information qui indique qu’il y a probablement des risques un peu semblables au tabagisme », commente Ginette Poulin, médecin et directrice médicale pour la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances.

Le risque pour la santé des non-fumeurs semble varier selon la concentration de fumée dans l’air. « Quelques-unes des recherches ont démontré que plus un espace est fermé, et plus il y a de fumée, plus il y a de risques », poursuit-elle. « Si vous marchez dehors à côté de quelqu’un qui fume du cannabis, vous ne serez pas sous l’influence [des effets du cannabis] », tempère-t-elle cependant.

Principe de précaution

Certaines études tendent à démontrer que la fumée secondaire peut avoir des effets sur le comportement des non-fumeurs, ajoute Ginette Poulin. « Il y a eu des changements dans la conduite [automobile] par après, le niveau cognitif [des sujets] était réduit. On a aussi retrouvé de plus fortes concentrations de THC dans le sang et dans l’urine », détaille-t-elle.Le manque d’études réalisées au Canada sur la nocivité de la fumée de cannabis avait d’ailleurs poussé le Groupe de travail sur la légalisation et la réglementation du cannabis à recommander aux législateurs d’étendre les « limitations actuelles relatives à l'usage du tabac dans les lieux publics pour englober la consommation des produits du cannabis, et les produits de vapotage du cannabis ». Ces recommandations appuyaient aussi les renseignements destinés aux professionnels de la santé publiés par Santé Canada en 2013.Ginette Poulin soutient cette position. Elle préconise un certain principe de précaution, qui s'apparente à la pratique courante dans le cas du tabac, « où on recommande d’essayer d’éviter de fumer près d’autres personnes qui ne fument pas, près des jeunes et des enfants, ou d'aller fumer à l’extérieur », dit-elle.

Besoin de plus d’études

Le nombre d’études sur l’impact de la fumée de la marijuana sur les non-fumeurs devrait augmenter une fois le cannabis légalisé. « On a besoin de plus de recherches pour mieux connaître » la situation des Canadiens, insiste Ginette Poulin. Le Canada est, en effet, un cas un peu à part des autres pays ayant légalisé la marijuana, puisqu’avec l’hiver, les Canadiens passent une bonne partie de l’année enfermés. « Ce sont des facteurs qui peuvent jouer un rôle », ajoute la directrice médicale pour la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances.Certaines universités ont, en tout cas, pris les devants. Selon les Instituts de recherche en santé du Canada, une équipe de l’Université de Toronto mène une étude pour connaître les effets à l’exposition de fumée secondaire du cannabis. Les résultats ne seront cependant pas connus avant au moins 2019.

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