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L'incertitude plane sur le renvoi des migrants en Turquie

Des migrants qui ont trouvé refuge en Grèce doivent être renvoyés vers la Turquie lundi pour la première fois depuis l'accord conclu entre l'Union européenne et Ankara il y a 10 jours. Le scepticisme est cependant de mise étant donné le degré de préparation des deux pays. Les premiers renvois pourraient n'être que symboliques.

« Il y a un engagement majeur de la Turquie et de la Grèce consistant à renvoyer 500 personnes en Turquie le 4 avril, à moins qu'il y ait un problème de dernière minute », affirme une source européenne à l'Agence France-Presse. Il s'agirait selon elle de « Syriens, Afghans et Pakistanais qui n'ont pas demandé d'asile ».

« La Grèce n'exclut pas qu'il y ait lundi le retour de quelques migrants dépendant de l'accord UE-Turquie » s'est borné à dire une source gouvernementale grecque, sans confirmer le projet ou le nombre de migrants concernés. Selon elle, « la procédure doit encore être standardisée ».

L'accord UE-Turquie, qui vise à endiguer le flux migratoire vers l'Europe en luttant contre les réseaux de passeurs et en décourageant les migrants de risquer leur vie, prévoit bel et bien que ceux et celles qui sont arrivés en territoire grec à partir du 20 mars seront renvoyés en Turquie, demandeurs d'asile inclus, à compter du 4 avril. 

L'incertitude plane cependant sur le processus et la liste des questions en suspens demeure longue. Combien de migrants seront renvoyés exactement? Comment cela se déroulera-t-il concrètement? Comment seront-ils pris en charge par la Turquie? Où seront-ils logés?

Selon un rapport interne de la Commission européenne dont des sources de Reuters ont pris connaissance, la Grèce et la Turquie doivent encore faire adopter des changements législatifs, et conclure des arrangements concernant des questions logistiques, notamment en matière de transport.

La Turquie doit aussi clarifier comment elle va traiter les migrants qui ne sont pas Syriens.

L'épineux problème du logement en Turquie

Selon des responsables turcs interrogés par Reuters, les premiers migrants pourraient être renvoyés en Turquie à bord de bateaux en direction de Dikili, au nord d'Izmir, sur la côte turque de la mer Égée. On ne sait cependant pas où ils seraient logés.

« Nous sommes inquiets du fait que les infrastructures de Dikili et de toute la région ne soient pas prêtes s'ils restent ici, que ce soit pour les établissements de santé et d'éducation », affirme le maire de la ville, Mustafa Tosun. « Nous avons fait part de ces inquiétudes. »

Dans une entrevue à un journal local, le gouverneur du district d'Izmir, Mustafa Nazmi Sezgin, affirme qu'il n'est pas question d'ouvrir un camp de réfugiés pour les migrants de retour de Grèce, mais seulement un centre d'enregistrement. Les migrants seraient ensuite envoyés dans d'autres régions dans les 24 heures.

Le vice-président du Croissant rouge turc, Kerem Kinik, affirme que son organisation travaille à mettre sur pied un camp capable d'accueillir 5000 personnes dans le district de Manisa, voisin de celui d'Izmir, à la demande du gouvernement.

Selon lui, le camp ne sera cependant pas prêt immédiatement. « Nous accueillerons probablement les premiers migrants renvoyés dans des hôtels ou des colonies de vacances au bord de la mer », dit-il. D'autres pourraient être renvoyés vers d'autres camps où ils ont déjà séjourné.

Un responsable de l'agence turque de gestion de crise AFAD, qui gère l'accueil des réfugiés syriens, soutient pour sa part que les Syriens seront libres de s'établir où ils veulent. À l'heure actuelle, seuls 300 000 des quelque 2,9 millions de Syriens en Turquie habitent des camps. Les autres doivent s'organiser par eux-mêmes.

En vertu d'une nouvelle loi, des migrants syriens peuvent bel et bien travailler dans le pays, mais seulement dans certains secteurs et à certains endroits bien définis.

Des organisations qui critiquent l'accord UE-Turquie craignent que les migrants ne soient contraints d'accepter des emplois au noir ou de quêter dans les rues.

Le sort des réfugiés non-syriens inquiète

Selon des sources de Reuters au sein du ministère turc des Affaires étrangères, les migrants qui ne sont pas Syriens et qui ne répondent pas aux critères pour les demandeurs d'asile seront renvoyés dans leur pays d'origine. Ankara a des ententes avec 14 pays à ce sujet, dont l'Afghanistan, le Bangladesh, l'Érythrée et la Somalie.

Cette perspective inquiète aussi les organisations de défense des droits de la personne. Amnistie Internationale a d'ailleurs dénoncé la Turquie la semaine dernière d'avoir renvoyé une trentaine d'Afghans dans leur pays, malgré leur crainte d'être attaqué par des talibans.

Ankara a rétorqué qu'ils étaient volontaires et qu'ils n'avaient pas demandé l'asile.

L'accord UE-Turquie pourrait aussi se trouver sous haute pression si le flot de migrants prêts à risquer leur vie dans des bateaux de fortune sur la mer Méditerranée ne se tarit pas. Encore 377 migrants ont atteint le territoire grec de cette manière entre mercredi et jeudi matin.

En vertu de l'accord, l'Union européenne doit accepter un migrant syrien enregistré en Turquie pour chaque migrant qui sera renvoyé dans le pays.

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