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L'industrie du taxi maintient la pression sur Québec

Des chauffeurs de taxi ont mené des actions d'éclat vendredi à Montréal et à Québec pour dénoncer l'inaction du gouvernement dans le dossier du transport illégal. De leur côté, les représentants de l'industrie du taxi demandent une rencontre officielle avec le premier ministre.

Pendant ce temps, la direction d'Uber a effectué une sortie pour mettre Québec en garde contre le danger de rater le virage technologique et l'« économie du partage ».

À Montréal, des centaines de chauffeurs de taxi ont manifesté en après-midi devant les bureaux du premier ministre Philippe Couillard, au centre-ville, perturbant la circulation à l'heure de pointe. Ils étaient partis plus tôt du Technoparc Saint-Laurent. La manifestation s'est déroulée dans le calme. On notait une importante présence policière.

À Québec, quelques dizaines de chauffeurs, d'abord réunis dans le stationnement d'un complexe de cinémas près de l'autoroute Duplessis, ont cheminé vers l'aéroport Jean-Lesage à vitesse réduite. Ils ont bloqué l'accès à l'aéroport, dont l'administration avait d'ailleurs averti les voyageurs de se rendre plus tôt afin d'éviter les retards. Plusieurs ont néanmoins été pris au piège, ce qui a provoqué quelques frustrations.

Ces gestes d'éclat sont l'initiative du Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM-Métallos). Il veut forcer le gouvernement à réglementer le transport illégal.

« C'est un acte de désespérance », a déclaré l'organisateur de la manifestation québécoise, Hicham Berouel. Il blâme le gouvernement pour la perturbation, puisque c'est ce dernier, selon lui, qui fait traîner les choses. Le gouvernement devait présenter un projet de loi au mois de mars, mais le ministre des Transports, Jacques Daoust, en a reporté le dépôt.

« C'est le gouvernement qui est responsable, poursuit M. Berouel. Nous sommes des victimes tout comme eux [les gens qui tentaient de se rendre à l'aéroport cet après-midi]. »

« La lutte des chauffeurs et propriétaires de taxis est trop importante pour laisser une entreprise privée s'interposer de la sorte dans ce débat social et politique », a avancé de son côté le porte-parole du RTAM-Métallos, Benoît Jugand.

Québec doit prendre le virage Uber, estime l'entreprise

Pour sa part, le directeur général de Uber Québec, Jean-Nicolas Guillemette, a mis en garde le gouvernement du Québec contre l'idée d'écarter l'entreprise de l'offre de service du transport collectif.

Il déplore que la commission parlementaire sur le transport partagé n'ait pas conduit à l'élaboration d'un projet de loi.

Il presse Québec de prendre le virage de l'économie du partage et du développement technologique, arguant qu'elle pourrait générer quelque 335 milliards de dollars d'ici 2035.

M. Guillemette souligne que des audiences se déroulent toujours dans la capitale fédérale et que la Ville de Toronto a l'intention de réglementer le transport partagé. La métropole canadienne prévoit imposer un permis de 20 000 $ à la société Uber, de même qu'une taxe de 20 cents par course.

Elle procéderait également à un allègement des exigences pour les taxis, notamment dans la formation des chauffeurs. Ces derniers conserveraient certains privilèges, comme celui d'être les seuls à pouvoir se faire héler dans la rue et de tenir des stands dans la ville.

M. Guillemette dénonce aussi l'agressivité et l'intimidation dont seraient victimes ses employés de la part des chauffeurs de taxi.

Québec à la recherche d'un environnement équitable

Au centre de la mêlée, le ministre Jacques Daoust a repoussé le dépôt d'un projet de loi sur la question du transport partagé à la suite de la commission parlementaire. Il a réitéré que le service offert par l'entreprise Uber était illégal et que la société américaine devait se plier aux lois québécoises.

« UberX, à la base, on se rappellera toujours que c'est une opération qui n'est pas légale », a déclaré M. Daoust en marge d'une conférence de presse. « Une opération qui ne rembourse pas ses taxes, ne rembourse pas ses impôts. »

Le ministre Daoust affirme que le gouvernement doit protéger les chauffeurs de taxi qui ont payé de grosses sommes pour obtenir des permis. « Beaucoup de ces permis-là sont hypothéqués et ont été payés chers », a poursuivi M. Daoust. « Est-ce qu'on peut, légitimement, abandonner ces gens-là en leur disant, du jour au lendemain : "ça ne vaut plus rien"? »

M. Daoust n'entend toutefois pas s'attaquer directement à Uber, souhaitant plutôt créer un espace législatif qui permettrait à chacun d'exploiter son entreprise dans un environnement équitable. « Je suis préoccupé, d'une part, d'équité envers les détenteurs de permis actuels et, d'autre part, par l'importance, non pas d'abolir Uber, mais d'offrir un environnement qui va être égal pour tout le monde. »

Il précise qu'Uber serait bienvenue au Québec à condition de respecter la réglementation.

L'opposition presse le gouvernement d'agir

Présents lors de la manifestation à Montréal, les porte-parole du PQ et de Québec solidaire, Martine Ouellet et Amir Khadir, ont réitéré leur appui aux chauffeurs de taxi.

Martine Ouellet dénonce le fait que les chauffeurs de taxi doivent « respecter la loi », contrairement aux conducteurs d'Uber. « D'autres pays ont légiféré. Les moyens, [le premier ministre] les a entre les mains, mais c'est lui qui se refuse à appliquer la loi », a-t-elle dit en entrevue à Radio-Canada.

Amir Khadir affirme qu'en « continuant à laisser les choses pourrir », sans légiférer, le premier ministre Couillard manque de jugement.

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