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L'Iran va accroître sa capacité à enrichir de l'uranium

La République islamique d'Iran va se doter de nouvelles centrifugeuses afin d'augmenter sa capacité à enrichir de l'uranium, a confirmé mardi le vice-président iranien Ali Akhbar Salehi, cité par l'agence de presse Fars.

M. Salehi, qui est aussi président de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, dit avoir expédié une lettre lundi à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour l’informer du « commencement de certaines activités ».

« Si les conditions le permettent, peut-être que demain soir [mardi], à Natanz, nous pourrons déclarer l’ouverture du centre de production de nouvelles centrifugeuses », a-t-il déclaré, selon Fars. Cela « ne veut pas dire que nous allons commencer l’assemblage des centrifugeuses ».

« Ce que nous faisons ne viole pas l’accord » sur le nucléaire iranien, a également affirmé le vice-président iranien, qui assure par ailleurs que cette décision ne signifie pas « que les négociations avec l’Europe ont échoué ».

Depuis que les États-Unis ont annoncé leur retrait de l’accord de Vienne le mois dernier, la République islamique et les pays européens signataires de l’entente – la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne – ont entrepris des négociations visant à le préserver.

La Chine et la Russie, qui ont aussi signé l’accord, souhaitent aussi qu’il soit préservé.

Lundi, le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Behrouz Kamalvandi, avait indiqué que la lettre informerait précisément l’AIEA, chargée d’assurer le respect de cet accord, que l’Iran entendait augmenter sa production d’hexafluorure d’uranium (UF6), un produit nécessaire au fonctionnement des centrifugeuses.

« L'Agence a reçu une lettre de l'Iran le 4 juin l'informant qu'il y avait un calendrier provisoire pour lancer la production d'UF6 », a d'ailleurs confirmé mardi un porte-parole de l'AIEA.

À Bruxelles, la porte-parole de la diplomatie européenne, Maja Kocijancic, a fait savoir que l'Union européenne était « en train d'étudier les annonces » des autorités iraniennes.

« Nous continuerons à respecter les engagements pris dans le cadre de l'accord sur le nucléaire tant que l'Iran continuera à respecter les siens. Cela reste le cas », a-t-elle déclaré, en rappelant que l'AIEA a récemment confirmé pour la 11e fois que l'Iran se conformait à ses obligations.

« Nous nous préparons à défendre les intérêts européens [contre les sanctions américaines] et à préserver l'accord », a encore dit Mme Kocijancic. « Nous allons faire le maximum pour préserver les bénéfices de l'accord pour l'Iran. »

Quant au président français, Emmanuel Macron, il a mis en garde contre toute « escalade » qui pourrait mener vers une guerre au Moyen-Orient, alors que le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou l'exhortait à mettre une « pression maximale » sur l'Iran pour l'empêcher d'accéder à l'arme nucléaire.

« J'invite tout le monde à stabiliser la situation et à ne pas céder à cette escalade, parce qu'elle ne mènerait qu'à une chose, le conflit », a lancé Emmanuel Macron à l'issue d'un entretien avec M. Netanyahou à l'Élysée.

Pour sa part, Benyamin Nétanyahou a dénoncé l'annonce de M. Salehi, affirmant y voir un plan destiné à « détruire l'État d'Israël ».

Les centrifugeuses au coeur de l'accord de Vienne

Les centrifugeuses sont les machines qui enrichissent l'uranium transformé en gaz, en le faisant tourner à très grande vitesse, permettant l'augmentation de la proportion de matière fissile isotope (U-235) pour différentes utilisations.

L'uranium à l'état naturel contient 0,7 % de U-235. Enrichi entre 3,5 % et 5 %, il est utilisé pour les réacteurs nucléaires, à 20 % pour un usage médical et à 90 % pour une bombe.

En vertu de l’accord de Vienne, l’Iran peut enrichir de l’uranium à hauteur de 3,67 %.

Dans l'accord de Vienne, Téhéran s'engage à réduire ses capacités nucléaires (centrifugeuses, stock d'uranium enrichi...) pendant plusieurs années. Le but est qu'il soit quasiment impossible pour l'Iran de fabriquer une bombe atomique, tout en assurant à Téhéran, qui dément toute visée militaire, le droit de développer une filière nucléaire civile.

Conformément à l'accord, l'Iran a réduit à 5060 le nombre de ses centrifugeuses en activité servant à enrichir l'uranium (contre 10 200 au moment de la signature de l'accord) et s'est engagé à ne pas dépasser ce nombre pendant 10 ans.

Téhéran a également accepté de modifier son réacteur à eau lourde d'Arak, sous le contrôle de la communauté internationale, de manière à rendre impossible la production de plutonium à usage militaire dans cette installation.

Ces mesures faisaient passer à un an le temps nécessaire pour fabriquer une bombe atomique, contre deux à trois mois au moment de la signature de l'accord.

Une impulsion donnée par l'ayatollah Khamenei

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, avait indiqué lundi que l’Organisation iranienne de l’énergie atomique avait « le devoir de se préparer rapidement » à augmenter sa capacité à produire de l’uranium enrichi.

« Ce que le guide suprême a voulu dire, c'est que nous devons accélérer certains processus [...] liés à notre capacité nucléaire pour pouvoir aller plus vite en cas de besoin », avait ensuite commenté M. Kamalvandi.

Le guide suprême, véritable clé de voûte du régime iranien, a déjà indiqué les trois conditions dont il exige le respect pour que l’Iran continue de respecter l’accord de Vienne, malgré le retrait des Américains. Il demande notamment :

  • que l’Europe garantisse pleinement les ventes de pétrole iranien;
  • que les banques européennes préservent le commerce avec la République islamique;
  • que Paris, Londres et Berlin ne cherchent pas à négocier des limites au programme de missiles balistiques de l’Iran ou à sa politique régionale.

La grande difficulté de ces négociations s'explique par le fait que les sanctions américaines s'appliquent de façon extraterritoriale; cela signifie que les États-Unis se donnent le droit d'entreprendre des poursuites contre des entreprises européennes qui font des affaires en Iran.

Lundi, peu après le discours de M. Khamenei, le constructeur automobile français PSA, qui exploite les marques Peugeot et Citroën, a par exemple annoncé qu'il se préparait à se retirer du pays afin de se conformer aux sanctions américaines.

Le groupe pétrolier français Total, revenu en Iran après la levée des sanctions internationales en 2015, à l'instar de PSA, a aussi fait savoir la semaine dernière que la probabilité qu'il y reste était « très faible ».

Les avertissements se suivent et se ressemblent

Plusieurs figures clés du régime iranien ont déjà indiqué qu’en cas d’échec de ces pourparlers, l’Iran pourrait recommencer à enrichir de l’uranium à hauteur de 20 %.

Dans son discours de lundi, l'ayatollah Khamenei a mis en garde les Européens contre le « rêve » de croire que son pays pourrait continuer d'accepter de brider son programme nucléaire tout en étant frappé par des sanctions économiques.

« Certains pays européens [disent attendre] du peuple iranien qu'il tolère d'être sous sanctions [...], qu'il abandonne ses activités en matière d'énergie nucléaire et qu'il continue [d'observer] les restrictions » en la matière imposées par l'accord sur le nucléaire iranien, a-t-il déclaré.

« Je dis à ces pays qu'ils doivent être conscients qu'il s'agit là d'un rêve qui ne se réalisera pas. Le peuple et le gouvernement d'Iran ne toléreront jamais de devoir supporter à la fois des sanctions et des limitations en matière nucléaire. Cela n'arrivera jamais », a ajouté le guide suprême.

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