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L’itinérance « cachée » de la Côte-Nord

L'itinérance sur la Côte-Nord ne revêt pas le même visage que dans les grandes villes. Elle ne se voit pas dans les mains de mendiants au coin d'une rue achalandée ou dans un sac de couchage sous un pont. Ici, on devient sans-abri après une crise... et on reste discret.

Un texte de Olivier Roy Martin

« On pense jamais qu’on va se retrouver dans la rue. J’avais le gros kit. J’avais la grosse maison, la grosse voiture. J’étais le parfait voisin gonflable », confie Dany Farcy, accompagnateur à la Maison Oxygène de Baie-Comeau, une ressource qui accueille les hommes et leurs enfants qui n’ont nulle part où passer la nuit.

« J’étais le caïd de Ragueneau », ajoute-t-il en parlant de sa grande maison du village nord-côtier. L’emploi industriel de Dany Farcy « dans le Nord » lui permettait de gagner « 125 000 $ par année ».

Après des difficultés conjugales qui ont mené à un troisième divorce à l’été 2015, il a perdu son emploi et sombré dans l’alcool. Pour couronner le tout, l’électricité a été coupée dans sa maison de Ragueneau en avril 2016.

« J’étais avec mon p’tit cul. Il avait presque 1 an. Puis je suis arrivé à la maison. Plus de courant. Le 18 avril exactement. Je m’y attendais parce que je savais que les factures arrivaient à la maison et que rien ne se payait [...] Là, je [n’avais] plus rien. »

C’est à ce moment qu’il est devenu une personne sans domicile fixe.

Un phénomène difficile à quantifier

Il n’existe pas de statistiques pour quantifier le nombre de personnes en situation d'itinérance sur la Côte-Nord. Des problèmes de consommation de drogues ou de santé mentale, des difficultés conjugales et des cas d’éviction de logement expliquent pourquoi certaines personnes se retrouvent à la rue.

« On parle surtout d’itinérance cachée », explique Patrick Desbiens, coordonnateur à la Maison Oxygène. « C’est des personnes qui, pendant une semaine, vont être chez des cousins, une soeur, un frère. Et ensuite, [elles] vont changer d’endroit pour un jour, pour trois jours, quatre jours, cinq jours. Donc, [elles] ne sont pas nécessairement en situation d’Itinérance, mais sans domicile fixe. »

De canapé en chambre d’amis

La vie de canapé en chambre d’amis a pourtant ses limites. Fabrice Labrie, intervenant au CRÉAM, à Baie-Comeau, le sait bien. À la suite de ses études, son travail de photographe ne lui permettait plus de joindre les deux bouts.

« À un moment donné, je me suis ramassé à six heures semaine. À un moment donné, ça a fini avec cette blonde-là. OK, qu’est-ce que je fais? J’ai six heures semaine. Je ne peux pas déménager nulle part. Alors je me suis ramassé chez des amis. C’est bien le fun de se faire réveiller par des enfants tous les matins. Sauf que dormir dans un salon qui n’est pas chez vous, ce n’est pas pareil. Ça a une limite, cette affaire-là, parce qu’eux autres ne sont pas plus riches que moi. »

Les personnes en situation d’itinérance qui ont un réseau social moins développé ou qui ne veulent tout simplement pas demander de l’aide à leurs proches risquent plus rapidement de se retrouver dans la rue.

« À Montréal, il y a des spots 24 heures où tu peux aller te réchauffer. Ici, juste à réfléchir à une place qui est chaude, qui est [ouverte] 24 heures, où tu peux rester quand même assez longtemps pour survivre, eh bien, il n’y en a pas tant que ça. »

Si un policier aperçoit une personne dans une telle situation, il la conduira dans l’un des divers centres de crise de la région.

Les ressources

Maisons d’accueil pour hommes ou pour femmes et leurs enfants, hébergement de crise : voici le nombre de places disponibles, toutes catégories d’hébergement temporaire confondues, pour une nuit seulement, dans chaque municipalité de la Côte-Nord. Cela ne signifie pas que les organismes ont assez d’employés pour encadrer autant de personnes à court, moyen ou long terme. Il arrive rarement que les villes n'aient plus aucune place disponible.

Cette carte indique le nombre total de places autorisées par le CISSS de la Côte-Nord en ressources d’hébergement de première ligne de toutes sortes dans les municipalités qui en offrent.

Le financement critiqué

D’après la Table régionale des organismes communautaires de la Côte-Nord, les ressources d’hébergement temporaire manquent de financement.

D’après Pierre-André Tremblay, professeur de sociologie à l’Université du Québec à Chicoutimi, cela s’explique par le fait que le CISSS de la Côte-Nord leur délègue de plus en plus de responsabilités sans augmenter leur financement en conséquence.

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