Des cellules nerveuses (neurones) et une région du cerveau ont été associées à la réaction innée à la peur chez les rongeurs.

Un texte d'Alain Labelle

Grâce à une nouvelle technique et au recours à des virus spécialement conçus pour découvrir la voie nerveuse impliquée dans la peur, des chercheurs américains ont mis en évidence une petite zone du cerveau de la souris responsable de la réaction induite par une odeur associée à la peur.

L'odeur de l'urine du lynx, si vous l'avez déjà sentie, est difficile à oublier. Elle s'apparente à de la viande avariée combinée avec de la sueur, avec un petit quelque chose de sauvage et d'indescriptible.

Pour nous humains, cette odeur est tout simplement dégoûtante.

Pour les rongeurs comme la souris par contre, cette odeur est associée à une vive émotion : la peur.

Elles réagissent instinctivement à cette senteur associée à leur prédateur naturel. En fait, même les souris élevées en laboratoire, qui n'ont jamais été exposées à un lynx ni à un autre félin, y réagissent.

Pour les souris, cette réaction instinctive peut leur sauver la vie. C'est que leur réaction de peur déclenche une poussée d'hormones de stress qui leur permet d'entrer en mode d'hyperpréparation, ce qui les aide à répondre et à fuir rapidement leurs prédateurs affamés.

Bien que les humains et les souris possèdent des déclencheurs de stress différents, leur réaction fait penser à nos réponses physiologiques à la peur et au stress.

Les présents travaux permettent d'identifier des neurones et une région du cerveau derrière cette réaction de peur innée chez l'animal.

Grâce à leur technique qui utilise des virus spécialement conçus pour identifier la voie nerveuse impliquée, la Pre Linda Buck, lauréate du prix Nobel de médecine, et ses collègues du Centre de recherche sur le cancer Fred Hutchinson ont mis en évidence le rôle de l'aire transitionnelle amygdale piriforme, une petite zone du cerveau responsable de la réaction induite.

Les scientifiques ont été surpris de constater que la réponse à la peur est concentrée dans cette toute petite région du cortex olfactif responsable de percevoir les odeurs.

Bien que les humains ne réagissent pas de façon innée aux odeurs de prédateurs, le fait d'étudier la réaction des souris aux prédateurs peut nous aider à mieux comprendre nos propres émotions et réponses innées. « De façon générale, la réponse au stress des rongeurs ressemble beaucoup à la nôtre » explique la Pre Buck.

L'équipe de recherche veut maintenant découvrir les molécules impliquées dans les circuits neuronaux qu'elle a trouvés. Elle aimerait bien identifier les signatures génétiques dans les neurones impliqués dans les réponses de peur.

Si elles permettent de trouver des signatures uniques pour ces neurones et si ces signatures se produisent chez les humains aussi, ces découvertes pourraient mener à une meilleure compréhension des troubles liés au stress, de la dépression et du trouble de stress post-traumatique.

Le détail de ces travaux est publié dans le magazine Nature.

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