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L'offensive sur Mossoul lancée depuis l'est par les Kurdes

Des milliers de combattants kurdes irakiens ont réussi à s'emparer de plusieurs villages situés à l'est de Mossoul, lundi, dans le cadre de l'offensive visant à reprendre cette ville au groupe armé État islamique (EI). Cette avancée des peshmergas, qui a fait huit morts, est coordonnée avec les forces fédérales irakiennes et bénéficie du soutien des avions de la coalition internationale dirigée par les États-Unis.

« Près de 4000 peshmergas participent à l'opération à Khazir sur trois front pour nettoyer les villages environnants occupés par l'EI », a affirmé leur commandement général dans un communiqué. Selon lui, les troupes kurdes se trouvaient lundi soir à proximité de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne du pays avant qu'elle ne tombe aux mains de l'EI, en 2014.

Selon une équipe de France 2 qui suit les forces kurdes envoyées aux combats, l'opération s'est mise en branle lundi, lorsqu'une colonne de blindés stationnés à environ 25 kilomètres au sud-est de Mossoul s'est dirigée vers des villages sous contrôle de l'EI. Avant d'atteindre les maisons d'un premier village, quelques centaines de mètres plus loin, ils ont été accueillis par des tirs nourris de mitrailleuses.

Selon deux députés kurdes, au moins huit combattants kurdes ont été tués lors de ces opérations, dans des circonstances non précisées. Il est cependant clair que l'avancée des peshmergas rencontre de la résistance. Des images diffusées par la chaîne kurde Rudaw ont notamment montré des peshmergas tirant pour stopper un kamikaze à bord d'une voiture possiblement piégée avançant vers eux. 

Un combattant kurde interrogé par France 2 souligne en outre que les djihadistes se sont préparés à cette offensive, annoncée depuis des mois.

Selon un lieutenant-colonel des peshmergas, Amozghar Taher, cette première partie de l'offensive vise uniquement à reprendre une poignée de villages situés en périphérie est de Mossoul. Ses combattants, dit-il, n'entreront pas dans la ville, en raison des « sensibilités sectaires ».

État islamique, le règne de la terreur

Le problème des milices chiites

Mossoul est une ville essentiellement sunnite, et la perspective que des combattants d'autres communautés, particulièrement des milices chiites, y entrent, suscite de vives inquiétudes. L'efficacité de ces combattants est reconnue, mais leur présence au front est mal vécue, voire crainte par les populations sunnites.

Au cours des derniers mois, ils ont été accusés par les Nations unies et par des associations de défense des droits de la personne d'exactions de toutes sortes dans des secteurs repris à l'EI.

La Turquie, qui a des troupes stationnées dans le nord de l'Irak, déclare haut et fort qu'il n'est pas question pour elle que des milices chiites ou kurdes entrent dans Mossoul.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, a aussi dit craindre que des milices chiites, souvent proches de l'Iran, grand rival de Riyad au Moyen-Orient, ne participent à un « bain de sang » à Mossoul.

Le premier ministre irakien Haïdar Al-Abadi a assuré lundi que seules l'armée et la police irakiennes seront autorisées à entrer à Mossoul. Selon Reuters, les craintes d'un déchaînement de violences intercommunautaires ont convaincu son gouvernement d'exclure les milices chiites de l'offensive sur Mossoul même.

L'agence soutient que les miliciens chiites des Forces de mobilisation populaire, qui ont un statut officiel auprès du gouvernement, vont plutôt cibler Haouidja, une ville d'environ 200 000 habitants aux mains de l'EI située à 100 km au sud de Mossoul.

« Notre rôle est de les libérer de la tyrannie de Daech », affirme un porte-parole de ces milices, Ali Al-Hussaini, en utilisant l'acronyme arabe désignant l'EI. « Nous ferons en sorte que les gens soient protégés. Nous sommes leurs frères, pas leur ennemi. »

Selon des habitants qui ont fui la ville, l'EI a instauré un régime particulièrement dur et violent à Haouidja. Des exécutions y auraient lieu tous les jours, les cadavres des suppliciés étant accrochés aux lampadaires pour l'exemple.

À Mossoul, les habitants se préparent

Selon un résident de Mossoul, Abou Maher, il est absolument faux de prétendre que les combattants de l'EI ont quitté la ville à l'annonce de l'offensive, comme l'ont rapporté des télévisions irakiennes.

« Ils utilisent des motocyclettes pour patrouiller tout en évitant d'être détectés par les airs. Un passager à l'arrière utilise des jumelles pour surveiller les immeubles et les rues à bonne distance », relate-t-il.

M. Maher soutient que les résidents s'appliquent depuis un moment à mettre en place des défenses de fortune et à empiler des provisions en prévision de l'offensive, qui pourrait durer des semaines, voire des mois.

« Nous avons fortifié une chambre dans la maison en plaçant des sacs de sable devant la seule fenêtre, et nous avons retiré tout ce qui était dangereux ou inflammable », indique-t-il.

La crainte de l'exode

L'ONU et diverses organisations humanitaires craignent que l'offensive sur Mossoul n'entraîne un déplacement massif de la population, dans ce pays qui compte déjà 3 millions de personnes déplacées.

« Ce à quoi on s'attend, à partir de ce que nous a dit l'armée (irakienne), c'est que si nous assistons à d'importants mouvements de populations, cela pourrait bien survenir d'ici cinq à six jours », a déclaré à la presse Lise Grande, la coordinatrice humanitaire de l'ONU.

Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés a lancé en matinée un appel en faveur de dons supplémentaires pour faire face à l'arrivée de quelque 100 000 Irakiens qui pourraient fuir les combats.

Selon le HCR, 61 millions de dollars supplémentaires sont nécessaires pour la fourniture de tentes, de camps, de vêtements d'hiver et de poêles de chauffage pour les populations qui vont chercher refuge soit en Syrie, soit en Turquie.

L'UNHCR dit avoir 21 800 tentes en Irak à l'heure actuelle, ce qui peut lui permettre d'accueillir 130 800 personnes.

Entre 1 million et 1,5 million de personnes vivent toujours à Mossoul à l'heure actuelle, selon des estimations.

Le nombre de djihadistes fait l'objet d'évaluations très divergentes, allant de 3000 à 9000 combattants.

Le Canada aux côtés des peshmergas

En entrevue à Gravel le matin, le ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a rappelé que des soldats canadiens appuient les peshmergas, dans le cadre d'une mission de formation et d'assistance. Ils offrent aussi des services médicaux et du renseignement « pour essayer d'avoir une approche la plus ciblée possible pour bien viser les groupes terroristes et non la population », selon lui.

« On fera ce qui est nécessaire pour éradiquer ce groupe terroriste sanglant et pour aider les Irakiens à reconstruire leur pays par la suite », a indiqué le ministre Dion. « Parce que l'erreur qui a été parfois commise dans le passé c'est qu'une fois qu'on s'est débarrassé du groupe qu'on percevait comme menaçant pour nous, on se retirait plus ou moins d'un pays, on le laissait en ruines et, dans la division, ça recommençait », a-t-il ajouté. « Gagner la guerre et perdre la paix, c'est ce qu'il faut éviter. »

M. Dion a aussi assuré que le Canada « va être là » pour aider l'ONU à répondre aux besoins des Irakiens qui fuiront vraisemblablement Mossoul.

Selon des chiffres présentés vendredi par le ministère de la Défense, un appareil de ravitaillement aérien Polaris a effectué 583 sorties, acheminant du carburant aux aéronefs de la coalition présents dans la région, tandis que les appareils Aurora ont effectué 609 missions de reconnaissance depuis qu'ils ont été déployés. Des CF-Hornet ont aussi effectué 1378 sorties entre le 30 octobre 2014 et le 15 février 2016.

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