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L'OMS tire la sonnette d'alarme sur la résistance de la gonorrhée aux antibiotiques

Les cas de gonorrhée continuent d'augmenter au Canada et les traitements ne suffisent plus à endiguer la propagation de la bactérie, qui résiste de plus en plus aux antibiotiques. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) lance un cri d'alarme pour plus de prévention et de meilleurs médicaments.

Chaque année dans le monde, 78 millions de personnes sont touchées par cette infection transmissible sexuellement. Au Canada, les chiffres ne cessent de croître.

« La bactérie responsable de la gonorrhée est particulièrement intelligente. Chaque fois que nous utilisons une nouvelle classe d'antibiotiques pour traiter l'infection, la bactérie évolue pour y résister » déclare la Dre Teodora Wi, médecin au département Santé reproductive à l'OMS.

L’Organisation a récolté des données provenant de 77 pays et les résultats ne sont pas reluisants.

Impopularité de la contraception chez les jeunes

Les experts mettent notamment en cause la baisse de l'utilisation des préservatifs, surtout chez les jeunes de 15 à 24 ans. Autres facteurs : les faibles taux de dépistage de l'infection et le traitement, qui est inadapté.

« Ces cas ne représentent que la partie émergée de l'iceberg, car les tests de dépistage font défaut dans les pays à revenu faible où la gonorrhée est en réalité plus courante », ajoute la Dre Wi.

L'infectiologue Neil Rau, des Services de santé de la région de Halton, explique cette différence entre les pays par l'accès aux soins de santé, comme aux États-Unis, où le système public est souvent dispendieux.

« L'accès à la santé publique aide beaucoup le contrôle des infections sexuelles », souligne-t-il, ajoutant que la possibilité de préserver son anonymat encourage aussi les gens à se rendre dans les cliniques. « Beaucoup de gens ont déjà honte de leur maladie, alors si on n’a pas un tel réseau, cela peut dissuader », croit-il.

De nouveaux médicaments nécessaires, selon des experts

Il n'existe pas, pour la gonorrhée, de test de dépistage rapide. Or, beaucoup de personnes atteintes ne présentent aucun symptôme et d'autres vont prendre d'elles-mêmes des antibiotiques qui ne sont pas adaptés, ce qui accentue les résistances, selon l'OMS.

La filière de recherche-développement pour la gonorrhée est aussi relativement peu développée, et pour les laboratoires pharmaceutiques, élaborer de nouveaux antibiotiques n'est pas rentable, déplore l'Organisation.

Neil Rau abonde dans le même sens. « Ce n'est pas rentable pour les laboratoires de développer ces antibiotiques qui seront utilisés pendant deux ou trois jours. Ils préfèrent souvent se concentrer sur des médicaments pour les maladies chroniques, cela justifie, d'une certaine manière, la dépense », explique-t-il.

Le directeur du département Résistance aux antimicrobiens de l'OMS, le Dr Marc Sprenger, pense qu'il devient urgent que de nouveaux antibiotiques et des tests rapides soient mis au point. « À plus long terme, il nous faut un vaccin pour prévenir la gonorrhée », précise-t-il.

Des populations plus à risque que d'autres

Neil Rau pense qu'il faut rester vigilant, sans toutefois soulever un vent de panique en Ontario.

De son côté, la Dre Alanna Fitzgerald-Husek, des Services de santé publique de l’Ontario, se dit inquiète des données de l’OMS. « Nous savons aussi que dans des pays qui n’ont pas les moyens de mettre en place des systèmes de santé efficaces, c’est pire », rappelle-t-elle.

Elle estime que les recherches médicales vont bon train partout dans le monde, mais qu'il reste encore beaucoup de travail à faire.

En attendant, l'OMS reste sur le pied de guerre et travaille avec un autre organisme afin de concevoir de nouveaux traitements antibiotiques et de les rendre accessibles au public.

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