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L'ONE suspend ses audiences sur Énergie Est pour une durée indéterminée

Devant un fort mouvement de protestation, l'Office national de l'énergie (ONE) décrète un report indéterminé de ses audiences publiques consacrées au projet d'oléoduc Énergie Est de TransCanada.

Un texte de François Messier

L'organisme fédéral a annoncé sa décision lundi soir, invoquant des problèmes de logistique et de sécurité. La séance de mardi est donc annulée. Quant à celle de vendredi, qui devait être la dernière, on ne sait pas encore si elle aura lieu.

Plus tôt dans la journée, l'ONE avait annoncé la suspension temporaire de ses audiences montréalaise, après que les maires de Montréal et Laval, Denis Coderre et Marc Demers, ainsi que l'ex-présidente de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), Suzanne Roy, eurent annoncé qu'ils suspendaient leur participation.

Denis Coderre, qui avait demandé le report de ces audiences « pour un certain temps » la semaine dernière, était pourtant présent dans la salle pour le début des pourparlers, qui devaient se mettre en branle à 9 h au Centre Mont-Royal. Il devait être la première personne entendue.

Les travaux n'ont cependant pas commencé comme prévu, des opposants à Énergie Est ayant pris la parole pour dénoncer l'ensemble du projet et le manque de crédibilité du processus de consultations. Ils ont pu se faire entendre pendant une trentaine de minutes avant que des policiers n'interviennent pour les expulser.

Ils ont notamment déploré que deux commissaires de l'ONE, Lyne Mercier et Jacques Gauthier, aient secrètement rencontré Jean Charest en janvier 2015, alors qu'il était consultant pour TransCanada.

Deux hommes de 35 et 44 ans et une femme de 29 ans ont finalement été arrêtés et accusés d'entrave au travail d'un policier. Les deux hommes devront aussi répondre à une accusation de voies de fait contre un agent de la paix. Deux des trois prévenus ont été libérés sous promesse de comparaître, mais un homme demeure détenu.

Les protestataires avaient obtenu l'appui d'une partie des citoyens présents aux audiences. Plusieurs ont souligné leur coup d'éclat en tapant des mains, en scandant « mascarade! » et en réclamant l'annulation du processus d'évaluation du projet d'oléoduc.

Plus tôt dans la matinée, opposants et partisans d'Énergie Est s'étaient fait entendre devant le Centre Mont-Royal. Des membres du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN se rangeaient dans le premier camp, contrairement à des syndiqués de l'International, qui regroupent notamment des soudeurs et des tuyauteurs.

Un projet inacceptable, maintiennent les maires

« Le processus, en termes de perception, est entaché. Vous avez vu ce qui se passe, ça vire à la mascarade », a commenté le maire Denis Coderre dans une mêlée de presse impromptue tenue sur place.

« On a plusieurs questions sans réponse de toute façon, alors on s'oppose encore à ce projet. S'ils proposaient de nouvelles choses, ce serait comme un nouveau projet et on referait à ce moment-là l'examen », a ajouté le maire.

Selon Denis Coderre, il est « très clair qu'il n'y a pas d'acceptabilité sociale » pour ce projet, puisque plus de 90 % des citoyens et des organismes consultés par la CMM à ce sujet ont dit s'y opposer.

Suzanne Roy, également présente au nom de l'UMQ, abonde dans le même sens. « Ce matin, ce n'était pas possible [de participer aux audiences]. On aurait plus participé à un cirque qu'à un réel positionnement des municipalités du Québec. Voilà pourquoi il était nécessaire pour nous de [nous] retirer », a-t-elle expliqué à ICI RDI.

« Ça ne veut pas dire qu'on va vers la chaise libre. Peut-être qu'à un autre moment, on pourra poser nos questions. Mais actuellement, [...] le projet tel qu'il est présenté ne répond pas du tout aux préoccupations des municipalités de l'UMQ », a-t-elle souligné, en évoquant notamment des questions d'eau potable et d'environnement.

L'ex-présidente de l'UMQ n'a pas voulu condamner ces manifestants « clairement exaspérés », qui ont simplement trouvé une « façon d'exprimer leur opposition, tant au niveau du processus de l'ONE que du projet en tant que tel ». TransCanada, déplore-t-elle, traite la population de « façon très cavalière jusqu'à maintenant ».

Un appel à remplacer les commissaires

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a enjoint au ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, de remplacer les commissaires de l'audience sur Énergie Est, pour rétablir la confiance des Canadiens dans l'ONE, et de revoir le processus d'évaluation des projets de développement.

« Les Canadiens n'accepteront pas les résultats de cette audience si le processus est biaisé, a affirmé M. Mulcair dans un communiqué. Le ministre Carr n'a rien fait pour redonner confiance aux Canadiens en l'intégrité du processus même après qu'on ait appris que certaines personnes avaient participé à des activités de lobbying douteuses. »

Des écologistes qui n'ont plus confiance

« L'ONE est rendu une véritable mascarade, les citoyens n'ont plus confiance, sont rendus à manifester. Il y a un déficit de crédibilité, un biais - ou une apparence de biais depuis l'affaire Charest », a commenté Patrick Bonin, de Greenpeace, qui était également sur les lieux en début de journée.

« Il est temps que M. Trudeau tienne sa promesse de moderniser l'ONE pour lui redonner de la crédibilité. De toute façon, la population [...] et les maires n'ont plus confiance en ce processus, depuis l'affaire Charest entre autres », a-t-il ajouté.

Le président de la Société pour vaincre la pollution, Daniel Green, n'était pas trop déçu de n'avoir pas réussi à livrer le témoignage qu'il avait préparé.

« Autrement dit, je veux avoir la possibilité de croire que l'ONE puisse dire non à TransCanada, et je n'ai pas ce sentiment, a ajouté M. Green. J'ai ce sentiment que l'ONE, à cause de leurs agissements, rendus publics, sont pro-pipelines et vont rendre une décision pro-TransCanada, malgré mon témoignage. »

Dans une déclaration écrite transmise à Radio-Canada lundi midi, le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce, s'est abstenu de commenter la manifestation des opposants.

« Après cinq séances très productives au Nouveau-Brunswick, nous étions prêts à entamer les séances à Montréal, de façon respectueuse et constructive - et nous le serons toujours quand les séances se poursuivront », a-t-il souligné.

« Nous avons eu et continuerons d'avoir un dialogue positif avec les Québécois à propos d'Énergie Est. Être à l'écoute du public, gagner sa confiance et aborder ses préoccupations nous aidera à construire et exploiter un oléoduc sécuritaire. »

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