Retour

L’Ontario tiendra une enquête publique sur l’affaire Wettlaufer

Le cas de l'ex-infirmière Elizabeth Wettlaufer, qui a admis avoir tué huit aînés de 2007 à 2014 dans des foyers où elle travaillait, fera l'objet d'une enquête publique indépendante, a annoncé le gouvernement Wynne.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

La meurtrière a été condamnée lundi à la prison à vie sans droit de libération conditionnelle avant 25 ans.

Le gouvernement ontarien a qualifié l’affaire de « tragédie ».

Réaction des familles

Laura Jackson, qui était amie avec l’une des victimes de Wettlaufer, Maurice Granat, résume à elle seule les sentiments des familles, dont 28 membres ont témoigné à l'oral ou par écrit, lundi, à l'audience sur la détermination de la peine de la meurtrière au tribunal de Woodstock.

Colère, rage, trahison, incompréhension, mais surtout la culpabilité de ne pas avoir pu protéger leurs proches.

Beaucoup parmi les familles ont raconté qu'elles étaient en train de vivre un second deuil après avoir appris la vérité sur la façon dont leurs proches étaient morts.

Excuses de Wettlaufer

Dans le box des accusés, appuyée sur des béquilles, Elizabeth Wettlaufer a tenu à prendre la parole une dernière fois, pour offrir des excuses.

Pour Arpad Horwath Jr, le pardon est toutefois impossible, parce qu'il ne peut oublier le meurtre de son père. « Sa cellule sera sa conscience pour l'éternité », dit-il.

Une sentence clémente?

Le juge Bruce Thomas de la Cour supérieure de l'Ontario a dit comprendre les émotions des familles dont « Elizabeth Wettlaufer a ruiné les vies », mais il dit avoir pris en compte la sincérité de ses remords.

Le magistrat a donc été clément dans la mesure où il lui a infligé une peine concomitante pour tous ses crimes, alors que le Code criminel lui laissait la discrétion de la condamner à des peines consécutives depuis la réforme du gouvernement Harper. Il reconnaît que le concept est « difficile à avaler pour les familles », mais il a énuméré les occasions durant lesquelles la meurtrière avait regretté son geste.

Il a souligné par exemple qu'elle avait réalisé l'ampleur de ses crimes lorsqu'on lui avait demandé de s'occuper d'enfants diabétiques à son dernier emploi ; chose qu'elle ne pouvait accepter de faire. Ce fut d'ailleurs la raison pour laquelle elle avait démissionné. Ce fut dès lors le début de la fin.

Elizabeth Wettlaufer avait effectivement dit dans sa confession aux policiers qu'elle ne savait pas si elle avait la capacité de s'empêcher de faire du mal à des enfants après s'en être prise à des personnes âgées, malades et vulnérables.

Daniel Silcox, qui parle au nom de son père James, doute que la meurtrière se prévale de son droit à la libération conditionnelle. « Elle aura alors 75 ans, explique-t-il, on comprend dans ses aveux qu'elle veuille rester à jamais en prison pour être sûre de ne plus jamais répandre la mort. »

Enquête indépendante

L'Association des infirmières autorisées de l'Ontario, qui réclamait une enquête publique, croit que la démarche permettra de restaurer la confiance des Ontariens durement ébranlée dans cette affaire.

L'objectif du gouvernement est de s'assurer que les 78 000 pensionnaires des centres de soins de longue durée sont en sécurité. Le Procureur général de l'Ontario, Nasir Naqvi, et son collègue de la Santé, Eric Hoskins, répondent ainsi aux souhaits des familles et de certaines organisations comme le groupe contre la maltraitance des personnes âgées en Ontario.

Des familles avaient d'ailleurs exprimé durant l'audience, lundi, la crainte d'être eux aussi placés un jour en institution et de subir le même sort que celui de leurs proches. Les familles disaient de ne plus avoir du tout confiance dans le système des soins de longue durée de la province.

Le juge Thomas en avait également fait mention dans sa sentence, en disant qu'Elizabeth Wettlaufer avait non seulement terni la profession d'infirmière, mais aussi brisé la confiance du public dans la qualité des soins dispensés dans les hospices.

Nul besoin d'attendre toutefois les conclusions d'une enquête, selon Shannon Emmerton dont la tante Gladys Millard a été tuée par l'ancienne infirmière. La nièce de la victime de 87 ans attend néanmoins des explications immédiates des employeurs de la meurtrière « qui gardent toujours le silence sur leurs responsabilités ».

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine