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L'ONU enquête sur des attaques chimiques présumées en Syrie

La Commission internationale d'enquête sur la Syrie mise sur pied par les Nations unies tente de déterminer si le régime de Bachar Al-Assad a bel et bien perpétré des attaques chimiques dans plusieurs villes syriennes contrôlées par des rebelles.

« La Commission a reçu de multiples informations – qui sont en cours d'investigation – selon lesquelles des bombes contenant apparemment du chlore auraient été utilisées dans la ville de Saraqeb, dans la province d'Idlib, et à Douma dans la Ghouta orientale », a-t-elle indiqué mardi dans un communiqué.

Lundi, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, a soutenu que Washington disposait « de preuves provenant de dizaines de victimes » confirmant l'usage de chlore dans des attaques menées par le régime syrien dans la Ghouta orientale, en banlieue de Damas.

Une porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Agnès Von der Mühll, a convenu mardi que Paris était « préoccupé » par ces informations, mais a estimé qu'il était « encore tôt à ce stade pour confirmer la nature chimique et la portée de ces attaques ».

En mai dernier, le président français, Emmanuel Macron, a affirmé que « l'utilisation d'une arme chimique par qui que ce soit » constituait pour lui une « ligne rouge », et que cela ferait « l'objet de représailles et d'une riposte immédiate de la part des Français ».

Dans un rapport publié en septembre, la commission d’enquête présidée par le Brésilien Paulo Pinheiro a recensé 33 bombardements chimiques en Syrie, dont 27 qu’elle a imputés à l’armée syrienne. Cela inclut une attaque au gaz sarin qui a coûté la vie à plus de 80 civils à Khan Cheikhoun, dans la province d'Idlib, en avril 2017.

La Commission d’enquête a aussi profité de l’occasion pour souligner sa « vive inquiétude » face à l’escalade de la violence dans la province d’Idlib, dans le nord de la Syrie, et dans la Ghouta orientale, une zone qui est assiégée depuis plus de trois ans et où s’entasseraient toujours 400 000 civils.

Depuis 48 heures, indique-t-elle, la « férocité des attaques a augmenté de façon dramatique » dans ces deux régions et a fait de nombreuses victimes. Trois hôpitaux de la province d’Idlib auraient notamment été touchés par des frappes aériennes.

Des zones de désescalade inefficaces

Selon la Commission, l’offensive de l’armée syrienne en cours dans la province d'Idlib, la dernière sous contrôle des rebelles, a contraint 250 000 Syriens à se déplacer pour fuir les combats depuis le début de l’année.

La Ghouta orientale et la province d’Idlib font partie des quatre zones de désescalade qui ont été mises en place en Syrie l’an dernier dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu parrainé par la Russie et l’Iran, alliés de Damas, et par la Turquie, proche de certains groupes rebelles.

Selon Paulo Pinheiro, les plus récentes informations en provenance de ces secteurs « sont extrêmement troublantes et tournent en dérision ces soi-disant zones de désescalade censées protéger les civils contre de tels bombardements ».

Les représentants des différentes agences onusiennes basées à Damas ont d'ailleurs réclamé mardi dans un communiqué distinct une « cessation immédiate des hostilités pour au moins un mois, dans toute la Syrie ». Cela permettrait de distribuer de l'aide humanitaire et d'évacuer des malades et des blessés.

La semaine dernière, le conseiller spécial du médiateur de l'ONU pour la Syrie, Jan Egeland, a admis que les opérations humanitaires en Syrie ne vont « nulle part ».

Des morts par dizaines

Mardi, les bombardements de l'aviation syrienne dans la Ghouta orientale ont fait au moins 70 morts, dont 18 enfants, et une centaine de blessés, selon un bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une organisation basée à Londres, mais qui dispose d'informateurs sur le terrain.

« Dix-neuf personnes sont encore sous les décombres et de nombreux blessés sont dans un état critique », a précisé l'OSDH, qui rapportait lundi 31 victimes dans ce même secteur.

À Kafr Batna, secouristes et habitants ont transporté sur des civières ou à mains nues des blessés ensanglantés, au milieu des décombres.

En représailles, les rebelles ont tiré mardi des roquettes sur la capitale syrienne, Damas. L'agence officielle SANA rapporte trois morts.

Outre les frappes sur la Ghouta, le régime syrien a intensifié ces dernières semaines ses bombardements dans la province d'Idlib, contrôlée par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham, anciennement connu comme étant la branche syrienne d'Al-Qaïda.

La région d'Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, est également en proie à un autre conflit armé, opposant l'armée turque et ses alliés de l'Armée syrienne libre aux miliciens kurdes. La Turquie dit vouloir débarrasser la région de ces milices « terroristes ».

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