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L'ONU évoque des massacres perpétrés par l'EI à Mossoul

Des dizaines d'Irakiens ont vraisemblablement été massacrées au cours des derniers jours par le groupe armé État islamique (EI) dans la région de Mossoul, rapporte mardi le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU.

Ces informations sont rendues publiques au moment où les forces irakiennes - armée gouvernementale, peshmergas kurdes et milices sunnites et chiites - poursuivent leur offensive destinée à reprendre la ville des mains des djihadistes, qui la contrôlent depuis plus de deux ans.

Les forces kurdes progressent depuis le nord-est de la ville, tandis que l'armée irakienne progresse depuis le sud-est. Selon un général irakien cité par l'Agence France-Presse, les forces d'élite du contre-terrorisme irakien sont maintenant à 5 ou 6 km de Mossoul.

« Nous devons maintenant nous coordonner avec les forces des autres fronts pour lancer » un assaut « coordonné » sur la ville, affirme le général Adbelghani Al-Assadi, depuis la ville de Bartala, située à l'est de Mossoul.

La ville, où se trouveraient 1,5 million de civils, n'est cependant toujours pas encerclée, l'EI ayant toujours une voie d'accès à la Syrie à partir de l'ouest, une situation qui donne lieu à des informations contradictoires.

Des responsables irakiens et américains ont rapporté que des chefs de l'EI ont déjà cherché à quitter Mossoul pour la Syrie, tandis que des sources françaises font plutôt état de l'arrivée en renfort de « quelques centaines » de djihadistes.

« On ne sait pas comment Daech va réagir », résumait lundi un proche du ministre français de la Défense, en utilisant l'appellation arabe de l'EI.

Massacres allégués près de Mossoul

Selon le porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU, Rupert Colville, l'offensive en cours donne cependant d'ores et déjà lieu à des massacres de l'EI dans la région de Mossoul.

Dimanche, l'EI aurait tué 50 anciens policiers détenus dans un bâtiment à l'extérieur de Mossoul et, jeudi dernier, les forces de sécurité en Irak ont découvert les corps de 70 civils dans des maisons du village de Touloul Nasser, au sud de Mossoul, a-t-il expliqué mardi à Genève.

Dans le village de Safina, à environ 45 km au sud de Mossoul, 15 civils ont été tués, et leurs corps, lancés dans la rivière, tandis que 6 hommes, présumés proches d'un chef de tribu en lutte contre l'EI, ont été attachés à un véhicule et tirés autour du village.

Les 6 hommes auraient aussi été battus avec des morceaux de bois et des crosses d'armes. On ne sait pas ce qu'ils sont devenus, a déclaré le porte-parole.

Les djihadistes auraient aussi abattu 3 femmes et 3 filles et blessé 4 enfants, parce qu'ils étaient en retard et marchaient à 100 mètres derrière les autres, alors qu'ils étaient transférés de force du village de Roufeïla vers un autre endroit.

« Les victimes étaient en retard parce qu'une des enfants avait un handicap. Elle fait, semble-t-il, partie de ceux qui ont été abattus », a commenté Rupert Colville.

M. Colville dit que ces informations préliminaires sont essentiellement parvenues de civils et de sources de longue date en Irak, mais aussi dans certains cas de l'armée irakienne. Certaines informations viennent aussi de l'entourage du gouvernement irakien et doivent être elles aussi vérifiées.

État islamique, le règne de la terreur

Des déplacés racontent leur vie sous le joug de l'EI

À quelques dizaines de kilomètres au sud de Mossoul, des Irakiens, qui ont trouvé refuge dans le camp de déplacés de Jeddah, racontent eux aussi l'horreur de la vie sous le joug de l'EI, tant à Mossoul qu'ailleurs en Irak.

Comme plusieurs centaines de déplacés, Oum Mahmoud, son mari et ses trois enfants ont rejoint ce camp géré par les autorités irakiennes, avec l'aide d'ONG et de l'UNICEF, après avoir fui des conditions précaires à Haouidja, place-forte de l'EI dans la province de Kirkouk.

« Nous avons marché toute la nuit pour fuir les djihadistes », raconte cette mère de famille. « C'est un membre de l'EI qui nous a aidés à nous enfuir, il a réclamé 100 $ par personne pour nous conduire dans un village. »

Leurs voisins, qui ont pris la fuite avec eux, ne sont jamais arrivés, relate-t-elle. « Ils ont été tués par l'explosion d'une bombe mise juste avant d'arriver. »

Ahmed Majid, raconte pour sa part qu'il a été enlevé par l'EI, à 250 km de là, lors d'une attaque contre la ville de Samarra. « Lors de sa retraite, l'EI nous a forcés à l'accompagner et ils nous ont ordonné de nous établir dans un village près de Mossoul, sous leur domination, dans le califat » autoproclamé par les djihadistes.

Tous ces déplacés, accueillis après avoir franchi un contrôle de sécurité, s'installeront dans un autre camp de la région, dans l'espoir de pouvoir retourner chez eux le plus tôt possible.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés assure qu'il sera bientôt prêt à accueillir 150 000 personnes fuyant les combats autour de Mossoul, soit 10 % de la population estimée de la ville.

« Nous avons encore peu de réfugiés, car la vraie bataille de Mossoul n'a pas encore commencé », affirme un officier supérieur de l'armée irakienne. « Mais nous nous attendons à un afflux énorme et l'aide de la communauté internationale n'est pas à la hauteur de ce qui nous a été promis. Si rien ne change, on va à la catastrophe. »

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