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L'ONU « préoccupée » par l'entente de principe UE-Turquie sur les migrants

Sitôt annoncée, l'entente de principe sur la gestion des flux migratoires conclue lundi entre l'Union européenne et la Turquie s'attire de sévères critiques. Le haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, se dit « profondément préoccupé » par les propositions à l'étude, tandis qu'Amnistie internationale les juge « déshumanisantes ».

La proposition qui choque est celle qui prévoit que tous les migrants arrivés clandestinement en Grèce, y compris des Syriens fuyant la guerre dans leur pays, soient renvoyés en Turquie.

En échange, les 28 pays membres de l'UE s'engageraient, pour chaque clandestin renvoyé, à accueillir un réfugié depuis la Turquie.

Devant le Parlement européen, à Strasbourg, M. Grandi, a dit être « profondément préoccupé par tout arrangement qui impliquerait le retour indiscriminé de gens d'un pays à un autre et ne détaillerait pas les garanties de protection des réfugiés en vertu du droit international ». Selon lui, trois conditions préalables doivent être mises en œuvre pour que les retours de demandeurs d'asile vers « un pays tiers » puissent être conformes au droit international :

  • le pays destinataire doit d'abord assumer « la responsabilité d'examiner la demande d'asile »
  • le réfugié doit être « protégé du refoulement », c'est-à-dire d'une expulsion sans autre forme de procès;
  • s'il obtient l'asile, le réfugié doit pouvoir « bénéficier de l'asile conformément aux standards internationaux et avoir pleinement et réellement accès à l'éducation, à l'emploi, aux soins de santé et, si besoin en est, à l'aide sociale ».

« Ces garanties doivent être détaillées légalement et elles devraient gouverner tout mécanisme dans lequel la responsabilité d'examiner une demande d'asile est transférée » à un pays tiers, a insisté M. Grandi.

La responsable d'Amnistie internationale auprès de l'UE, Iverna McGowan, reproche pour sa part aux dirigeants turcs et européens d'être « tombés encore plus bas ».

« L'idée d'échanger des réfugiés contre des réfugiés n'est pas seulement déshumanisante, elle n'offre pas non plus de solution à long terme », a-t-elle estimé.

Un accord salué par les dirigeants européens

Ces déclarations tranchent avec les déclarations optimistes faites par les plus hauts responsables de l'UE au terme de leurs laborieuses tractations avec les autorités turques.

« Le temps des migrations irrégulières en Europe est révolu », s'est félicité le président du Conseil européen, Donald Tusk.

« C'est un bon accord qui va changer la donne », s'est réjoui le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. « La décision est légale », a-t-il ajouté.

Selon M. Juncker, il importe de briser le modèle d'affaire des passeurs en Turquie, de sauver des vies et de soulager une partie de la pression sur la Grèce, qui accueille de 15 000 à 20 000 migrants chaque semaine.

Depuis le début de 2015, près d'un million de migrants sont arrivés en Grèce à bord d'embarcations de fortune fournies par des passeurs, selon l'Organisation internationale des migrations. Des centaines d'autres se sont noyés.

L'accord de principe UE-Turquie prévoit aussi que la Turquie recevra 3 milliards d'euros d'aide supplémentaire d'ici 2018 pour l'aider à gérer la crise migratoire, un régime sans visa pour ses ressortissants qui veulent voyager dans l'UE dès la fin du mois de juin, et l'ouverture rapide de négociations sur cinq nouveaux chapitres d'adhésion de la Turquie au sein de l'Union européenne.

Ce projet n'est pas définitif. Les deux parties doivent encore le finaliser en vue de son approbation lors d'un autre sommet européen, les 17 et 18 mars, à Bruxelles.

Ce dossier doit d'ailleurs monopoliser l'attention lors de discussions bilatérales entre le premier ministre turc Ahmet Davutoglu et son homologue grec Alexei Tsipras, lundi, à Izmir.

L'accord UE-Turquie n'ébranle pas la détermination des migrants

Réfugiés et migrants bloqués à la frontière entre la Grèce et la Macédoine se disaient déterminés mardi à poursuivre leur route vers le nord, malgré le projet d'accord sur leur renvoi en Turquie présenté la veille à Bruxelles par l'Union européenne et Ankara.

Depuis la quasi-fermeture de la « route des Balkans » qui a vu passer plus d'un million de migrants depuis un an, au moins 34 000 personnes se retrouvent aujourd'hui bloquées sur le territoire grec.

À Idomeni, à la frontière gréco-macédonienne, 13 000 migrants sont rassemblés et les arrivées se sont poursuivies mardi, à un rythme toutefois moindre que les jours précédents.

« Nous resterons ici, même si nous devons tous mourir », déclare Kadriya Djassem, une jeune femme de 25 ans qui a dû fuir les combats à Alep, dans le nord de la Syrie. « Ouvrez la frontière, s'il vous plaît, ne serait-ce que pour les enfants », ajoute-t-elle, son bébé de quatre mois dans les bras.

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