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L'ONU presse les djihadistes de quitter Alep-Est pour éviter une hécatombe

L'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie presse les djihadistes du Front Fatah al-Cham de quitter Alep-Est dans l'espoir que cela puisse convaincre la Syrie et la Russie de mettre un terme au déluge de feu qu'elles font pleuvoir sur la ville.

« L'argument ultime, c'est que, dans deux mois, deux mois et demi au maximum, au rythme où vont les choses, la ville d'Alep-Est pourrait être totalement détruite », a indiqué Staffan de Mistura, lors d'une conférence de presse à Genève.

Le diplomate italo-suédois presse en même temps Damas et Moscou de s'engager à mettre fin à leurs bombardements sur Alep-Est si les combattants du groupe quittent la ville. Ces derniers ont besoin de « garanties », dit-il.

Si la Syrie et la Russie refusent de s'engager de la sorte, l'histoire jugera qu'ils se sont servis de leur présence comme d'un « alibi » pour détruire la ville, a-t-il fait valoir, en ajoutant qu'il refuse d'assister passivement à un nouveau Srebrenica [lors de la guerre de Bosnie, NDLR] ou à un nouveau Rwanda.

Le régime syrien et des milices chiites alliées encerclent Alep-Est depuis plusieurs semaines déjà. Le pilonnage intensif auquel la ville est soumise depuis le 22 septembre, après l'effondrement d'une trêve éphémère, a considérablement dégradé les conditions déjà précaires dans lesquelles vivent les 275 000 personnes toujours sur place.

Selon M. de Mistura, la partie orientale de la ville abrite environ 8000 combattants à l'heure actuelle, mais seuls 900 d'entre eux sont affiliés au Front Fatah al-Cham. Le groupe, autrefois connu sous le nom de Front al-Nosra, a changé de nom après s'être officiellement dissocié d'Al-Qaïda.

Cette estimation contraste fortement avec celle qu'il avait donnée le mois dernier au Conseil de sécurité de l'ONU. Il avait alors soutenu que la moitié des combattants d'Alep-Est étaient liés au Front Fatah al-Cham.

À Moscou, Mikhaïl Bogdanov, envoyé spécial de Vladimir Poutine pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, a jugé que l'idée de faire évacuer les djihadistes d'Alep-Est était bonne. « Il est grand temps », a-t-il dit à l'agence de presse TASS.

Dans une interview accordée à la chaîne de télévision danoise TV2, Bachar Al-Assad, a cependant réaffirmé que les rebelles dits modérés n'étaient qu'un « mythe ».

Il a aussi répété qu'il entend reconquérir toute la Syrie, tout en précisant qu'il préférerait y parvenir avec des accords négociés et des amnisties permettant à des insurgés de quitter des villes contestées. 

Damas appelle les rebelles d'Alep-Est à déposer les armes

Cet appel humanitaire de l'envoyé spécial des Nations unies survient au lendemain de la diffusion d'un communiqué de l'état-major syrien appelant les combattants à déposer les armes et à quitter Alep-Est.

Tous ceux qui ne profiteront pas de la réduction des bombardements pour quitter la partie orientale d'Alep connaîtront un « sort inévitable », a averti l'armée syrienne.

Dans son communiqué, l'état-major syrien a annoncé avoir coupé toutes les routes utilisées par les insurgés d'Alep et assure qu'il dispose d'informations précises sur leurs positions et celles de leurs munitions.

Plus tôt mercredi, le commandement général avait annoncé sa décision de réduire les tirs d'artillerie et les frappes aériennes dans la partie orientale d'Alep, tenue par les insurgés pour des raisons humanitaires.

L'état-major assurait que la réduction des bombardements permettrait à ceux qui le souhaitaient de gagner des zones plus sûres.

Soutenue par des milices chiites venues du Liban et d'Irak, ainsi que par l'armée de l'air russe, Damas a lancé le 22 septembre une nouvelle offensive contre la partie est d'Alep par un pilonnage d'une intensité sans précédent.

L'ONU estime que, dans les deux dernières semaines seulement, 376 personnes ont été tuées à Alep-Est, et 266 autres, blessées. Damas tarde toujours, sinon, à donner son feu vert pour l'envoi de convois humanitaires dans la zone.

Les 15 membres du Conseil de sécurité étudient depuis lundi le projet de résolution français, qui appelle à rétablir un cessez-le-feu à Alep pour permettre un accès humanitaire aux quartiers assiégés par le régime et à interrompre les survols par des appareils militaires.

La Russie a dit ne pas soutenir ce projet qu'elle considère comme « politisé », sans pour autant annoncer officiellement qu'elle mettrait son veto.

Divisée depuis 2012 entre un secteur ouest contrôlé par le régime et des quartiers est aux mains des rebelles, Alep est devenue le principal front du conflit syrien.

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