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L'opposition syrienne accepte de reprendre les négociations à Genève

Le Haut Comité des négociations (HCN), qui regroupe une partie de l'opposition syrienne, enverra bel et bien des représentants à Genève pour participer à des négociations indirectes avec le régime du président Bachar Al-Assad. Les pourparlers, qui se déroulent sous l'égide des Nations-Unies, s'ouvriront lundi.

Dans un communiqué, le HCN explique qu'il participera aux discussions sur la base de son « engagement à coopérer avec les efforts internationaux visant à mettre fin à l'effusion de sang et à trouver une solution politique » au conflit en Syrie.

Le groupe dit vouloir se concentrer « sur la constitution du gouvernement transitoire doté de tous les pouvoirs exécutifs », dans lequel le président Assad « n'a pas sa place ». Son coordonnateur général, Riad Hijab, affirme que sa délégation est prête à « utiliser toutes les opportunités pour alléger les souffrances du peuple syrien ».

Le groupe semble néanmoins minimiser les chances de succès de la rencontre. Elle affirme dans son communiqué que le gouvernement de Bachar Al-Assad se prépare à une nouvelle escalade militaire terrestre et aérienne.

Depuis le début de la trêve en Syrie, il y a près de deux semaines, le HCN refusait de confirmer sa participation, en insistant au préalable pour que de l'aide humanitaire soit acheminée dans des zones assiégées.

Dans son communiqué, le HCN soutient d'ailleurs qu'il ne « pose aucune condition préalable à sa participation aux pourparlers », mais insiste pour que les parties adhèrent aux accords internationaux sur les questions humanitaires.

Le HCN regroupe plusieurs groupes sunnites en guerre contre le président Al-Assad. Il est parrainé par la Turquie et l'Arabie saoudite. Il ne comprend ni les Kurdes, qui contrôlent une partie du nord du pays, ni le Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaïda, ni le groupe armé État islamique. Ces deux derniers groupes ont été exclus de la trêve.

La présence des Kurdes toujours en litige

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a de nouveau appelé vendredi l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, à inclure les Kurdes dans les négociations, une proposition dont la Turquie ne veut pourtant rien savoir.

« Le lancement de pourparlers sans la participation de ce groupe [...] serait un signe de faiblesse de la part de la communauté internationale », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse donnée à Moscou en compagnie de son homologue chinois, Wang Yi.

« Ce serait une violation des droits d'un grand et important groupe de population de la Syrie », a-t-il poursuivi, ajoutant que l'exclusion des Kurdes ne ferait que « nourrir les ambitions de ceux qui ne veulent pas rester au sein de la Syrie, mais qui réfléchissent à une sécession ».

« Staffan de Mistura doit prendre la décision adéquate. Nous sommes souvent en contact avec lui et nous exprimons fermement notre position. Nous l'avons fait une nouvelle fois hier [jeudi] », a ajouté M. Lavrov, en fustigeant une fois de plus l'opposition de la Turquie à la participation des Kurdes aux pourparlers.

La Turquie considère que les combattants kurdes de Syrie forment une organisation terroriste.

Une élection présidentielle vers la mi-septembre 2017?

Plus tôt dans la journée, M. de Mistura a déclaré à l'agence de presse russe Ria Novosti que des élections présidentielle et législatives sous doivent être organisées en Syrie dans 18 mois à compter du 14 mars.

Selon lui, trois dossiers prioritaires seront abordés lors de la rencontre de Genève, qui doit durer 10 jours, soit « un nouveau gouvernement inclusif, une nouvelle Constitution et de nouvelles élections, qui doivent avoir lieu dans les 18 mois à compter du début des négociations, c'est-à-dire du 14 de ce mois », a-t-il déclaré.

« Les élections, présidentielles comme parlementaires, se dérouleront sous l'égide de l'ONU. »

« J'espère qu'au cours de cette première étape des négociations, nous constaterons des progrès au moins sur la première question », celle de la constitution d'un nouveau gouvernement inclusif », a précisé M. de Mistura.

Les pourparlers de Genève doivent s'inscrire dans le cadre de la résolution 2254 adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU le 18 décembre, dans la foulée d'un accord conclu à Vienne fin octobre. Cet accord a été parrainé par les États-Unis et l'Arabie saoudite, qui appuient l'opposition, et par la Russie et l'Iran, qui soutiennent le régime.

La résolution de l'ONU prévoit un cessez-le-feu, la mise en place « d'une gouvernance crédible, inclusive et non sectaire » d'ici 6 mois, la rédaction d'une nouvelle constitution et des élections « libres et régulières », sous supervision de l'ONU, d'ici 18 mois.

Selon un diplomate du Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie et un certain nombre de puissances occidentales étudient la possibilité d'établir une structure fédérale en Syrie.

« Tout en insistant sur la préservation de l'intégrité territoriale de la Syrie, en la maintenant ainsi comme un seul pays, il y a naturellement toutes sortes de modèles différents de structure fédérale qui pourraient, dans certains cas, reposer sur un centre très, très faible et beaucoup d'autonomie pour différentes régions », a déclaré ce diplomate, sous couvert de l'anonymat.

Une précédente tentative de négociations a avorté début février, en raison d'une intensification des frappes aériennes en Syrie par la Russie, alliée de Damas, particulièrement dans la région d'Alep. Elles n'avaient cependant jamais vraiment commencé, en raison des exigences du HCN sur le plan humanitaire.

Depuis, un accord de cessation des hostilités a été négocié par Washington et Moscou et la trêve, entrée en vigueur le 27 février, semble tenir, bien que les belligérants s'accusent régulièrement de la violer.

Après cinq ans de conflit, plus de 270 000 Syriens ont été tués, et environ 13,2 millions d'habitants ont été contraints de quitter leur foyer. Selon l'ONU, 7,6 millions de Syriens ont été déplacés à l'intérieur des frontières, 4,6 millions ont trouvé refuge en Turquie, au Liban et en Jordanie, et 1 million ont pris la route de l'Europe.

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