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L'opposition vénézuélienne ne reconnaît pas les résultats du vote

L'opposition vénézuélienne conteste les résultats du scrutin qui a permis d'élire une nouvelle Assemblée constituante de 545 membres chargés d'écrire une nouvelle constitution pour le pays de 30 millions de personnes.

La présidente du conseil national électoral, Tibisay Lucena, a annoncé avant minuit dimanche que 41,53 % des électeurs admissibles ont participé au scrutin, une proportion qui correspond à un peu moins de 8,1 millions d'électeurs.

La nouvelle assemblée « est née avec une grande légitimité populaire », a déclaré lundi matin le président Nicolas Maduro à des partisans de son camp rassemblés sur la place Bolivar, au centre de la capitale, Caracas.

L'homme fort du pays a dit croire que l'assemblée permettrait de ramener la paix, après quatre mois de manifestations violentes qui ont coûté la vie à plus de 120 personnes.

En réponse à l'élection de l'Assemblée constituante, les États-Unis ont commencé lundi à imposer des sanctions juridiques et financières contre Nicolas Maduro. Tous les avoirs que possède le président vénézuélien aux États-Unis seront « gelés » jusqu'à nouvel ordre, indique un communiqué.

« Les élections illégitimes d'hier [dimanche] confirment que Maduro est un dictateur qui méprise la volonté du peuple vénézuélien », a affirmé le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin. Il n'écarte pas l'idée d'imposer des sanctions supplémentaires contre Nicolas Maduro, sans toutefois préciser le type de pénalité envisagé.

Lundi soir, le président Maduro a rejeté ces sanctions. « Je n'obéis pas aux ordres impérialistes, je n'obéis pas aux gouvernements étrangers, je suis un président libre », a-t-il dit.

Des pouvoirs contestés

L'Assemblée constituante dispose d'importants pouvoirs. Outre celui d'écrire une nouvelle constitution pour remplacer celle qui est en vigueur depuis 1999, elle peut dissoudre des institutions existantes, comme l'Assemblée nationale, où l'opposition est majoritaire, ou même congédier des fonctionnaires.

Mais l’opposition, qui a boycotté le vote, n’est pas de cet avis. Ses leaders estiment que seulement 2 à 3 millions de personnes se sont présentées à ce scrutin, marqué par une dizaine de morts.

« Si ce n’était pas une tragédie, si cela ne signifiait pas que la crise perdure, les chiffres du conseil électoral me feraient presque rire », a commenté sur Twitter l'un de ses leaders, Freddy Guevara.

« Nous ne reconnaissons pas ce processus frauduleux. Pour nous, il est nul. Il n’existe pas », a commenté le gouverneur de l’État de Miranda, Henrique Capriles, l’une des figures de proue des opposants.

L’opposition estime depuis le départ que l’élection de l’Assemblée constituante, décidée ce printemps par le président Maduro, ne vise qu’à écarter le Parlement dominé par l’opposition depuis l’an dernier, et à consolider son pouvoir, vivement contesté.

D'après un sondage effectué à la sortie des urnes par la banque d’investissement new-yorkaise Torino Capital et un sondeur vénézuélien, 3,6 millions de personnes ont voté, soit un taux de participation de seulement 18,5 %.

Le même sondage rappelle que le gouvernement vénézuélien compte environ 2,6 millions de fonctionnaires, « ce qui permet de croire qu'une large portion des votes n’était peut-être pas volontaire ».

La BBC rapporte d’ailleurs de nombreuses informations selon lesquelles plusieurs employés ont été sommés de se rendre aux urnes sous peine d’être congédiés.

Un processus électoral douteux

L’opposition signale en outre que des procédures électorales habituellement en vigueur n’ont pas été respectées. Le scrutin s’est par exemple déroulé sans observateurs indépendants, et les auriculaires des électeurs n’ont pas été marqués à l’encre, pour s’assurer qu’ils ne votent pas à plus d’une reprise.

Associated Press rapporte que de nombreux bureaux de vote de Caracas étaient pratiquement déserts dimanche, alors que plusieurs d'entre eux étaient pourtant très achalandés lors des scrutins tenus au cours des deux dernières décennies.

Au complexe sportif et culturel Poliedro, dans l’ouest de la capitale, des milliers de personnes ont attendu environ deux heures pour pouvoir enregistrer leur vote. Les électeurs provenaient de quartiers favorables à l’opposition, où les bureaux de vote avaient été fermés.

Une trentaine d’autres sites visités par Associated Press n’accueillaient au mieux que quelques centaines d’électeurs à la fois, et certains étaient même désertés.

Pendant que l’opposition appelle ses partisans à continuer de manifester dans les rues du pays, la nouvelle Assemblée constituante doit normalement s’installer mercredi au siège du Parlement, pour s’attaquer à la rédaction de la nouvelle constitution.

Les pouvoirs de la nouvelle Assemblée se situent théoriquement au-dessus de ceux du président, mais ce dernier ne fait pas de mystère de ses volontés, laissant planer un doute supplémentaire sur sa réelle autonomie.

Nicolas Maduro a notamment dit souhaiter qu’elle lève l’immunité dont jouissent les parlementaires et les gouverneurs issus de l’opposition. Le président souhaite également que Freddy Guevara soit emprisonné pour incitation à la violence.

De nombreux pays, dont le Canada et les États-Unis, ont d’ores et déjà indiqué qu’ils ne reconnaîtront pas les résultats du scrutin. Plusieurs nations latino-américaines, dont le Brésil, l’Argentine, la Colombie, le Panama et le Paraguay sont du même avis.

Cuba, la Bolivie et le Nicaragua ont pour leur part félicité le président Maduro.

Le Venezuela est aux prises depuis des mois avec une crise économique majeure, qui se traduit par des pénuries de nourriture et de médicaments et une inflation galopante. La chute des prix du pétrole et des problèmes de corruption et de mauvaise gestion sont en cause.

Ces difficultés économiques pourraient s'accentuer si les États-Unis, principal débouché du pétrole vénézuélien, mettent à exécution leurs menaces de sanctions économiques.

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