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L’ordre d’évacuation donné trop tard à Fort McMurray, selon deux pompiers

Deux pompiers qui travaillaient le jour où a commencé le feu de forêt qui a ravagé Fort McMurray, au début du mois de mai, estiment que les autorités ont donné trop tard l'ordre d'évacuation, mettant la vie des habitants en danger.

« Nous avons été chanceux d'avoir peu de décès. Cela aurait pu être pire », estime l'un des deux pompiers en entrevue avec CBC.

D'après les deux pompiers, l'ordre d'évacuation aurait dû être donné dès le matin du 3 mai. Parmi les quelques milliers de personnes qui ont quitté leur domicile ce jour-là, deux adolescents sont décédés dans un accident de voiture sur l'autoroute 881, complètement congestionnée à cause d'une circulation trop dense.

« La progression du feu était prévisible »

Le 2 mai, le feu se situait à 1,2 kilomètre à l'ouest de la ville, avant de doubler en superficie le 3 mai, jusqu'à atteindre 2600 hectares. À ce moment-là, 37 pompiers étaient en exercice. L'après-midi, 115 de plus ont été appelés pour les aider.

À 11 h ce jour-là, les autorités ont donné une conférence de presse durant laquelle le chef des Services d'incendie de la Ville, Darby Allen, disait aux résidents d'être vigilants. Une heure plus tard, le feu avait sauté la rivière Athabasca et continuait sa course vers le nord-ouest de la ville.

À 14 h, la Municipalité de Wood Buffalo donnait l'ordre d'évacuation pour les quartiers Beacon Hill, Abasand et Grayling Terrace. Celui-ci allait bientôt couvrir tout Fort McMurray. L'un des deux pompiers se souvient aussi que des résidents ont quitté leurs maisons en feu, alors que les équipes de pompiers n'avaient même pas encore reçu d'avertissement les assurant que leurs propres familles étaient en sécurité.

Feu de forêt à Fort McMurray

Pas possible d'aller plus vite, selon le chef des opérations d'urgence

Dans un courriel adressé à CBC, celui qui a dirigé les opérations du centre d'urgence régional ce jour-là, Darby Allen, a défendu l'échéancier de l'ordre d'évacuation. « Nous ne pouvions fonder nos décisions que sur des informations sûres. La décision d'évacuer certains quartiers en priorité a été prise rapidement, en fonction des conditions qui changeaient rapidement », écrit-il.

Il ajoute que le 4 mai, 88 000 personnes avaient quitté la ville, « sans une seule victime directe », et il rappelle que 85 % des structures avaient été sauvées des flammes. « Dans cette situation sans précédent, nos premiers répondants ont fait leur travail et nous avons toujours été reconnaissants de leur courage sur le terrain », a-t-il ajouté.

Malgré cette réponse, les deux pompiers considèrent que certaines étapes étaient prévisibles, notamment le fait que les flammes avaient la capacité de sauter d'arbre en arbre, au gré des vents, et que les températures et la fumée avaient augmenté.

De plus, ils estiment que la mort des deux adolescents peut être considérée comme un « résultat direct » de ces circonstances, étant donné qu'ils ne se seraient pas retrouvés dans cette voiture à ce moment-là sans le feu de forêt.

La province va se pencher sur la question de la sécurité

Vendredi dernier, la ministre des Affaires municipales de l'Alberta, Danielle Larivee, a aussi regretté que l'ordre d'évacuation n'ait pas été donné plus tôt. Elle a affirmé que cela ferait l'objet d'un examen de la province.

Darby Allen a salué la possibilité d'améliorer l'état de préparation des services d'urgence en cas de catastrophes. Les deux pompiers ont aussi bien accueilli cette nouvelle. Ils espèrent que cela va soulever de nouvelles préoccupations concernant la sécurité publique et la responsabilité des décideurs.

Un manque d'informations criant

Les deux pompiers rapportent également qu'il leur manquait de l'information de la part du centre des opérations d'urgence régional sur la situation durant les premiers jours, très critiques. « Une image d'ensemble aurait donné une idée de la provenance du feu, de son évolution, afin de nous tenir prêts à le combattre », explique l'un d'eux.

Avec le peu d'informations qu'ils recevaient, ils ont d'abord cru que les flammes avaient entièrement détruit la ville.

Selon Darby Allen, l'équipe de gestion d'urgence a surveillé l'évolution de la situation sur le sol et par vue aérienne, ajoutant que la sécurité des premiers répondants avait été une priorité pour ses services.

« Un manque de courage », selon les deux pompiers

Ils fustigent aussi les responsables d'avoir quitté la ville assez rapidement. Le 4 mai, le centre d'opérations d'urgence régional a été transféré vers l'aéroport d'Anzac puis dirigé vers le sud, à Lac La Biche. « C'est l'événement le plus important qui arrivera dans nos carrières et notre soi-disant dirigeant nous a abandonnés », disent-ils.

Ils se demandent pourquoi l'équipe n'a pas déménagé plutôt sur l'île Macdonald, là où les premiers répondants sont restés tout au long du feu.

Darby Allen explique quant à lui que si l'île Macdonald n'avait pas été sécuritaire, les premiers répondants auraient tout de suite été déplacés.

D'après un reportage d'Andrea Huncar, de CBC News

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