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L'Université de Calgary a cédé à des demandes d'Enbridge, suggèrent des documents

L'Université de Calgary s'est pliée dans certains cas aux volontés d'Enbridge pour maintenir de bonnes relations avec le constructeur de pipeline, suggèrent des documents.

Le 28 mars 2012, l'École de commerce de l'Université inaugurait un centre de recherche sur le développement durable portant le nom de l'entreprise. Enbridge s'engageait à verser 2,25 millions de dollars sur 10 ans au centre.

Selon l'Université, les objectifs de l'Enbridge Centre for Corporate Sustainability étaient « directement alignés avec les efforts de l'École de commerce Haskayne pour devenir un centre d'excellence reconnu internationalement » pour son « intégrité académique » et « ses recherches impartiales ».

Or, les courriels obtenus par CBC/Radio-Canada en vertu de la Loi sur l'accès à l'information suggèrent qu'Enbridge est intervenue dans plusieurs dossiers propres au centre.

Les courriels témoignent qu'Enbridge voulait contrôler les nominations au conseil d'administration, tout comme l'embauche des employés et l'octroi de prix aux étudiants.

L'entreprise souhaitait aussi bénéficier de rencontres privilégiées entre ses cadres, ses clients et le corps professoral de l'École de commerce.

Demandes d'Enbridge

Les documents révèlent également que la direction de l'École et de l'Université cherchaient à accommoder certains souhaits du constructeur de pipeline.

Le directeur pressenti pour diriger le centre, Joe Arvai, critiquait ainsi la volonté d'Enbridge d'établir un partenariat avec l'Université Central Michigan (CMU) aux États-Unis. « Pour être franc, certaines personnes verront cela, en quelque sorte, comme un "pot-de-vin" versé à CMU après la fuite à Marshall », lançait-il le 1er mars 2012 à Enbridge.

En 2010, un déversement de pétrole s'était produit près de Marshall, au Michigan. Un pipeline d'Enbridge avait cédé, entraînant l'écoulement d'environ trois millions de litres de pétrole dans une rivière.

« Je ne suis pas sûr de savoir vers quoi on s'engage », écrivait Joe Arvai à l'ex-doyen de l'École de commerce, en janvier 2012. « J'ai l'impression qu'Enbridge voit le centre comme une entreprise de relations publiques, alors que je vois cela comme un centre de recherche », précisait-il.

L'ancien doyen Leonard Waverman lui répondait qu'il ne comprenait pas ses préoccupations. Il lui expliquait en 2011 que « CMU était le prix à payer à court terme ».

Joe Arvai avait finalement quitté le centre avant son lancement. Il n'a pas voulu commenter l'affaire pour des raisons légales.

Leonard Waverman, devenu le doyen de l'École de commerce de l'Université McMaster, en Ontario, a aussi refusé une demande d'entrevue.

Réaction d'Enbridge

Enbridge a pour sa part témoigné de son attachement à l'indépendance des universités. L'entreprise a laissé savoir qu'elle n'avait pas tenté d'influencer le fonctionnement du centre ou des choix liés à l'embauche.   

Rien n'était attendu en retour de son financement, selon le constructeur de pipeline.

Enbridge a aussi nié les allégations faisant du partenariat avec CMU une démarche de relations publiques. Selon D'Arcy Levesque, l'un de ses vice-présidents, cela constituait une occasion d'apprentissage commune vis-à-vis de la fuite au Michigan.

« Je ne vais pas m'excuser pour le fait que le doyen de [l'Université de] Calgary et le doyen de l'Université Central Michigan pensaient que c'était une bonne idée », a-t-il avancé lors d'une entrevue. « Le fait que M. Arvai puisse ne pas avoir soutenu le projet est, en toute honnêteté, hors sujet », a-t-il fait valoir.

L'accord prévoyait que l'Université de Calgary fournisse 1500 $ par année à CMU pour une série de séminaires et 2500 $ annuellement pour une bourse étudiante. En retour, CMU s'était engagé à diffuser certains de ses séminaires à Calgary par le biais d'Internet.

Les courriels suggèrent par ailleurs que la rectrice de l'Université de Calgary penchait en faveur d'Enbridge.

« Il y a eu du chaos et cela ne plaît pas à nos donateurs », écrivait Elizabeth Cannon à l'ex-doyen, en août 2012. « Ce n'est pas bon pour vous ni pour l'université », continuait-elle, « je veux avoir de bonnes relations avec Enbridge étant donné qu'Al Monaco est son PDG et l'un de nos anciens élèves ».

En entrevue, la rectrice de l'Université a affirmé que l'entreprise ne faisait l'objet d'aucun traitement particulier. « Si quelqu'un propose d'investir, peu importe s'il s'agit d'une bourse, d'une chaire de recherche ou d'un centre, si nous ne faisons pas ce qu'on attend de nous, oui, je vais être frustrée », a-t-elle affirmé. 

Elizabeth Cannon a aussi souligné qu'aucun universitaire n'a déposé de plainte formelle quant à sa liberté académique. Elle a aussi insisté sur le fait que l'Université décide de la manière dont le centre fonctionne sur le campus.

Al Monaco siège par ailleurs dans deux conseils de l'Université. Elizabeth Cannon fait quant à elle partie du conseil d'administration d'une branche financière d'Enbridge depuis 2010.

L'an dernier, elle a touché 130 500 $ à titre de compensation pour son poste au sein de l'Enbridge Income Fund Holdings. La présidente a rappelé que son rôle auprès de l'entreprise est publiquement connu. 

Le nom d'Enbridge a depuis été retiré du centre. En vertu d'un nouvel accord, l'entreprise a diminué son financement pour l'école de commerce d'un million de dollars.

Enbridge continue de parrainer des séminaires du centre et travaille avec d'autres départements de l'Université de Calgary.

D'après un reportage de Kyle Bakx et Paul Haavardsrud

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