Le chef de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, a nié que son organisation ait commis des gestes d'intimidation envers le député Guy Ouellette, arrêté le 25 octobre dernier. Il a aussi nié avoir piégé ce dernier, affirmant que le procédé utilisé, un « appât », était connu.

Accompagné du directeur des opérations de l'UPAC, l’inspecteur André Boulanger, et du commissaire associé aux vérifications de l’intégrité des entreprises, Marcel Forget, le commissaire Robert Lafrenière a par ailleurs dit avoir la certitude que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) allait porter des accusations dans cette affaire.

« Écoutez, poursuit le commissaire, la semaine dernière, c’était une étape de l’enquête. Maintenant, il y a d’autres étapes; il y a de l’analyse en quantité phénoménale à faire, et puis on va la faire comme tous nos dossiers. Vous savez, les dossiers de l’UPAC, on nous reproche qu’ils sont longs. C’est le type d’enquête et on va arriver à une conclusion, on va arriver à une terminaison comme tous nos dossiers. »

Le grand patron de l’UPAC a expliqué d’entrée de jeu que c’était dans des « circonstances exceptionnelles » qu’il s’adressait aux médias.

« Vous avez raison de vous poser des questions, vous avez aussi raison d’être troublés par les événements, nous le sommes également », a-t-il dit.

Ce point de presse s'est tenu quelques heures seulement après que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, eut invité l’UPAC à donner « le plus de précisions possible » sur les circonstances et les raisons entourant l'arrestation de M. Ouellette, afin de rassurer la population.

Il est survenu aussi après l'intervention attendue de Guy Ouellette devant l'Assemblée nationale, pendant laquelle il a dit être « victime d'un coup monté de l'UPAC ».

Selon ce qu’ont confié certains proches de Guy Ouellette à Radio-Canada, l’UPAC aurait utilisé un subterfuge pour procéder à son arrestation, en se faisant passer pour le policier Richard Despatie dans le but de l’attirer dans un endroit situé en banlieue de Québec.

Un policier se serait emparé du téléphone cellulaire du policier Despatie et l'aurait utilisé pour envoyer un message texte à Guy Ouellette.

Richard Despatie est l'un des deux policiers qui ont été visés par un mandat de perquisition mercredi dernier, dans le cadre de l'enquête sur des fuites d'informations liées à l'enquête Mâchurer de l'UPAC, qui portait sur le financement du Parti libéral du Québec.

L’UPAC dément avoir piégé Guy Ouellette pour pouvoir l’arrêter.

André Bélanger a apporté davantage de précisions sur cette technique d’enquête qui, a-t-il insisté, a été « examinée par le DPCP et autorisée par un juge de la Cour du Québec ».

« Il est véhiculé qu’il s’agit d’un piège, explique M. Bélanger. Il s’agit plutôt d’un appât, d’un test d’intégrité, dont les fondements sont appuyés sur des éléments qui avaient été amassés au cours de cette enquête. Il ne s’agit donc pas d’une action policière exceptionnelle, impulsive et désordonnée. Elle est couramment utilisée en matière d’enquête criminelle ciblant des réseaux de trafic de stupéfiants, et elle a passé le test des tribunaux à de multiples reprises. »

« L’UPAC va tout faire pour me museler » - Guy Ouellette

Dans une entrevue vendredi dernier à une radio privée, le député avait accusé l'UPAC et Robert Lafrenière de chercher à le « museler » afin qu'il ne « puisse pas donner [sa] version ou informer la population de toutes les manœuvres d’intimidation » que l'UPAC déploierait.

Guy Ouellette a notamment affirmé que le patron de l'UPAC, Robert Lafrenière, a « forcé le gouvernement » à lui confier un second mandat de cinq ans à la tête de l'organisation en 2016, lorsque les policiers ont procédé à l'arrestation des ex-ministres libéraux Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté, le jour même du dépôt du budget.

Dans un communiqué publié à la suite de l'arrestation de Guy Ouellette, l’UPAC a évoqué une enquête visant « de possibles infractions d'abus de confiance et d'entrave à la justice ». Sans nommer M. Ouellette, elle a ajouté que cette arrestation « s’est avérée nécessaire » afin de « sécuriser des éléments de preuve » et d'empêcher que des infractions « continuent ou se répètent ».

L'absence d'accusations et d'explications une semaine après l'arrestation du député de Chomedey a alimenté les débats dans ce qu'il convient d'appeler désormais l'affaire Ouellette.

Pas de lien avec un stratagème présumé

L'affaire a pris une autre tournure lundi, quand une ex-analyste du ministère des Transports, Annie Trudel, a déclaré, dans une entrevue accordée à Québecor Média, que Guy Ouellette s'apprêtait à dénoncer un stratagème impliquant l’UPAC, l’Autorité des marchés financiers (AMF) et une firme de consultants dans le cadre du processus de certification que pilote l’AMF pour autoriser des firmes à soumissionner pour les plus importants contrats publics.

Le gouvernement Couillard a réagi à cette révélation en confiant à la vérificatrice générale le mandat de faire la lumière sur le processus d'attribution des contrats avec l'État.

Lors du point de presse de l’UPAC mardi, son directeur des opérations André Bélanger a dit vouloir « rectifier certains faits ».

« En fait, poursuit-il, à aucun moment l’existence d’un rapport sur une telle norme ISO ou encore des allégations sur le régime d’autorisation préalable à l’obtention d’un contrat public n’a été portée à notre attention. »

Rappelons que Guy Ouellette présidait, jusqu’à son arrestation, la commission des institutions qui se penche sur le projet de loi 107, qui vise à accorder plus de pouvoirs et d’indépendance à l’UPAC et au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

Dans une entrevue au 98,5 FM, il ne cachait pas être d’avis qu'avec ce projet de loi l'UPAC sera encore moins redevable aux parlementaires qu'à l'heure actuelle. Il milite d'ailleurs pour que l'UPAC soit assujettie à une norme ISO anticorruption. « Elle ne veut pas, c'est beaucoup trop contraignant » pour elle, a-t-il dit.

L’opposition réclame une commission parlementaire

La mise au point de l’UPAC a laissé les partis de l’opposition sur leur faim.

En entrevue à l’émission 24/60 mardi soir, le leader parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a demandé à nouveau une reddition de comptes pour l’UPAC. Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a annoncé lundi qu’il veut instaurer un mécanisme en ce sens.

« [En point de presse] M. Lafrenière dit : ''on n’a rien à se reprocher''. Et si c’était le cas, comment on pourrait le savoir? demande M. Bérubé. Personne ne surveille l’UPAC. Aucun mécanisme de reddition de comptes, aucun corps de police ne surveille l’UPAC, alors il faut prendre la parole du commissaire. »

Interrogé par l'animatrice Anne-Marie Dussault à savoir en qui il croit, l’UPAC ou Guy Ouellette, le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Bonnardel, a répondu : « On a deux versions […] au final, il y a encore des zones grises ».

La CAQ croit que Guy Ouellette, Annie Trudel et l’UPAC doivent tous être entendus en commission parlementaire et réitère sa demande en ce sens.

« Il faut connaître la vérité, a expliqué M. Bonnardel à l'émission 24/60. Il faut aller au bout de ces allégations que M. Ouellette et Mme Trudel nous ont données. On souhaite que le gouvernement, avec sa majorité, accepte que la commission puisse prendre place et qu’on soit capables d’interroger les personnes concernées. »

De son côté, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a avoué être « un peu déçu » de l’intervention de Guy Ouellette devant l’Assemblée nationale.

« Nous avions besoin que les choses soient nommées, les faits établis le plus clairement possible, estime M. Khadir. Il jouissait de la protection totale, l’immunité parlementaire. »

Il demande par ailleurs à l’UPAC de « mener à bien ses enquêtes. »

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