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L'UQTR au 6 ème rang des bâtiments universitaires en mauvais ou très mauvais état

EXCLUSIF - Après les hôpitaux et les écoles, Québec constate que la vétusté est aussi un problème criant dans le parc immobilier des universités.

Un texte de Davide Gentile

C'est ce qui ressort de la première analyse panquébécoise menée par le gouvernement et les universités. Plus de 40 % des bâtiments du réseau obtiennent la note « D » ou « E ». Ce qui, selon le gouvernement, signifie un niveau « élevé » ou « très élevé » de dégradation.

La note globale du réseau immobilier universitaire est moins bonne que dans le réseau hospitalier, selon ce qu'a rapporté Radio-Canada au printemps dernier.

Si le gouvernement a beaucoup investi dans la construction de nouveaux bâtiments, le maintien des actifs existants semble un problème grandissant. Québec évalue le déficit d'entretien à 1,5 milliard et a échafaudé un plan pour régler une partie du problème, qui touche surtout les vieilles universités.

Partout sur le campus de l'Université McGill, les signes de vétusté sont manifestes. Au pavillon Strathcona, des murs extérieurs sont entièrement recouverts de bâches et de planches de bois. La maçonnerie de l'édifice est très endommagée.

Et au sud du campus, la bibliothèque Macdonald-Stewart est cernée de poutres ajoutées pour soutenir la structure défaillante. Un des coins de l'édifice a perdu une colonne, démantelée parce qu'elle menaçait de s'effondrer.

« On a soigneusement numéroté les pierres. On les a placées dans un conteneur en attendant d'avoir les fonds pour rénover », indique Olivier Marcil, vice-principal aux relations externes pour l'université.

Ce genre de problème est commun ici : 73 % des bâtiments de McGill sont en mauvais ou en très mauvais état. Québec évalue le « déficit de maintien d'actif » à plus de 600 millions. « C'est plus d'un milliard », affirme plutôt Olivier Marcil, qui martèle que McGill ne peut pas assumer seule ces rénovations.

« C'est clair qu'entre l'argent et les besoins, il y a un écart qui est très important », affirme d'emblée Louis Sauvageau, directeur général des immeubles à l'Université de Montréal.

Pourtant, partout sur le campus de la montagne, des ouvriers s'activent. Mais les besoins restent ici énormes, même s'ils sont moindres que ceux de McGill. Le déficit de maintien d'actif est évalué à 285 millions de dollars.

Les ailes du pavillon Roger-Gaudry, où se situe la tour emblématique de l'université, obtiennent les pires notes de « D » ou « E ». Globalement, 64 % des bâtiments de l'université se retrouvent dans ces deux catégories.

D'autres campus âgés sont abîmés. On pense à la petite Université Bishop's en Estrie, qui, avec 2400 étudiants, est aux prises avec un déficit d'entretien de 38 millions.

Plus récent, le réseau de l'Université du Québec est de manière globale en bon état. La vaste majorité des édifices sont dans un état qui va de bon à très satisfaisant.

L'Université Laval à Québec estime, quant à elle, que son parc immobilier est en bon état, puisque seulement trois des 85 composantes de son parc immobilier héritent de la pire note de « E ». « On est allés chercher 64 millions dans le programme des infrastructures du savoir fédéral », dit Éric Bauce, vice-recteur au développement, pour illustrer un des outils utilisés pour moderniser le campus.

L'institution estime que ce ne sont pas les budgets d'infrastructures, mais plutôt les sommes consenties à la formation qui sont insuffisantes.

« Depuis 1997, le gouvernement ne finance pas les coûts réels de l'entretien du parc immobilier », affirme Martin Maltais, professeur en financement et politiques d'éducation à l'Université du Québec à Rimouski. Il estime que les formules de subvention des établissements ne favorisent pas l'entretien. « Pour accroître ton budget dans une université, l'avenue principale, c'est d'augmenter le nombre d'étudiants. »

Selon M. Maltais, c'est ce qui a poussé les universités à se concentrer sur la construction de nouveaux campus pour recruter des étudiants, par exemple en région. « Il faut que j'augmente mes effectifs. Donc, on va opter pour des projets de développement au lieu d'investir dans l'entretien », dit-il. Mais, selon lui, les nouveaux campus en région ont fait leurs preuves. « À Drummondville, 70 % des étudiants n'iraient pas à l'université sans ce campus », dit-il au sujet de cette entité de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Les 25 bâtiments universitaires qui nécessitent le plus de travaux

Les chiffres du gouvernement indiquent qu'entre 2005 et 2007, Québec n'a pas investi dans la « résorption du déficit de maintien d'actif ». Mais, depuis 2008, on investit chaque année environ 70 millions à cet effet.

La ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, rappelle qu'elle a décidé d'augmenter la cadence à ce chapitre : plus d'un milliard de dollars seront investis d'ici dix ans. « Quand on dit que le déficit est de 1,5 milliard et qu'on met un milliard, on n'est peut-être pas si loin que ça », affirme la ministre au sujet de la résolution de ce problème.

En plus, le gouvernement a investi entre 2005 et 2015 près d'un milliard de dollars en entretien dit régulier et Québec a participé à la construction de plusieurs bâtiments neufs. On pense par exemple au campus de l'Université de Montréal à Laval et à l'ajout de plusieurs pavillons un peu partout dans le réseau.

Selon la ministre David, une partie de la solution viendra du fédéral, qui a lancé au printemps le Fonds d'investissement pour les établissements postsecondaires, doté de 2 milliards de dollars. « On attend l'annonce de façon imminente. Ça va donner de l'air. Ça va permettre de faire des travaux », affirme la ministre.

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