CRITIQUE – « J'ai toujours défendu le droit d'être forte quand j'étais plus jeune. Je suis âgée de 31 ans désormais. C'est encore jeune, mais... »

Cette phrase-confession lancée à la foule du Centre Bell, vendredi soir, ne pourrait mieux dépeindre l’état d’esprit qui anime depuis toujours Stefani Joanne Angelina Germanotta, plus connue mondialement sous le nom de Lady Gaga.

Depuis ses débuts, il y a une décennie de cela, l’Américaine originaire de Manhattan est aussi convaincante que convaincue dans les textes de ses chansons, dont plusieurs ont fait époque. Et la tournée Joanne – titre de son plus récent disque – qui est passée par Montréal avec deux mois de retard n’a fait que confirmer ce que l’on savait déjà. Lady Gaga est une chanteuse avec une voix et une âme.

La voix, on le sait depuis son premier spectacle au Métropolis en 2009, quand elle s’était installée seule à son piano, afin de nous montrer qu’il y avait du coffre sous les costumes tape-à-l’œil.

Et quand la voix n’y est pas, comme ce fut le cas le 4 septembre dernier à Montréal, on reporte le spectacle plutôt que de faire dans la demi-mesure. L’âme, quant à elle, se retrouve dans certaines de ses chansons fédératrices et inclusives, telles Scheiße et Born This Way.

Le problème, façon de parler, c’est que ce n’est pas nécessairement ce qui saute aux yeux et aux oreilles à l’un de ses spectacles. Héritière directe de Madonna, contemporaine des Rihanna et autres Katy Perry de ce monde, Lady Gaga vit à l’ère des concerts démesurés où chacune tente de surpasser sa rivale sur le plan de la production scénique.

Cette fois, l’Américaine disposait d’une scène principale ultralarge d’où s’élevaient des plateformes pouvant offrir des tableaux variés : la chanteuse surplombait tout le monde d’entrée de jeu pour Diamond Heart, mais ses musiciens, danseurs et danseuses se retrouvaient à sa hauteur quelques instants plus tard durant A-Yo, probablement son titre le plus résolument rock.

Tel un plancher de danse se mouvant sans cesse, les plateformes en question pouvaient même être asymétriques, le tout avec des variations de couleurs et d’effets spéciaux : flammes pour John Wayne, pyrotechnie pour Just Dance et un océan de blanc pour Bad Romance. Les variantes recherchées contrastaient avec les chorégraphies qui étaient quelque peu convenues.

Occuper tout l’espace

Au cours des ans, on a vu les artistes rivaliser d’ingéniosité pour passer de la scène principale à une plus petite plateforme, souvent installée à l’autre bout du parterre. Avec cette tournée, on peut presque affirmer que Lady Gaga a redéfini la manière de passer du point A au point B durant un spectacle.

Durant Applause, les deux plateformes circulaires au parterre se sont élevées au moment où trois passerelles descendaient du plafond : la jonction s’est faite à mi-hauteur, ce qui a permis à la chanteuse et à ses danseurs de passer au-dessus du public en délire.

Avec un peu de recul dans les gradins, j’avais l’impression que les passerelles ressemblaient à des versions futuristes du pont japonais de Giverny, et les spectateurs en dessous, aux milliers de nénuphars peints par Claude Monet. Formidable image.

C’est au terme de cette procession que Lady Gaga s’est installée au piano afin d’interpréter Come To Mama, peut-être la chanson la plus soul de son répertoire, et d’enchaîner avec The Edge of Glory.

Oui, pour son jeune public constitué majoritairement de jeunes femmes et adolescentes, ce sont probablement les Poker Face, Telephone et autres Paparazzi qui font le plus plaisir à entendre, mais c’est toujours au piano que Lady Gaga émeut le plus.

L’esprit de Joanne

En fait, hier, ce fut également vrai à la guitare, lors de l’interprétation de Joanne, dans le mode le plus country qui soit. Joanne, sa tante, la sœur de son père qu’elle n’a jamais connue, décédée en 1974. C’est ça aussi, la Lady Gaga trentenaire : d’autres sonorités (country, rock), et des textes plus personnels.

Mais à l’ère du spectacle sans limites, il faut en donner plus. Donc, Angel Down… en descendant du plafond du Centre Bell, Bloody Mary, avec une robe rouge sang dotée d’une longue traîne et Dancing in Circles, encore une fois, sur une plateforme centrale, surplombant les spectateurs.

N’empêche, ce généreux concert de 2 heures 20 minutes – qui aurait pu être écourté n’eut été des segments instrumentaux et des vidéos obligatoires pour les changements de costumes –, s’est terminé comme il le fallait : Lady Gaga, seule au piano, pour la splendide Millions Reasons, qui risque de devenir un autre classique de son répertoire.

Quand elle a déposé son chapeau sur son tabouret avant de disparaître sous la plateforme, allongée sur son piano, je me suis dit qu’un jour, quand la Lady Gaga trentenaire approchera la quarantaine, elle pourrait bien nous offrir une tournée uniquement piano-voix. Mais pas pour l’instant. Ses « petits monstres », comme elle le dit, préfèrent trop l’artiste dynamique qui danse sans retenue.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine