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La Californie aux prises avec les pires feux de son histoire

Les feux de forêt qui sévissent depuis dimanche sont désormais considérés comme étant les plus meurtriers de toute l'histoire de la Californie. Le bilan de 33 morts risque de s'alourdir, puisqu'on dénombre des centaines de disparus.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Depuis 1933, alors que les feux de forêt avaient entraîné la mort de 29 personnes dans le comté de Los Angeles, jamais brasiers n'avaient été si dévastateurs dans cet État de la côte ouest américaine.

Jusqu'à présent, une vingtaine de feux ont dévasté au moins 777 kilomètres carrés dans huit comtés. Plus de 3500 maisons et commerces ont été la proie des flammes. Plus de 9000 pompiers sont déployés, certains venant d'aussi loin que le Canada et l'Australie.

Des « progrès significatifs » sont enregistrés, selon Ken Pimlott, qui dirige le ministère des Forêts et de la Protection contre les incendies de la Californie. Ainsi, dans les comtés de Sonoma et de Napa, les pompiers sont venus à bout de deux des feux les plus dévastateurs dans une proportion de 25 %. Mais les conditions météorologiques - vents forts, faible humidité et mercure à la hausse - ne présagent rien de bon pour la fin de semaine.

Dans la vallée de Napa, on appréhende des vents frôlant les 100 km/h jusqu'en fin de soirée samedi.

Et c'est sans compter l'inquiétude qui étreint nombre de familles à la recherche des leurs, une lourde tâche à laquelle s'affairent les services d'urgence secondés par des chiens pisteurs. C'est le cas par exemple à Santa Rosa, ville de 175 000 habitants à quelque 90 km au nord de San Francisco. Là, depuis lundi, le feu a rasé des quartiers entiers.

Les services d'urgence du nord de la Californie étant débordés, de nombreuses personnes cherchent elles-mêmes la trace de leurs proches, recourant aux réseaux sociaux pour lancer l'alerte.

« De l'organisation dans le chaos » - Mark Ghilarducci

Des gens se plaignent de la désorganisation des autorités qui peinent à dresser la liste des personnes disparues. Dans le comté de Sonoma, le bureau du shérif s'en occupe directement, tandis que dans le comté de Napa, les autorités invitent la population à consulter le site de la Croix-Rouge plutôt que la base de données gouvernementale.

Le directeur du Bureau des services d'urgence de la Californie assure néanmoins qu'il y a « de l'organisation dans le chaos ». Mark Ghilarducci affirme que la coordination entre les différentes agences mène à l'ajout de ressources là où les besoins se font sentir.

Les évacués, au nombre de 25 000, s'abritent là où ils peuvent : maisons d'amis, refuges et même sur la plage. À la une du San Francisco Chronicle, on peut voir des titres tels que : « Réfugiée dans sa piscine, une femme meurt dans les bras de son mari ».

Météo et aménagement du territoire : deux facteurs aggravants

La Californie peut vivre des feux de forêt à longueur d'année, mais il a été démontré que l'automne donnait lieu à des feux particulièrement violents. L'effet des températures chaudes et sèches en été s'aggrave dans les mois qui suivent avec les vents provenant du désert du Grand Bassin. Connus sous le nom de Santa Ana dans le Sud et de Diablo dans le Nord, ces vents contribuent à la propagation des feux de forêt.

De plus, l'été dernier s'est avéré le plus chaud jamais enregistré en Californie.

Enfin, les efforts des pompiers pour maîtriser les flammes sont compliqués par le développement croissant de secteurs résidentiels dans les milieux humides. Ces zones deviennent alors propices aux feux, comme l'illustre actuellement l'ampleur des dommages dans les régions de Santa Rosa et de Napa.

« Nous pourrions faire mieux en matière d'aménagement du territoire et de planification urbaine, a déclaré Scott Stephens, professeur spécialisé dans la protection contre les incendies de l'Université de Californie à Berkeley. En Californie du Nord, nous sous-estimons la vulnérabilité des communautés face au feu. »

Un viticulteur québécois dans la vallée de Napa

En cours de journée vendredi, le viticulteur québécois Patrice Breton a dû se résoudre à joindre les rangs des personnes déplacées. Sa maison est à quelques kilomètres d'un brasier qui gagne en ampleur dans la vallée de Napa.

Paradoxalement, ce propriétaire de vignobles vendangeait pas plus tard que vendredi matin. C'est que ses vignes sont relativement peu touchées par les flammes, du fait qu'elles sont gorgées d'humidité accumulée. La vigne est résiliente, dit-il en substance, et agit comme coupe-feu.

M. Breton espère que la situation ne s'aggravera pas comme à Santa Rosa, dans le comté de Sonoma, où c'est « apocalyptique », dit-il.

Avec les informations d'Yvan Côté

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