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La Californie portera les espoirs d'Obama pour le climat

La Californie, avec ses 40 millions d’habitants, est la sixième économie de la planète, légèrement devant celle de la France, derrière le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Japon, la Chine et les États-Unis.

Après l’élection de Donald Trump le 8 novembre dernier, l’État de la côte ouest-américaine a dépêché d’urgence une délégation à la conférence de Marrakech.

À sa tête, le sénateur démocrate Kevin de León, qui a multiplié les rencontres afin d’offrir ce message : « La Californie va prendre le leadership de la lutte contre les changements climatiques aux États-Unis ».

« Entendez-moi bien : nous fonçons tête première, il est hors de question que la nouvelle administration à Washington bousille des années d’efforts », a clamé ce politicien charismatique aux traits d’acteur hollywoodien.

Victime des effets du réchauffement

La Californie est depuis longtemps un leader en matière de climat. Et elle a toutes les raisons de l’être.

Peu d’États subissent autant les effets du réchauffement que le Golden State.

Feux de forêt qui sont toujours plus ravageurs d’année en année, sécheresse dévastatrice sur les terres agricoles qui fournissent une grande part des fruits et légumes du continent nord-américain, canicules prolongées, érosion des côtes, etc.

« Pour la Californie, le réchauffement climatique n’est pas une notion abstraite ou ésotérique, dit Matt Rodriquez, secrétaire à l’Environnement de l’État. Nous avons les deux pieds dedans, tout comme de nombreuses régions américaines. Et s’il y a un effet Trump sur la lutte contre les changements climatiques aux États-Unis, c’est qu’elle va s’intensifier, dans tous les États. J’espère que Donald Trump comprend cela ».

Cette réaction, on l’a souvent entendue cette semaine à Marrakech. Questionnés sur les effets de l’élection d’un président climatosceptique, qui a promis de sortir son pays de l’accord de Paris sur le climat, la plupart des représentants politiques rencontrés à Marrakech ont réagi de la même façon.

La secrétaire du Vermont aux ressources naturelles, Deborah Markowitz, va ainsi dans le même sens que son collègue de la Californie.

« Nous ne ralentirons pas notre action, au contraire, insiste-t-elle. Au Vermont, un emploi sur vingt est lié à l’économie verte. Et nous allons augmenter cette proportion au fil du temps ».

Même réaction du côté de l’État de Washington, représenté à Marrakech par Chris Davis, conseiller spécial du gouverneur Jay Inslee.

Nous serions fous de nous laisser influencer par les croyances de Donald Trump. Les effets du réchauffement, nous les vivons déjà de façon très intense.

Chris Davis, conseiller spécial du gouverneur Jay Inslee

« Si M. Trump veut se retirer de la lutte contre les changements climatiques, nous occuperons tout le terrain, deux fois plus qu’avant », a déclaré M. Davis.

En 2014 et 2015, l’État de Washington a subi les plus gros feux de forêt de son histoire, causant des pertes économiques de plusieurs centaines de millions de dollars.

Cette catastrophe s’ajoutait à celle de l’industrie des mollusques, la plus importante aux États-Unis. Des milliers de tonnes d’huîtres sont en effet perdues depuis une dizaine d’années en raison du réchauffement et de l’acidification des eaux environnantes.

Un marché du carbone appelé à croître

La Californie partage actuellement avec le Québec le plus gros marché du carbone en Amérique. Avec l’Ontario qui se joindra en janvier à ce marché, environ 60 millions d’habitants bénéficieront ainsi de ce régime.

Pour la Californie, ce n’est qu’un début.

Sur le territoire nord-américain, des discussions pour ce genre de marché sont en cours avec une douzaine d’États et d’autres provinces canadiennes, dont l’État de Washington, l’Oregon et la Colombie-Britannique. Il s’agit ici d’un marché de 53 millions de personnes.

La Californie étend aussi son influence à l’étranger.

« Les discussions avec le Mexique pour un marché du carbone sont très avancées, dit Ken Alex, conseiller spécial du gouverneur Jim Brown, en mission à Marrakech. Nous sommes aussi en pourparlers avec la Chine, l’Allemagne, le Pérou, la Corée du Sud, etc. Nous avons des alliés partout et nous en avons besoin pour réussir ce que nous voulons accomplir ».

Action climatique et développement économique

L’économie occupe une part de plus en plus importante dans les débats sur les changements climatiques et l’élection de Donald Trump ne fait que renforcer la tendance.

À la base, cette question : la lutte contre les changements est-elle nécessairement une nuisance au développement économique ? Pour de plus en plus de gouvernements, la réponse est non, au contraire.

De fait, s’il y a un élément qui a fait parler à Marrakech cette semaine, c’est bien cette lettre envoyée par plus de 360 entreprises, pour la plupart américaines – parmi lesquelles DuPont, Gap, Hewlett Packard, Kellog – qui ont écrit à Donald Trump pour lui demander de respecter l'accord de Paris sur le climat.

« Nous, membres de la communauté des affaires et investisseurs aux États-Unis, réaffirmons notre engagement profond à répondre au changement climatique à travers la mise en œuvre de l'accord historique de Paris, écrivent-elles. Nous appelons [nos élus] à soutenir les investissements en faveur d'une économie bas-carbone aux États-Unis et à l'étranger, afin de donner plus de clarté aux décideurs financiers et de renforcer la confiance des investisseurs dans le monde. »

C’est le message que les représentants californiens sont venus livrer à Marrakech.

« Depuis que nous avons mis en place les mesures pour lutter contre les changements climatiques, notre économie n’a jamais cessé de croître, dit le sénateur Kevin de León. Nous avons créé des dizaines de milliers d’emplois dans le secteur de l’économie verte et nous avons réduit notre déficit. »

À ce titre, il s’oppose avec véhémence à Donald Trump et estime que ce dernier ferait une grande erreur en ne poursuivant pas l’action climatique des États-Unis.

« Je connais plusieurs de mes collègues républicains dans d’autres états qui n’iront pas dans le sens de M. Trump, parce qu’ils savent que nous avons choisi la bonne voie en Californie, dit Kevin de León. Si le nouveau président veut défaire ce que nous sommes en train de faire, il devra porter l’odieux d’avoir détruit de très bons emplois ».

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