Quand Philippe Couillard a tendu la main aux anglophones lors du congrès des jeunes libéraux, il y a deux semaines à l'université Bishop's, l'entourage de François Legault a eu le sentiment d'une petite victoire. Le discours du premier ministre donnait l'impression qu'il était sur la défensive. « Nous avons besoin de vous, a dit en anglais le chef libéral, le Québec est votre maison. »

Une analyse de Martine Biron

C’était la deuxième fois en deux mois que M. Couillard tentait de rassurer la communauté anglophone, une clientèle traditionnellement acquise au PLQ.

Pour gagner, la Coalition avenir Québec doit jouer dans les platebandes libérales et elle a entrepris de courtiser la communauté anglophone. François Legault a changé sa stratégie l’hiver dernier en délaissant les corridors de l’Assemblée nationale pour le terrain. Il a fait une tournée du Québec et multiplié les rencontres privées.

Les anglophones sont au cœur de cette stratégie. Le parti a clarifié sa position constitutionnelle et parle plus ouvertement aux anglophones d’éducation et de santé.

La décision de la CAQ, en juin dernier, de dénoncer publiquement les compressions budgétaires imposées au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) n’est pas étrangère à cette stratégie. La CAQ a aussi diffusé une publicité sur mesure pour séduire les anglophones.

Il est bien évident que les circonscriptions anglophones de Montréal sont encore hors de portée pour la CAQ. Même si tous les Smith et les Johnson de Notre-Dame-de-Grâce votaient pour la CAQ, la circonscription serait toujours libérale. Kathleen Weil l’a gagnée en 2014 avec près de 77 % des voix.

Priorité aux anglophones hors de Montréal

En fait, la CAQ a d’autres visées et sait que le fief montréalais est solide. Elle a les yeux sur les circonscriptions hors de Montréal qui ont une communauté anglophone.

Celle de Brome-Missisquoi, par exemple. Le vétéran libéral Pierre Paradis, éclaboussé par une histoire de mœurs, pourrait décider de prendre sa retraite après 10 mandats. La langue maternelle de près de 17 % de la population de cette circonscription est l’anglais. La CAQ l’a dans sa mire.

Même chose pour les circonscriptions libérales d’Argenteuil (13 % d’anglophones), d’Orford (14,6 %) ou encore d’Huntington (16,6 %).

« Nous sommes comme une start-up », explique un conseiller caquiste qui reconnaît que la tâche n’est pas facile. Mais la CAQ estime que les libéraux prennent les anglophones pour acquis et veut tranquillement s’imposer comme une solution de remplacement au PLQ.

François Legault fait donc le pari que si sa formation continue de progresser dans l’opinion publique, ces quelques circonscriptions pourraient peut-être faire une différence. En politique, chaque circonscription compte.

On peut penser que la situation commence à inquiéter les libéraux, alors que le premier ministre Philippe Couillard a promis de créer au sein de son ministère un nouveau secrétariat pour les Québécois de langue anglaise.

Les anglophones connaissent leur valeur électorale et la posture du « courtisé » est généralement plus agréable que celle du « courtisan ».

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