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La CAQ préconise la ligne dure face à la légalisation du cannabis

Dans un projet de cadre réglementaire présenté mardi, la Coalition avenir Québec (CAQ) demande au gouvernement Couillard d'adopter une approche beaucoup plus sévère que ce que propose Ottawa en matière de légalisation du cannabis. Une stratégie incohérente, selon le Parti québécois.

En conférence de presse, le député Simon Jolin-Barrette, porte-parole de la CAQ en matière de justice, a déclaré d’entrée de jeu que son parti est complètement opposé au projet de légalisation du cannabis du gouvernement fédéral.

Affirmant répondre aux « nombreuses craintes et inquiétudes des familles québécoises », Simon Jolin-Barrette et sa collègue de Repentigny, Lise Lavallée, ont présenté un projet réglementaire pour encadrer la consommation, la distribution et la vente de cannabis au Québec de façon à en contrôler au maximum les effets pervers.

Cette politique du gouvernement Trudeau n’aura pour seul effet, selon la CAQ, que de renvoyer aux provinces toutes les conséquences ainsi que les coûts monétaires et sociaux liés à la légalisation de la consommation de cannabis.

Ottawa doit libérer ses champs de taxation

À ce chapitre, la CAQ demande au fédéral de libérer entièrement ses champs de taxation sur la vente du cannabis au Québec. En abolissant sa taxe d’accise et la TPS sur le cannabis, Ottawa permettrait ainsi à Québec de récupérer ses champs de taxation et les revenus qui lui permettront de faire face à l‘augmentation des coûts sociaux et financiers qu’engendrera la légalisation de la marijuana.

La ligne dure

Ne pouvant éviter la légalisation du pot au Québec puisque Ottawa détient le pouvoir de le faire, la CAQ exhorte les élus québécois à se préparer adéquatement à ce « bouleversement majeur » en adoptant une approche restrictive et sévère.

Pour ce faire, la CAQ demande à Québec de ne pas adopter une approche permissive face au cannabis, mais plutôt de se positionner contre la consommation de ce produit, même s’il devient légal.

Pour la CAQ, le projet d’Ottawa est beaucoup trop permissif, et des mesures nettement plus contraignantes s’imposent.

Augmenter à 21 ans l'âge légal pour consommer

Parmi les mesures qu’elle préconise, la CAQ demande de porter de 18 à 21 ans l’âge légal prévu par Ottawa pour consommer de la marijuana au Québec, et d’instaurer des sanctions pénales provinciales pour ceux qui achètent ou vendent du pot aux jeunes de 18 à 21 ans.

La SAQ responsable de la vente et de la distribution

En ce qui a trait à la distribution et à la vente du produit, les caquistes voudraient qu’elles reviennent à une filiale de la Société des alcools. Le parti s’oppose toutefois à la vente de cannabis dans les succursales de la SAQ. Ladite filiale devrait selon eux avoir ses propres comptoirs situés le plus loin possible des écoles, des garderies et des lieux fréquentés par des jeunes.

La CAQ s’oppose également à la vente en ligne de cannabis, à l’achat de cannabis à l’extérieur du Québec ainsi qu’à la livraison du produit à domicile par la poste ou un quelconque service de livraison. Le transport de cannabis entre les provinces devrait aussi être interdit.

Selon Simon Jolin-Barrette, ces mesures sont destinées à éviter la distribution de produits qui ne respecteraient pas le cadre réglementaire québécois.

15 grammes maximum

En matière de possession, la Coalition avenir Québec réduirait de 30 grammes à 15 grammes la quantité permise de cannabis en possession légale. Une trentaine de grammes représente selon la CAQ une quantité exagérée pour un individu.

Pas de culture à domicile

Pour ce qui est de la culture du cannabis à domicile que compte autoriser Ottawa, la CAQ s’y oppose formellement pour éviter que des enfants ou des adolescents soient en contact avec de la marijuana dans leur lieu de résidence.

Pour ce qui est des lieux publics, le cadre réglementaire de la CAQ y interdit toute consommation de cannabis qui devrait se faire dans un cadre privé exclusivement. Il va sans dire que la consommation serait aussi interdite dans les véhicules automobiles et les transports publics.

À ce chapitre, la CAQ se dit d'accord avec le projet de loi fédéral sur l’interdiction de la conduite sous l'influence du cannabis.

Un plan incohérent, selon le Parti québécois

Réagissant quelques instants après la présentation du cadre réglementaire de la CAQ, le député péquiste de Lavaltrie, André Villeneuve, a pris la parole pour annoncer que contrairement à la CAQ, son parti allait prendre le temps d’étudier la teneur des consultations réalisées sur la légalisation du cannabis et de réfléchir avant de produire un plan sur la question.

« Nous ne ferons pas ça sur le coin d’une table », a ironisé le député Villeneuve en soulignant que le plan des caquistes comporte des incohérences, notamment le fait qu’ils veulent confier à la SAQ la distribution et la vente du cannabis.

« Il semblerait que la CAQ, maintenant, considère que la SAQ est une bonne entreprise d’État », a ajouté M. Villeneuve.

« Deux hypothèses : soit il y a une incohérence totale de la CAQ […] ou bien M. Legault garde toujours derrière la tête l’idée de privatiser une fois que le cannabis sera sous le chapeau de la SAQ », a extrapolé André Villeneuve.

La santé et la sécurité publique, principaux enjeux des péquistes

Selon le député Villeneuve, le Parti québécois estime que la vente et la distribution doivent être confiées non pas à une société d’État, mais directement au gouvernement du Québec pour des raisons de sécurité publique et de santé publique.

En ce qui a trait à la santé publique, il sera très important, selon le PQ, de s’assurer d’un parfait contrôle de la qualité des produits offerts aux Québécois.

Il sera tout aussi important, souligne M. Villeneuve, qu’à partir de juillet 2018, lorsque le cannabis sera légal au Canada, les personnes qui le désirent puissent se procurer du cannabis dans des conditions tout à fait sécuritaires.

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