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La CAQ veut réduire à 90 minutes l’attente pour voir un médecin à l’urgence

On ne compte plus les fois où le ministre Gaétan Barrette a réclamé à la Coalition avenir Québec (CAQ) son plan en santé. À la veille du congrès du parti de François Legault à Lévis, Radio-Canada a mis la main sur ce plan très attendu qui constituera sans aucun doute un jalon important de sa plateforme électorale.

Un texte de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec

Dans l’entrée en matière du document d’orientation de 25 pages, la CAQ relève les pires constats du réseau de la santé au Québec : 1,6 million de Québécois orphelins d’un médecin de famille, pire performance parmi les pays développés pour l’attente aux urgences, 14 000 patients en attente de leur chirurgie depuis plus de six mois, coûts exorbitants pour le stationnement aux hôpitaux, etc.

L’aspirant parti au pouvoir déploie ensuite une série d’orientations et d’engagements pour s’attaquer « aux véritables causes du problème ».

Une mesure qui risque de retenir l’attention est cet engagement ferme de « réduire le temps d’attente aux urgences avant de voir un médecin à 90 minutes en moyenne d’ici 4 ans, une baisse de 45 minutes par rapport à la moyenne actuelle ».

Cette simple mesure nécessiterait cependant de vastes changements en amont. Selon le document, il faudrait à un gouvernement caquiste :

  • Offrir un médecin de famille à tous les Québécois;
  • Revoir la rémunération à l’acte des omnipraticiens en y incluant des honoraires fixes;
  • Forcer la majorité des médecins de famille à prévoir des consultations à court terme dans leurs horaires;
  • Améliorer l’accès aux consultations sans rendez-vous de première ligne le soir et la fin de semaine dans les CLSC, les cliniques et les groupes de médecine familiale grâce à du nouveau financement;
  • Ouvrir des lits en CHSLD et dans les ressources intermédiaires pour désengorger les urgences.

Notons que la CAQ s’inscrirait aussi dans la continuité en poursuivant le virage numérique, les investissements dans les soins à domicile, le déploiement de 2000 nouvelles infirmières praticiennes spécialisées ainsi que le décloisonnement de la pratique médicale visant à donner plus de responsabilités aux infirmières et pharmaciens.

La CAQ veut décentraliser

Pour parvenir à ses objectifs, le parti propose à son tour un grand bouleversement dans le système de santé et de mettre fin à ce qu’il nomme « la stratégie bulldozer » du ministre de la Santé Gaétan Barrette.

La CAQ reverrait par exemple l’organisation du travail dans les urgences à la suite d’un « forum composé d’administrateurs, de médecins, d’infirmières et d’autres professionnels » visant à connaître « les meilleures pratiques qui existent au Québec ».

Le parti propose d’ailleurs un nouveau protocole aux urgences selon lequel les cas non urgents seraient redirigés vers des cliniques grâce à un système de rendez-vous prioritaires.

Un éventuel ministre de la Santé de la CAQ aura néanmoins fort à faire pour combler les attentes et, surtout, convaincre les acteurs du réseau de le suivre.

Plus de place au privé

Davantage de cliniques privées de chirurgie seraient mises à contribution dans un gouvernement caquiste « afin que les patients soient opérés rapidement aux frais de l’État, notamment dans la région de Québec ».

D’après le document d’orientation, « avec des ententes particulières », ces cliniques « peuvent fournir des services de qualité et moins dispendieux que dans le réseau public ».

La CAQ propose par ailleurs un financement à l’activité des hôpitaux plutôt que basé sur l’historique des dépenses. « Avec ce mode de financement, les établissements ne perçoivent plus les patients comme une cause de dépenses, mais plutôt comme une source de revenus », peut-on lire dans le document d'orientation.

Financement des mesures inconnu

Aucun budget n’est rattaché aux orientations qui serviraient à la plateforme électorale. Il semble que nous devrons attendre le cadre financier du parti avant de mieux connaître comment la CAQ financera ses engagements. Et d’autres dépenses importantes s’ajoutent, dont l’abolition des tarifs abusifs de stationnement des hôpitaux et un vaste chantier de rénovation des hôpitaux et des CHSLD.

Cela dit, le chef François Legault a maintes fois répété qu’en déchirant l’entente salariale avec les médecins spécialistes, ce serait un milliard de dollars par année qui reviendraient dans les coffres de l’État.

Le plan fait aussi état d’une interdiction d’incorporation pour les médecins qui travaillent à temps plein dans les établissements publics et « qui ne prennent aucun risque financier ». D’autres « économies substantielles » deviendraient possibles grâce à une réduction du surdiagnostic médical et de la surconsommation de médicaments.

Gaétan Barrette déçu

Appelé à réagir, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s'attendait à ce que la CAQ fasse « preuve de beaucoup plus d'originalité » avec son plan.

Le plan intitulé Pour un réseau de la santé plus accessible, plus efficace et plus décentralisé découle d’une tournée de consultations menée au cours de la dernière année par le porte-parole en matière de santé, François Paradis. Il en présentera vraisemblablement les grandes lignes aux militants caquistes réunis en congrès à Lévis samedi, selon la description du déroulement de la journée. Il sera aussi appelé à répondre aux interrogations que peut soulever ce plan.

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