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La Catalogne, source d'inspiration des souverainistes québécois

Les indépendantistes au pouvoir, des millions de personnes activement mobilisées autour de l'idée de pays et des drapeaux de la nation visibles partout sur le territoire : le renouveau indépendantiste catalan a de quoi faire rêver les souverainistes du Québec, 20 ans après le référendum de 1995.

Un texte d'Olivier Arbour-Masse

Les trois principaux partis indépendantistes québécois enverront des représentants sur le terrain, en Catalogne, afin d'observer le déroulement de l'élection régionale du 27 septembre, déguisée en référendum sur la question nationale par le gouvernement sortant.

Les deux principaux partis indépendantistes catalans unissent leurs forces pour cette élection, droite et gauche réunie.

La Convergence démocratique de Catalogne, du président sortant Artur Mas, se situe au centre droit de l'échiquier politique et prône la création d'un État catalan seulement depuis 2012. Esquerra Republicana de Catalunya, un parti de gauche, est le porteur traditionnel du projet indépendantiste. Ils proposent des candidats communs, de concert avec les acteurs de la société civile.

« Ce sera l'occasion de voir comment fonctionne cette coalition », explique Daniel Turp, ancien député du Parti québécois (PQ), mais aussi du Bloc québécois, à Ottawa. C'est d'ailleurs lui qui dirigera la mission du PQ.

« Ils ne sont pas tous sur la même longueur d'onde sur le spectre idéologique, mais ils se parlent et arrivent à trouver de grands compromis parce qu'ils sont d'avis que l'indépendance est nécessaire », poursuit le professeur à la Faculté de droit de l'Université de Montréal.

Alexandre Leduc, qui représentera Québec solidaire en Catalane, voit aussi d'un bon oeil cette coalition.

« Ce qui se passe là-bas, ça prouve que la thèse du parti unique pour faire indépendance, c'est complètement dépassé, tranche le militant de QS. Ils sont trois partis à se partager cette option constitutionnelle. »

Résilience et ouverture

La remontée spectaculaire de l'appui à l'indépendance, passé de 15 % en 2006 à près de 50 % ces derniers mois, inspire le chef d'Option nationale (ON), Sol Zanetti. « Malgré tout ce qu'ils ont vécu comme recul, ils sont aux portes de l'indépendance politique. Il ne faut jamais abandonner. »

M. Zanetti salue la résilience du mouvement catalan face à un gouvernement espagnol qui invoque la constitution pour refuser de considérer une éventuelle séparation.

« C'est normal que Madrid s'oppose à l'indépendance, comme c'est normal que les Catalans estiment cette opposition comme illégitime, croit le chef d'ON. Pour accéder à l'indépendance, il faut considérer les voies démocratiques comme étant plus légitimes que les lois. »

Pendant son séjour, Alexandre Leduc de Québec solidaire s'intéressera entre autres à Sumate, une organisation qui rassemble des Espagnols originaires d'autres régions du pays qui militent pour l'indépendance catalane.

« Ce sera intéressant de voir comment ils mobilisent les communautés culturelles et en quoi elles peuvent se sentir parties prenantes du mouvement », fait valoir le candidat solidaire dans la circonscription montréalaise d'Hochelaga-Maisonneuve aux élections de 2012 et de 2014.

« En Écosse, il n'y avait pas de discours identitaire, pas de nationalisme étroit, poursuit celui qui avait assisté au référendum écossais du 18 septembre 2014. Il y avait une place pour les communautés culturelles et ça m'avait marqué. »

Pour voir l'évolution de l'appui à l'indépendance catalane, cliquez ici.

L'organisation sociale

Une des particularités du mouvement indépendantiste catalan réside dans sa fondation, qui repose sur la société civile. Les organisations sociales non partisanes, l'Assemblée nationale catalane et l'association culturelle Omnium Cultural, jouent un rôle majeur dans la promotion de l'option.

Cette formule est-elle importable au Québec? C'est ce que souhaite Daniel Turp.

« On a l'équivalent de ces organisations civiles : le Mouvement national des Québécoises et des Québécois, la Société Saint-Jean-Baptiste, les OUI Québec... Nous avons plusieurs organismes qui pourraient avoir, dans notre propre débat, un rôle analogue à celui qu'ont eu l'Assemblée nationale catalane et Omnium Cultural », croit le représentant du Parti québécois.

Une nouvelle voie politique défrichée?

Le refus de Madrid d'accorder aux Catalans un référendum sur la souveraineté force le gouvernement régional à explorer de nouvelles avenues. L'élection de septembre portant explicitement sur la question nationale est semblable au cheminement mis de l'avant par Option nationale et par Québec solidaire.

La feuille de route proposée par la coalition catalane Junts pel Si (Ensemble pour le Oui) suggère que, 18 mois après avoir été élue à majorité, elle soumettrait la constitution fondatrice d'un éventuel pays au vote populaire.

« Ça ressemble énormément à l'article 1 d'Option nationale, explique M. Zanetti. Le référendum n'a pas du tout le même rôle qu'il avait en 1995. Vous nous donnez un mandat au moyen d'une élection, on commence à mettre en place les bases de l'indépendance et le référendum vient, à la fin, entériner le processus d'indépendance. »

Au-delà de la démarche et des particularités régionales, les indépendantistes québécois s'entendent sur une chose : le cas catalan démontre la pertinence de la question indépendantiste.

« C'est un projet éminemment moderne, clame Maxime Laporte, président de la Société Saint-Jean-Baptiste.

« L'ONU a accueilli, depuis sa fondation en 1945, 142 nouveaux États. Le Pays basque, la Wallonie, la Flandre, l'Écosse : il y a des mouvements d'autodétermination partout dans le monde. C'est signe qu'il s'agit d'une aspiration légitime, moderne et réalisable. »

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