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La chanteuse pour enfants Carmen Campagne n'est plus

Elle a fait chanter et danser des milliers d'enfants de partout au pays pendant près de trois décennies. L'auteure-compositrice-interprète Carmen Campagne, originaire de la Saskatchewan, s'est éteinte mercredi soir des suites d'un cancer, a confirmé sa famille. Elle avait 58 ans.

Elle aura bercé des générations de francophones, au Canada et ailleurs au monde, avec des chansons comme Un bon chocolat chaud, La soupe à mon ami ou encore La Moustache à papa, entrées au panthéon de la musique pour enfants.

Née le 8 septembre 1959 à Willow Bunch, une communauté rurale du centre-sud de la Saskatchewan, Carmen Campagne a grandi à la ferme familiale entourée de son frère Paul et de ses sœurs Aline, Annette, Michelle, Solange et Suzanne.

Dès son plus jeune âge, la fibre musicale de Carmen Campagne s’épanouit dans l’environnement artistique familial, au point que la fratrie fonde, dans les années 1970, un premier groupe baptisé Folle Avoine.

Lorsque, dans les années 1980, une partie des enfants Campagne fondent le groupe de folk Hart-Rouge, Carmen Campagne choisit de se consacrer à son métier d’institutrice.

Mais sa passion pour la chanson ne la quitte jamais vraiment.

En 1988, on retrouve son nom associé à celui de sa belle-sœur Connie Kaldor sur l’album Lullaby Berceuse, récompensé par un Juno.

Le premier album signé Carmen Campagne, Une voix pour les enfants, a été réalisé en famille. Paru en 1990, il remporte aussitôt un franc succès, du Québec à la France. Notamment grâce au titre Un bon chocolat chaud.

Les mélodies entraînantes, les refrains repris en chœur par les enfants canadiens d’un bout à l’autre du pays et les arrangements folkloriques de chansons traditionnelles seront dès lors la signature de l’artiste, qui ne tardera pas à être surnommée « la Diva des petits ».

« Lorsque j’étais enseignante, auprès de petits enfants anglophones, je chantais beaucoup dans la classe parce que je trouvais que c’était un bon moyen pour eux d’apprendre la langue », racontait Carmen Campagne dans une entrevue à Radio-Canada Manitoba, à l’occasion de l’une de ses tournées.

Une décennie de succès

Sur la vague de ses premiers succès, d’autres albums suivront : Rêves multicolores (1992), Une fête pour les enfants (1993), La magie de Noël (1994), J'ai tant dansé (1994), La vache en Alaska (1995), Enchantée (1997), puis Le Téléfon (2001).

Ce sont les années de gloire pour la chanteuse désormais installée au Québec, qui remporte quatre Prix Félix dans la catégorie « Meilleur album jeunesse » et le Parents' Choice Awards aux États-Unis.

« De par mes expériences avec Folle Avoine et en enseignement, il était pour moi tout à fait naturel de chanter pour les enfants », disait-elle encore en 1995 à l’occasion d’un long reportage que Radio-Canada lui avait consacré.

Pour elle, l’art de la comptine faisait appel aux souvenirs des jours heureux de l’enfance.

Ce sont ces souvenirs heureux que Carmen Campagne part retrouver après une longue traversée du désert, artistique et personnelle.

Le retour aux racines

Au milieu des années 2000, elle retourne dans l’Ouest pour se rapprocher de sa famille.

Elle passe beaucoup de temps à Sainte-Anne, au Manitoba, une province où est installée sa sœur Aline, et auprès de ses parents en Saskatchewan.

Elle renoue avec sa passion pour l’enseignement en donnant des cours à l’école de Bellegarde, en Saskatchewan.

C’est là que Les Productions Rivard la retrouvent en 2009 et lancent avec elle la série d’émissions pour tout-petits Carmen à la campagne.

Ce retour sous les feux de la rampe lui donnera l’envie de renouer avec ses premières amours, la chanson pour enfants.

En 2012, elle sort un nouvel album et un DVD, Sur la ferme de grand-père.

À nouveau, l’album a été réalisé par une partie de la fratrie Campagne, soudée autour de l’idole des enfants.

« C’est un album qui reprend la formule que j’aime, avec de nouvelles chansons, des chansons traditionnelles et des vieux hits, et des arrangements qui plaisent autant aux enfants qu’à leurs parents », racontait Carmen Campagne dans les locaux de Radio-Canada, à Winnipeg, après l'un de ses concerts à l’école Précieux-Sang, en 2013.

Pour expliquer son silence de huit ans, elle expliquait alors le besoin qu’elle avait ressenti de se mettre en retrait.

« Je tournais depuis 20 ans, et puis j’ai traversé des moments personnels difficiles. J’ai voulu me rapprocher de mes parents en Saskatchewan, parce qu’ils vieillissaient beaucoup. Aujourd’hui, ils ne sont plus là, mes enfants sont grands, il est plus facile de repartir en tournée. Les spectacles, ça me manquait beaucoup. »

« Ce n’est pas vraiment recommencer à zéro, mais j’étais absente assez longtemps et, aujourd’hui, je m’adresse à toute une génération d’enfants qui ne m’ont jamais vue en spectacle, disait-elle. Je commence à faire des spectacles devant de jeunes parents, qui m’écoutaient quand ils avaient deux ou trois ans, et qui ont eux-mêmes des enfants aujourd’hui, pour qui je peux continuer à chanter. Et ça, ça me fait plaisir. »

Carmen Campagne avait été décorée de l’Ordre du Canada en 2013 et avait sorti un dernier album de chansons en 2014, Compère Guilleri.

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