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La Chine et les Ouïgours, lutte contre le terrorisme ou répression?

Le gouvernement communiste chinois prétend que des extrémistes ouïgours, une communauté musulmane du nord du pays, s'entraînent avec le groupe armé État islamique. Pékin demande d'ailleurs à la communauté internationale de l'appuyer dans ce qu'elle juge être une menace terroriste pour sa population. Une affirmation qui est remise en question par plusieurs organisations et analystes étrangers.

Un texte d'Yvan Côté correspondant à Pékin

En arrivant dans la ville de Kashgar, l'influence du Moyen-Orient se fait immédiatement sentir. Les visages, la nourriture, la langue, la religion, rien n'est chinois. La ville est même située tellement à l'ouest du pays que Bagdad y est plus près que Pékin.

La région autonome ouïgoure du Xinjiang, autrefois appelée le Royaume ouïgour du Turkestan oriental, est passée sous la gouverne chinoise au 18e siècle. Plusieurs soulèvements ont par la suite marqué l'histoire de cette colonisation et plusieurs groupes radicaux, dont le Mouvement islamique du Turkestan oriental, agissent encore aujourd'hui de façon clandestine pour obtenir l'indépendance de cette province.

Et c'est justement ce qui inquiète le gouvernement chinois, qui prétend qu'au moins 300 Ouïgours s'entraînent en ce moment avec le groupe armé État islamique et tentent de revenir dans le pays pour radicaliser la population.

Le conflit a atteint son apogée en 2013 lorsque des Ouïgours ont attaqué la place Tiananmen, à Pékin, et qu'ils ont fait 29 morts quelques mois plus tard lors d'une attaque aux couteaux dans une station de train de Kunming, dans le sud du pays.

La région du Xinjiang se retrouve depuis dans un quasi-état de siège. Les policiers et l'armée sont omniprésents dans les rues et plusieurs libertés ont été supprimées, comme le droit pour les hommes de moins de 45 ans de porter la barbe et le port du voile pour les femmes.

La chasse aux extrémistes a aussi fait des centaines de victimes au cours des dernières années.

« Pékin essaie de relier la guerre contre le terrorisme à l'échelle internationale à ce qui se passe au Xinjiang, indique William Nee d'Amnistie internationale, mais il faut être prudent ».

Plusieurs analystes parlent plutôt d'un conflit religieux entre l'État chinois et les Ouïgours. Ils qualifient la situation de répression armée contre un mouvement séparatiste qui pousse les jeunes musulmans à se radicaliser en voyant leur culture disparaître.

Un dossier extrêmement délicat

Toutes nos demandes d'entrevue à ce sujet avec des membres du gouvernement chinois ont été refusées.

À la suite des attentats de Paris, la correspondante française du magazine hebdomadaire L'Obs, Ursula Gauthier, a été expulsée de Chine. Elle avait écrit qu'en exprimant sa solidarité pour Paris, Pékin chercherait en retour le même soutien pour sa politique contre le terrorisme au Xinjiang. Pourtant, ajoutait-elle, les démêlés avec la minorité ouïgoure n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé à Paris.

Amnistie internationale juge la situation inquiétante puisque le régime communiste contrôle toute l'information dans la région.

« On entend parler d'incidents violents, mais malheureusement on ne peut pas vérifier quel est le nombre de victimes ou de blessés. La presse étrangère et les travailleurs humanitaires ont de la difficulté à avoir accès à la région. Et quand les journalistes se rendent sur place, ils sont suivis et se font harceler », explique William Nee.

Nous avons effectivement été escortés tout au long de notre tournage. À plusieurs reprises, des officiels du gouvernement ont même refusé que l'on pose des questions d'ordre religieux aux Ouïgours ou des questions à propos des tensions dans la région.

Quelle est la véritable menace alors au Xinjiang? Difficile de savoir. Toutes les personnes rencontrées en présence des officiels du parti nous ont affirmé que la situation s'était améliorée au cours des dernières années.

Cela n'a pourtant pas empêché le gouvernement communiste d'adopter en décembre une loi antiterroriste qui donne encore plus de pouvoir aux policiers et de demander à la communauté internationale qui s'inquiétait des tensions dans la région de ne pas s'ingérer dans les affaires internes du pays.

Le contrôle au Xinjiang semble donc loin d'être terminé pour les Ouïgours.

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