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La colère des sudistes de l’Alabama ravivée par la guerre des monuments

Au moment où des symboles de la guerre de Sécession - qui contribuent au racisme, selon de nombreux Américains - tombent un peu partout aux États-Unis, des sudistes commencent à s'organiser pour défendre ces monuments datant de plus 150 ans. Une incursion parmi ces groupes néo-confédérés dans l'État de l'Alabama a permis de constater l'ampleur de leur colère.

Un texte de Frédéric Arnould, en Alabama

Les néo-confédérés sont souvent très loquaces quand vient le temps de faire entendre leurs revendications, mais ils ne sont pas forcément faciles à trouver, puisqu’ils n’ont pas toujours pignon sur rue.

Pour leur parler, il faut prendre le temps de se faire des contacts sur place. Un coup de fil lancé à une dame dont le nom était affiché sur un site Internet a fait naître une piste intéressante.

La femme en question, Pat Goodwin, administre un cimetière de soldats confédérés dans la ville mythique de Selma.

Le 7 mars 1965, Martin Luther King et ses amis étaient partis de cette ville en vue de se rendre à la marche pour les droits civiques des Afro-Américains. Cette marche, qui a tourné au vinaigre avec la police, est devenue le tristement célèbre Bloody Sunday (dimanche sanglant).

Lors de l’appel téléphonique, l’accueil de Mme Goodwin est plutôt froid : « Comment avez-vous obtenu mon numéro? Retournez à Montréal! Il n’y a rien à voir ici », répond-elle en raccrochant.

De fil en aiguille, de plus amples recherches et d’autres contacts établis permettent de trouver un rassemblement de néo-confédérés réunis pour une journée de célébration de leur héritage à Wetumpka, au nord de Montgomery, la capitale de l’État.

« Êtes-vous chrétiens? »

Le terrain sur lequel se tient l’événement appartient au groupe League of the South (Ligue du Sud).

À la première prise de contact, Mike Whorton, un des membres de l’organisation, demande d’emblée : « Es-tu chrétien? » Il n’y a pas de doute que la religion revêt pour son groupe une importance particulière.

Ses collègues et lui soulignent ensuite leur désir de préserver les vestiges du passé - et, plus précisément, de leur histoire - contre les assauts répétés des « autres ».

« Si vos grands-parents sont nés en Alabama, il y a 80 % de chances qu'ils aient suivi ces hommes représentés sur ces monuments se battant pour le drapeau et l'indépendance », lance Mike Whorton.

Pour eux, il s’agit avant tout d’une question de fierté historique. Ils tiennent à rappeler que 13 États sudistes (dont l’Alabama) se sont battus contre le gouvernement nordiste d'Abraham Lincoln, qui, lui, voulait abolir l'esclavage et imposer des taxes sur le territoire sudiste.

Il y a deux ans, ces néo-confédérés ont vu leur drapeau tomber en disgrâce après le meurtre de neuf Afro-Américains dans une église de la Caroline du Sud. Le symbole a été utilisé par Dylan Roof, l'assassin qui voulait démarrer une guerre raciale.

Symboles affichés avec fierté

Un sudiste à l’allure de motard surnommé Dr. Chop Chop, qui est aussi aumônier et pasteur, est loin de se laisser impressionner par cette disgrâce.

« Est-ce que j'ai l'air d'avoir peur de montrer ce drapeau? C’est mon histoire; c'est le Sud, ici », clame-t-il au moment où il est interrogé à la sortie de la réunion de la Ligue du Sud.

Les néo-confédérés ne semblent en effet pas avoir dit leur dernier mot dans cette bataille des monuments. Certains d’entre eux se réunissent en costume d'époque pour célébrer leur histoire. Les derniers conflits leur donnent un nouveau souffle.

Les ventes de tee-shirts, de plaques de voiture, de casquettes et de symboles de la Confédération vont d’ailleurs bon train.

Ces sudistes ne s’affichent pas par simple nostalgie folklorique de cette époque. Pour eux, c'est une question de survie.

La suprématie blanche

Sous ses allures plutôt traditionnelles et familiales, la Ligue du Sud est classée « groupe haineux » pour ses positions extrêmes par le Southern Poverty Law Center.

Cette catégorisation fait bondir William Anthony, un homme qui est habillé de pied en cap des symboles confédérés.

« Ce sont des crétins. Ils n'ont aucune crédibilité. Ceux qui ont étudié l'histoire peuvent les remettre à leur place », vocifère-t-il.

Il estime que la principale cause de la guerre de Sécession était l'imposition de taxes contre les sudistes et non pas l’abolition de l’esclavage.

Plus de 150 ans plus tard, au sein de ce groupe, certains propos ne laissent pas grand place au doute. Les chrétiens blancs néo-confédérés du Sud se sentent menacés et sont sur le pied de guerre.

Son compagnon de combat, William Anthony, en rajoute : « Il n'y a pas de civilisation sans une culture dominante. Aux États-Unis, c'est sont les blancs. Les "autres" vont affaiblir notre génétique au point où plus personne ne saura ce qu'il est. Cela n'arrivera pas dans ma famille. Et ce n’est pas une question de race! »

M. Anthony se défend néanmoins d’être raciste. « [Raciste], c’est un slogan. Cela ne veut rien dire : ce mot a été inventé après 1930 par les marxistes pour nous diviser », soutient-il.

Selon Dr. Chop Chop, le combat des sécessionnistes dépasse la guerre de monuments et de drapeaux. « Nous voulons que Dieu soit pour notre cause. Il va vous aider? Oh oui, sans aucun doute », affirme-t-il.

De nouveaux monuments sécessionnistes

À une heure et demie de route au sud de Wetumpka, sur le bord de la route 331, se trouve un parc de confédérés à Luverne. Les drapeaux confédérés y flottent doucement, au gré du vent.

Sur le site privé, deux monuments y ont été installés depuis 2015 en mémoire des vétérans sudistes de la guerre de Sécession grâce à David Coggins, le propriétaire du parc.

En pleine crise des monuments confédérés aux États-Unis, il compte en inaugurer un troisième, en hommage au soldat inconnu de la guerre contre les nordistes.

« Je ne vais pas changer mes plans à cause de gens qui pourraient être offensés. Comment peut-on être blessé par des statues ou des drapeaux là depuis 150 ans? Mon drapeau n'a jamais tué personne », se demande-t-il.

Contrairement aux membres de la Ligue du Sud, il veut se distancier de certains propos tenus par la ligne dure de ces groupes.

M. Coggins, par contre, est en accord avec la position de tous ces sudistes, selon laquelle un autre conflit civil est toujours possible.

« Il y aura peut-être une autre guerre. Pas le Nord contre le Sud. Pas les Noirs contre les Blancs. La bataille est pour le contrôle; le Bien contre le Mal », pense-t-il.

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