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La Colombie négocie avec la dernière guérilla active du pays

Le gouvernement colombien et l'Armée de libération nationale (ELN) ont ouvert mardi en Équateur des pourparlers de paix visant à mettre fin à plus d'un demi-siècle de conflit armé.

« C'est un grand jour pour l'Amérique latine, plein d'espérance, de conviction, de joie et de paix », a déclaré sur son compte Twitter la délégation de paix de l'ELN.

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a confirmé jeudi l’ouverture des négociations « avec la dernière guérilla de Colombie et du continent ». Celles-ci ont lieu à l’Hacienda Cashapamba, une propriété jésuite située à une trentaine de kilomètres de Quito, la capitale de l’Équateur. Les discussions se dérouleront à huis clos à partir de mercredi pour une période prévue de 45 jours.

M. Santos, qui a reçu le prix Nobel de la paix 2016, dit avoir espoir que les discussions permettent « d'atteindre une paix complète » après plus de 52 ans de conflit armé.

Ce conflit, le plus ancien du continent américain, a impliqué depuis les années 60 une trentaine de guérillas, des paramilitaires d’extrême droite, des narcotrafiquants et l’armée colombienne.

C’est également un des plus meurtriers, avec un bilan d’au moins 260 000 morts et plus de 60 000 disparus.

Après l’accord conclu en novembre avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), la principale guérilla qui s’opposait au gouvernement, la Colombie amorce aujourd’hui la dernière étape de son retour à la paix.

Je veux croire qu’en cette occasion, l’ELN a vraiment la volonté d’abandonner la violence.

Juan Fernando Cristo, ministre colombien de l'Intérieur

Dans le conflit, M. Cristo a lui-même perdu son père, assassiné par l'ELN en 1997.

Report du processus

Les négociations devaient s’amorcer en octobre dernier, mais avaient été annulées, car les conditions préalables posées par les deux parties n’avaient pas été remplies. Le président colombien exigeait la libération de l’ex-député Odin Sanchez, détenu en otage par l’ELN depuis avril 2016, alors que le groupe armé demandait la grâce pour quatre de leurs membres emprisonnés.

Ces conditions ont finalement été remplies jeudi. Deux des rebelles graciés par le gouvernement participeront d’ailleurs aux négociations.

L’ELN a même libéré lundi un nouvel otage. Il s’agit du soldat colombien Fredy Moreno Mahecha, qu’elle détenait depuis une dizaine de jours.

C’est un nouveau geste de paix qui génère un bon climat pour l’installation de la table des négociations.

Ivan Cepeda, sénateur colombien

M. Santos espère négocier un accord similaire à celui conclu avec les FARC, mais le processus « s’annonce difficile » et « différent de celui avec les FARC » qui a duré quatre ans, selon le président. Il semble peu probable que ce dernier arrive à signer un accord avant l’élection présidentielle de 2018 et la fin de son mandat.

« L’ELN veut des modifications beaucoup plus profondes de la société », a expliqué à l’AFP Frédéric Massé, politologue à l’Université El Externado de Bogota.

Parmi les six thèmes au programme des tractations, celui sur « les transformations pour la paix » risque d’être « un des points les plus difficiles de la négociation » s’il n’y a pas « un minimum de volonté de changement, de réviser les grandes iniquités et inégalités du pays », a précisé à l’AFP Victor de Currea, professeur à l’Université La Javeriana, de Bogota.

En Colombie, des débats et des assemblées sont organisés à Quito et ailleurs au pays afin de recueillir les suggestions de la population.

La réussite des négociations a « besoin de la participation de tous les Colombiens », selon le chef négociateur de l’ELN, Pablo Beltran.

Au total, six pays sont garants des pourparlers et en accueilleront des sessions. Outre l’Équateur, il s’agit de la Norvège, du Brésil, du Chili, Cuba et du Venezuela.

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