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La commission d’enquête sur les femmes autochtones fait son mea culpa

Michèle Audette, l'une des quatre commissaires, reconnaît les failles de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA). En entrevue avec Radio-Canada, elle répond aux critiques.

Un texte de Joël Ashak et de Stéphany Laperrière

Les larmes aux yeux après le témoignage des proches de Sara Skunk, mardi, à Thunder Bay, Michèle Audette se livre : « Je suis d’accord que nous pouvons faire plus, et que nous devons faire plus. »

« Nous avons été la cible de critiques depuis que [la commission] a été annoncée, poursuit-elle, en se référant à la frustration de certaines familles. De la colère justifiée, car le système a échoué et continue d’échouer. »

Deux jours plus tôt, elle partageait avec Radio-Canada ses réflexions sur les critiques qui ternissent l'image de l’Enquête nationale.

Radio-Canada : Qu’est-ce qui explique les problèmes récurrents de communication avec les familles?

Michèle Audette : C’est une lacune au chapitre du leadership, ou de la compréhension du mandat, qui date d’une certaine époque. Nous nous demandions si [la communication avec la famille] relevait de l’équipe juridique ou de celle de la santé. Très vite, quelques commissaires, dont mon ancienne collègue Marilyn Poitras, ont dit : bien que le volet juridique soit important, il faut, pour la première approche, s'assurer que ce sont les travailleurs sociaux qui s’en occupent. Et depuis, les choses vont plus vite.

Quels changements allez-vous apporter au leadership de la commission? (Depuis le début des travaux, une vingtaine de personnes ont démissionné ou ont été congédiées, selon les informations compilées par CBC.)

Au début, les choses allaient bien parce que nous avions de l’énergie. Nous étions censés avoir trois équipes qui se partagent les audiences. Nous avons rapidement réalisé qu’une audience à elle seule demande beaucoup de personnel et les gens ont fini par être exténués. Dans mon cas, cela fait longtemps que je n’ai pas vu mes enfants.Je suis convaincue que ce serait différent si nous avions plus de temps entre chaque audience - une à deux semaines par audience - et du temps pour bâtir des équipes. C’est une décision qui a été prise sous une autre direction, à une autre époque.

Le soutien fourni aux familles qui participent à la commission a été critiqué. Est-ce qu’il y a des suivis?

Quand on sait qu’une certaine famille vient d’un milieu particulier, notre équipe s’assure qu’il y a un soutien adéquat pour elle. Nous nous assurons qu’elle a le suivi dont elle a besoin lorsqu’elle retourne dans sa communauté. Si ce n’est pas le cas, nous travaillons à développer une relation avec cette communauté. Avant de partir pour une autre audience, il m’arrive de demander aux témoins leur contact sur les réseaux sociaux, leur numéro de téléphone.

Des gens disent ne pas avoir réussi à être mis sur la liste de ceux appelés à témoigner. Savez-vous combien de personnes sont dans cette situation?

Je ne sais pas, sinon je vous aurais répondu, je suis assez transparente. Ce que je peux vous dire, c’est que partout où nous sommes allés, si nous avions eu plus de temps, je sais que nous aurions pu doubler le nombre [de témoignages].

Certains s’opposent au prolongement de votre mandat…

Je ne peux que respecter leur choix et leur vision. Je sais qu’il y a des choses à améliorer, mais aujourd’hui [...] on ne peut pas retourner en arrière. Particulièrement compte tenu de tous les gens que nous avons mobilisés : 595 familles, dont certaines qui ont osé parler 40 ou 60 ans après les événements.

Nous ne les exprimons, ou ne les expliquons pas assez, mais ça va venir. Nous avons enfin embauché une firme de communication et trois employés de l’équipe nationale y sont affectés.

Thunder Bay est le seul arrêt de l'ENFFADA en Ontario. Pourquoi?

Lors des propositions [des villes à visiter], les gens expliquaient que c’est une plaque tournante. Beaucoup de gens atterrissent à Thunder Bay avant d’aller vers le sud. Ils y viennent pour des raisons médicales, ou s’y installent. Nous avons discuté avec des membres de familles qui disaient que c’est un endroit où les gens ont beaucoup souffert, et où l’enquête pourrait faire de l’éducation à propos des injustices auxquelles font face les Autochtones.

À Thunder Bay, la police est accusée de racisme systémique. Comment comptez-vous remettre en question cette institution?

Notre commission nous permet, par décret, d’examiner comment un corps policier a effectué son travail. Nous commençons à observer des tendances à travers le Canada. Partout où nous allons, la police a été critiquée, ou mentionnée. Nous avons toujours dit que la police faisait partie des institutions qui seraient examinées. Plus on a de témoignages, avec des documents à l’appui, plus ça nous permet de le faire.

Note : Lors des audiences, mardi, Michèle Audette a admis qu’elle aurait aimé avoir le pouvoir de rouvrir des dossiers. « Ma nièce, ma tante qui s’est fait tuer, votre tante, tous les dossiers à travers le Canada : pourquoi sommes-nous tenus dans le noir? a-t-elle martelé. C'est pour cela que nous nous battons pour la création d'une escouade policière nationale qui aurait le pouvoir de réexaminer les enquêtes de la police. »

Prévoyez-vous ajouter d’autres audiences?

Je ne parle pas au nom de mes collègues, mais pour moi, une étape par province, ça ne se peut pas. Nous avons reçu des invitations dans le Sud et le Nord-Ouest de l’Ontario, des endroits stratégiques, qui rassemblent plusieurs nations et communautés. Nos équipes terrain parlent avec le leadership, les organisations et les familles de ces milieux-là pour savoir quel sera le prochain arrêt.

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