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La communauté LGBTQ partagée face au « X » désormais permis dans le passeport

Les minorités sexuelles LGBTQ se réjouissent de bénéficier d'une troisième option pour désigner leur sexe dans les documents officiels fédéraux. Mais du même souffle, cette communauté craint que cette avancée ne lui porte ombrage dans certaines situations.

Jeudi, le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, a annoncé que le gouvernement offrirait aux Canadiens la possibilité d'indiquer un « X » pour la désignation de sexe dans leur passeport.

D'ici à la publication des documents porteurs de cette nouvelle désignation, les membres de la communauté LGBTQ pourront faire ajouter une observation à leur passeport. Cette mesure transitoire sera permise par Ottawa dès la fin du mois.

En permettant d'inscrire une désignation neutre de sexe, le gouvernement canadien entend « favoriser l’égalité pour tous les Canadiens, quelle que soit leur identité ou leur expression sexuelles », a précisé le ministre Hussen.

Aux yeux de Davina Hader, une transgenre née homme qui s'identifie comme femme, c'est une victoire qui simplifiera les choses. Elle donne l'exemple d'une situation où l'apparence physique d'une personne ne correspond pas au sexe indiqué sur son passeport. Les autorités peuvent alors être portées à croire que cette personne tente de cacher quelque chose.

Davina Hader pense que le fait d'avoir des papiers officiels plus représentatifs et plus spécifiques à cet égard éliminera cette confusion. Sans compter que ce sera moins difficile et moins stressant pour les voyageurs aux prises avec ce genre de situations, dit-elle.

Le risque de devenir une cible

Toutefois, la nouvelle désignation ouvre la porte à d'autres complications possibles lorsqu'il s'agira de voyager au Moyen-Orient ou en Russie, par exemple, où l'on est nettement moins ouvert à ces nouvelles réalités.

Certaines personnes LGBTQ craignent de s'exposer à de la discrimination, voire de la violence. « J'ai peur de devenir une cible », dit Jacq Hixson-Vulpe qui s'identifie comme queer et milite pour la défense des droits des membres de la communauté LGBTQ, en Ontario.

Sortir du modèle Adam et Ève...

Cette nouvelle désignation dans les papiers officiels permet aux personnes LGBTQ de s'extraire du modèle binaire qui consistait à s'identifier comme femme ou comme homme.

Pour des militants comme Dominique Dubuc, cette catégorisation ne devrait même pas exister : « Pourquoi doit-on avoir un marqueur du genre sur nos papiers d'identité, questionne-t-elle. Avant on avait la religion, la race... Maintenant d'avoir un marqueur de sexe, à quoi ça sert? »

Fran Forsberg, de Saskatoon, pense de même. Son enfant de neuf ans, Renn, est transgenre. « Apposer un ''X'' singularise les gens et souligne leur différence », dit Fran Forsberg qui préférerait qu'il n'y ait pas d'identification du tout relativement au sexe d'une personne.

Arnaud Beaudry, qui se reconnaît comme queer, insiste lui aussi pour l'élimination des catégories, histoire de pouvoir illustrer « tout le spectre de genres qui existent entre hommes et femmes ».

Ailleurs aussi, on s'ajuste

L'avenue empruntée par le Canada pour s'ajuster aux droits des LGBTQ n'est pas nouvelle : l'identité sexuelle dite « neutre » est déjà permise dans les passeports de sept autres pays, dont l'Australie, l'Allemagne et le Pakistan.

Dans la province de l'Ontario, on accepte l'épithète « neutre » sur les permis de conduire. Depuis le mois de mars, 159 personnes se sont prévalues de cette possibilité.

Avec les informations de Christian Noël et de Mathieu Simard à Toronto

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