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La conquête du pôle Nord : une aventure de plusieurs siècles

Depuis la nuit des temps, le pôle Nord fascine, inspire et attire. Revendiquée par plusieurs, sa conquête reste une aventure et un exemple de résilience humaine. Voici les grands moments de cette quête qui s'est étalée sur plusieurs siècles.

Un texte de Marine Lefèvre

L’existence des terres nordiques est connue depuis l’Antiquité, mais longtemps cette région enneigée et baignée par la nuit pendant une grande partie de l’année a effrayé marins et navigateurs.

Les premières explorations arctiques

L’une des premières références à la région se retrouve dans les écrits du géographe et astronome grec Pythéas qui s’y serait rendu vers l’an 330 av. J.-C..

Il aurait notamment découvert l’île de Thulé qui correspond à l’Islande. Pendant longtemps, il s’agit du point le plus au nord répertorié par les Européens. Il décrit son voyage dans un recueil, Description de l’océan.

Par la suite, plusieurs périples auraient été menés permettant la découverte progressive de terres arctiques tout au long du Moyen-Âge.

Vers l’an 500, l’Irlandais Saint-Brendan aurait monté une expédition avec des moines à la recherche d’un paradis terrestre qui l’aurait mené jusqu’au Groenland. Son récit teinté de merveilleux parle d’un « palais de cristal flottant », très probablement un iceberg.

Au tournant du millénaire, les Vikings s’installent au Groenland et leurs expéditions les mènent vraisemblablement à ce qui correspond aujourd’hui à l’île de Baffin, au Labrador, et à Terre-Neuve.

À la recherche du passage du nord-ouest

L’essor du commerce en Europe à la fin du 15e siècle est à l’origine d’une des quêtes les plus importantes de l’exploration de la zone polaire : la recherche du passage du nord-ouest.

Cette fameuse route qui devait permettre d’atteindre la Chine et les Indes par l’ouest et ainsi ouvrir une nouvelle voie commerciale va dès lors tenir en haleine les plus grands explorateurs pendant plusieurs siècles.

Jean Cabot serait le premier à avoir évoqué ce chemin en 1490.

À partir de cette époque, les monarchies européennes vont être alimentées par ce rêve.

Les plus grands explorateurs se côtoient alors dans cette quête (souvent infructueuse) appuyés par les financements de certains États, principalement l’Angleterre, de Martin Frobisher, William Baffin et Henry Hudson aux 16e et 17e siècles jusqu’à John Franklin et William Edward Perry au 19e siècle.

Au fil des siècles, les progrès technologiques dans le domaine maritime vont permettre d’aller toujours un peu plus loin dans la découverte de ces territoires hostiles.

Cette véritable quête, parsemée d'embûches et d’échecs, coûte la vie à des centaines d’hommes.

C’est finalement l’Irlandais Robert McLure qui est le premier à prouver l’existence de cette route en 1850, même s’il ne parvient pas à la franchir.

Il faut attendre 1906 pour que le navigateur norvégien Roald Amundsen traverse pour la première fois les eaux arctiques d’est en ouest. L’explorateur devient alors une légende.

Une première conquête du Pôle Nord controversée

Au cours du 19e siècle, l’objectif des expéditions change et plusieurs ont désormais pour but d’atteindre le point le plus septentrional de la planète : le pôle Nord situé sur le 90e parallèle.

Chaque voyage tente d’approcher un peu plus ce point ultime.

Les explorations prennent aussi une allure de plus en plus scientifique. On veut en savoir plus sur la faune et la flore, le climat, la géologie et les populations de la région.

La plupart des voyages sont organisés par le Canada, les États-Unis et la Norvège.

Le 1er juin 1831, James Clark Ross trouve le pôle magnétique, sur la côte ouest de la péninsule de Boothia.

En 1895, le Norvégien Fridtjof Nansen atteint le 86 degrés de latitude nord après avoir marché sur la banquise pendant un mois.

En avril 1909, les Américains Robert Edwin Peary et Frederick Cook annoncent à quelques jours d’intervalle qu’ils ont atteint le pôle Nord.

Cette double revendication donne lieu à de multiples débats dans la communauté scientifique et au Congrès américain. L'institution finit par déclarer officiellement Robert Peary comme le premier homme à avoir atteint le pôle Nord le 6 avril 1909. Une décision qui reste encore controversée aujourd’hui.

L’exploration se poursuit

Par la suite, l’exploration du pôle se fait par voie aérienne. En 1925 et 1926, Roald Amundsen accompagné de Lincoln Ellsworth puis d’Umberto Nobile le survole en dirigeable.

20 ans plus tard, un aéronef soviétique atterrit au 90e parallèle.

En 1938, une première base dérivante est également établie par les Russes.

Ce n'est qu'en 19 avril 1968 que la première expédition terrestre, celle de l’Américain Ralph Plaisted, se rend jusqu’au pôle Nord et en rapporte des preuves concrètes. Parti de l’île de Ward Hunt avec une équipe de quelques hommes, Plaisted parcourt en motoneige 1330 kilomètres en 43 jours afin d’atteindre son objectif.

L’année suivante, le 6 avril 1969, le Britannique Wally Herbert atteint le pôle à pied avec des traîneaux à chiens.

En 1986, le Français Jean-Louis Étienne atteint pour la première fois le pôle Nord en solitaire, à ski et traîneau. En 1994, Alain Hubert et Didier Goetghebuer rejoignent le pôle en 94 jours sans assistance.

Collaboration scientifique internationale

Dès la fin du 19e siècle, des scientifiques de toutes les nations prennent le relais des explorateurs pour étudier le territoire arctique.

Pour mettre en commun leur découverte, la toute première Année polaire internationale (API) est proclamée en 1882. 12 nations y participent.

L’API donne notamment lieu à la création de stations de recherche où les chercheurs mènent des expériences et recueillent des données tout au long de l’année. Cette décision de collaboration internationale dans le domaine scientifique constitue un précédent à l’époque. L’accent est mis sur les efforts scientifiques plutôt que sur l'acquisition de territoires.

Trois autres années internationales suivront en 1932-33, 1957-58 et 2007-2008.

À ce jour, seule une poignée d’hommes sont parvenus à braver cet environnement polaire hostile et y survivre. Le pôle Nord reste une zone d’attraction pour de nombreux aventuriers et scientifiques.

Le franco-ontarien Martin Murray rejoindra bientôt ces légendes. Avec son chien Sky, il va parcourir 775 kilomètres en ski de l'île Ward Hunt pour atteindre le pôle Nord géographique.

Avec des informations de Bibliothèque et Archives Canada et Terres arctiques.tv

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