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La Corée du Nord dit avoir réussi son premier essai de bombe à hydrogène

La Corée du Nord a annoncé mercredi avoir réussi son premier test de bombe à hydrogène, après qu'un séisme de magnitude 5,1 eut été détecté près du site d'essais nucléaires de Punggye-ri. L'action, largement condamnée par la communauté internationale, inquiète les pays asiatiques voisins. 

Il s'agirait du premier essai concluant d'explosion de bombe H mené par le gouvernement nord-coréen, ce qui marquerait une avancée importante dans son programme nucléaire, s'il était confirmé.

La bombe testée serait un engin « miniaturisé », selon les autorités nord-coréennes.

L'essai a été personnellement ordonné par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, deux jours avant son 33e anniversaire.

Le mois dernier, Kim Jong-un avait laissé entendre que son pays maîtrisait la technique de fabrication de la bombe à hydrogène, une déclaration largement mise en doute par les États-Unis.

Pyongyang a également affirmé que le pays continuerait d'augmenter ses capacités nucléaires, mais qu'il n'utiliserait la bombe que si sa souveraineté était violée.

La communauté internationale alarmée

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé Pyongyang à cesser « toute activité nucléaire et respecter ses obligations pour une dénucléarisation vérifiable ».

Pour Ban Ki-moon, il s'agit d'une « nouvelle violation flagrante de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité, malgré les appels unis de la communauté internationale à cesser de telles activités ».

Au terme d'une réunion convoquée d'urgence, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné fermement, à l'unanimité, l'essai nucléaire présumé et annoncé son intention de s'atteler sans délai à prendre les mesures appropriées.

Le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, a déclaré qu'il offrirait une « réponse ferme » à l'« affront » nord-coréen contre la non-prolifération des armements nucléaires, décrivant l'essai comme une « sérieuse menace » pour la sécurité du Japon.

« Nous ne pouvons absolument pas le tolérer », a ajouté Shinzo Abe, s'exprimant devant des journalistes. 

Le Japon prévoit discuter du sujet avec la Chine, la Russie, les États-Unis et la Corée du Sud.

La Corée du Sud, qui a convoqué d'urgence une réunion de sécurité, a soutenu pour sa part que l'essai nord-coréen représentait un « défi grave » pour la paix mondiale.

« Nous condamnons fortement le quatrième essai nucléaire nord-coréen, qui est une violation claire des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, en dépit d'avertissements répétés de notre part et de la communauté internationale », a indiqué le gouvernement sud-coréen dans un communiqué.

La Corée du Sud a également promis de prendre « toutes les mesures » possibles pour que Pyongyang « paie le prix » de ses abus.

Les forces militaires du pays ont renforcé leur surveillance près de la frontière avec la Corée du Nord.

La Chine, qui assure ne pas avoir été mise au courant des tirs d'essai, a également condamné « fermement » les actions de Pyongyang. Le ministère des Affaires étrangères chinois a par ailleurs sollicité une réunion avec des représentants nord-coréens.

La Maison-Blanche s'est engagée de son côté à formuler une réponse appropriée aux « provocations » nord-coréennes, condamnant la violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et des engagements internationaux de la Corée du Nord.

Cet essai « sape la sécurité régionale et internationale », a déclaré pour sa part le secrétaire général de l'OTAN.

« Je condamne le développement continu d'armes nucléaires et de programmes de missiles balistiques par la Corée du Nord, ainsi que sa rhétorique enflammée et menaçante », a affirmé Jens Stoltenberg dans un communiqué.

Le ton est tout aussi réprobateur de la part de la Russie, qui qualifie le geste de Pyongyang de « violation flagrante » des résolutions de l'ONU. Pour Moscou, « de telles actions sont susceptibles d'aggraver la situation dans la péninsule coréenne ».

Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, le Canada a pour sa part condamné « sans réserve » ces essais nucléaires présumés, Stéphane Dion dénonçant le « comportement irresponsable » de Pyongyang.

Des doutes sur le succès de l'opération

La possibilité du succès de l'essai d'une explosion de bombe H a toutefois été relativisée par plusieurs spécialistes.

Selon la Maison-Blanche, l'analyse de l'essai nucléaire effectué par Pyongyang ne confirme pas l'explosion réussie d'une bombe H.

« Les données sismologiques suggèrent que l'explosion a été considérablement moins forte que celle qu'on attendrait d'un essai de bombe H », explique pour sa part le spécialiste australien de politique nucléaire Crispin Rovere, ajoutant qu'il semblerait que les Nord-Coréens n'aient pas réussi la deuxième étape de l'essai, à savoir l'explosion de l'hydrogène.

« Cette arme avait probablement la taille de la bombe américaine d'Hiroshima, mais ce n'était pas une bombe à hydrogène. On a affaire à de la fission », estime pour sa part Bruce Bennett, analyste à la RAND Corporation.

Selon l'Organisation du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (CTBTO), le séisme détecté, qui témoignerait de l'essai nucléaire, a été moins violent que celui de 2013, provoqué lui aussi par un essai nucléaire, selon ses données préliminaires.

Le séisme de mercredi était de magnitude 4,8 ou 4,9 alors que la secousse d'il y a deux ans était de 5,1, a déclaré à la presse Lassina Zerbo, secrétaire exécutif de l'organisation, dont le siège se trouve à Vienne.

Pyongyang fait déjà face à plusieurs sanctions de l'ONU pour des essais nucléaires non autorisés réalisés en 2006, en 2009 et en 2013.

La plupart des spécialistes estimaient que la Corée du Nord demeurait encore loin de pouvoir concevoir un arsenal nucléaire, et encore moins une bombe H, mais restaient divisés quant à ses capacités de miniaturiser l'arme atomique.

La bombe H et le club nucléaire

La bombe à hydrogène, ou bombe H, recourt à la technique de la fusion nucléaire, ce qui produit une explosion beaucoup plus puissante que la déflagration, due à la fission générée par l'uranium ou le plutonium enrichi, utilisée par la bombe A, ou bombe atomique.

Quand elle éclate, des explosions chimique, nucléaire et thermonucléaire se succèdent en un laps de temps infinitésimal. La première explosion entraîne une très forte augmentation de la température, qui déclenche la fusion. Cette bombe, qui n'a jamais été employée tactiquement, est beaucoup plus puissante que la bombe A utilisée à Hiroshima en 1945.

Le 1er novembre 1952, les États-Unis faisaient exploser secrètement ce nouveau type d'engin dans les îles Marshall, en plein océan Pacifique.

Un an plus tard, l'Union soviétique annonçait à son tour un tir thermonucléaire.

La puissance de la plus grosse bombe H à avoir explosé, celle de l'essai soviétique « Tsar Bomba », le 30 octobre 1961 au-dessus de l'Arctique, était de 57 mégatonnes, une puissance théoriquement près de 4000 fois supérieure à celle de la bombe larguée sur Hiroshima.

Au moins neuf pays détiennent aujourd'hui l'arme atomique. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU sont considérés comme des puissances nucléaires officielles: États-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne et France.

Ils ont été rejoints par l'Inde en1974 et par le Pakistan en1998, de même que par Israël, qui n'a jamais reconnu posséder l'arme nucléaire.

Avant la dernière annonce du premier essai de bombe à hydrogène, la Corée du Nord avait déjà testé la bombe A en 2006, en 2009 et en 2013.

Enfin, l'Iran a signé avec les grandes puissances (États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine et Allemagne) en juillet dernier un accord prévoyant une limitation de son programme nucléaire contre une levée partielle des sanctions internationales.

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